Dimanche 29 avril 2012 7 29 /04 /Avr /2012 10:48

440001137-diffusion.jpg

 


Chaque année, et pour la 16e édition, Deauville, lors des vacances pascales, a rendez-vous avec la musique. Ce rendez-vous 2012, avec 9 concerts d'une qualité exceptionnelle animés dès l'origine par de jeunes solistes venus des quatre coins de la planète et qui communient tous dans le même amour de la musique, a eu lieu du 14 au 29 avril. Au début, ils étaient quatre : Renaud Capuçon, Jérôme Ducros et Jérôme Pernoo, tous trois présents cette année, et Nicholas Angelich, dont on sait le parcours qu'ils ont accompli depuis lors. Convié à explorer l'immense territoire de la musique instrumentale, "chacun d'eux" - nous dit Yves Petit de Voïze leur mentor, " fut prié de laisser son égo de soliste à la porte",  afin de partager un merveilleux voyage au coeur de la musique instrumentale, du trio jusqu'à l'orchestre. Depuis 1996, nombreux sont ceux qui ont rejoint le groupe initial, ainsi Bertrand Chamayou, Jonas Vitaud, Lise Berthaud, Adrien Boisseau, Stéphane Bridoux, Jérôme Comte, Yann Dubost, Clara Izambert, David Kadouch, Adam Laloum, Alexandra Soumm, Mi-Sa Yang, le quatuor Ebène, l'ensemble Initium, le quatuor Zaïde, l'ensemble Le Balcon, enfin l'Atelier de musique devenu l'orchestre du Festival de Pâques de Deauville. Cet atelier s'est donné pour tâche de revisiter le répertoire peu connu mais vaste des sérénades et transcriptions, alliant voix, cordes, vents, claviers et percussions. Grâce à cette réserve inespérée de talents, les Pâques musicales de Deauville jouissent désormais d'une renommée mondiale.

 

Cette saison s'ouvrait le samedi 14 avril avec "L'heure espagnole" de Ravel, un opéra en un acte où le compositeur explique avoir voulu redonner vie à l'opéra-bouffe dans un esprit franchement humoristique, opéra suivi par Vocalise-étude pour piano et voix où les interprètes nous guident vers l'Orient sur des thèmes inspirés par Henri de Régnier, Mallarmé et Paul Morand. Ravel y dévoile sa passion pour la fantaisie avec autant de malice, d'invention que de virtuosité.

 

Les autres concerts nous ont proposé des oeuvres de Antonin Dvorak, Bohuslav Martinu, Alban Berg, Arnold Schönberg, Johannes Brahms, Josef Suk, Béla Bartok, Olivier Messiaen, Gabriel Fauré, Franz Schubert, César Franck, Alexander von Zemlinsky, Mozart, Richard Strauss et ses merveilleuses Métamorphoses et mené dans leurs clairs-obscurs, leurs pirouettes, leurs arpèges vertigineux, leurs panoramas multiples, leurs mélodies insouciantes, la houle de leurs trémolos, leurs déclarations passionnées, leurs sombres déplorations, leurs élégies ailées. Ces concerts ont été une succession de moments rares où la musique, dans son exigence, nous a donné à vivre les émotions les plus graves, les plus tendres, les plus accomplies, riches heures qui font de Deauville, durant ces deux semaines, le rendez-vous incontournable d'une jeunesse talentueuse et innovante.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE 

 

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique CULTURE, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

Liste des articles de la rubrique CULTURE

 

capucon-renaud-nantes2011_680.jpg

                  Renaud Capuçon

 

 Bertrand-Chamayou.jpg

                   Bertrand Chamayou                                                       

 

 

Par Armelle BARGUILLET - Publié dans : CULTURE - Communauté : Vivre en Normandie
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Jeudi 26 avril 2012 4 26 /04 /Avr /2012 09:10

tolerance1.jpg

 

 

Le mot tolérance recèle une part d'ambiguïté dans la mesure où l'on peut se demander où commence la permissivité et où finit la tolérance. Tolérer, c'est fatalement accepter que l'autre soit autre dans sa différence morale et physique et s'interdire d'entraver sa liberté de penser et d'agir. C'est aussi reconnaître à chacun la faculté de vivre selon ses convictions propres qui ne sont pas obligatoirement les miennes. Cela suppose que la personne, qui se montre tolérante, fasse preuve, selon les circonstances, soit d'indulgence et de compréhension, soit n'obéisse qu'à son inclination à la passivité et à l'indifférence, d'où l'ambiguïté du mot qui se décline selon des modes variables. C'est la raison pour laquelle Karl Popper parle  du " paradoxe de la tolérance " et qu'André Comte-Sponville écrit qu' une tolérance infinie serait la fin de la tolérance. En effet, dois-je tolérer la violence, le fanatisme, l'exclusion, la misère d'autrui ? D'où la vigilance constante que nécessite ma propre tolérance, afin qu'elle reste tolérable et, qu'en l'exerçant, je fasse acte civilisateur ; une tolérance bien comprise devenant alors une véritable vertu à pratiquer quotidiennement. Sans oublier qu'il y a un seuil de tolérance à ne pas dépasser. 

Il est vrai aussi qu'il y a deux façons d'être tolérant comme il y a deux manières de fraterniser : celle qui est dictée par l'amour et celle qu'inspire l'intérêt ? L'une et l'autre n'ayant ni la même valeur, ni la même finalité. La tolérance par amour est une disposition du coeur à la clémence et à l'indulgence et une propension naturelle à pardonner. Cela sous-entend un véritable goût des autres, une vraie disposition à la bonté, à la compréhension sensible d'autrui. Mais on peut tolérer aussi par indifférence, c'est alors le laisser faire, le laisser agir de celui qui est détaché des êtres qui l'entourent. On peut, d'autre part, tolérer par politesse, ruse, calcul, mépris, voire lassitude. C'est le tout ou rien  de l'intolérant qui use d'une intolérance raide et abstraite dans les aléas d'une existence souple et impure. Aussi, pas d'autre moyen, pour sortir de cette conception de la tolérance, que d'avoir recours au respect, le respect que l'on doit à autrui et que l'on se doit à soi-même, en faisant un effort pour mieux comprendre, c'est-à-dire pour entrer dans une relation plus étroite qui s'apparente à l'ordre de la charité.

P
eu de mot plus dévalué que celui-ci en notre époque matérialiste où tout ce qui a une connotation spirituelle est entaché de suspicion. Et pourtant, charité se définit comme le principe du lien spirituel et moral qui pousse à aimer de manière désintéressée des hommes considérés comme des semblables, selon ce que Saint Paul a exprimé dans l'une de ses plus belles Epîtres :


" Quand je distribuerais tous mes biens pour la nourriture des pauvres, quand je livrerais mon corps aux flammes, si je n'ai pas la charité, tout cela ne me sert de rien. La charité est patiente, elle est bonne. La charité n'est point envieuse, la charité n'est point inconsidérée, elle ne s'enfle point d'orgueil, elle ne fait rien d'inconvenant, elle ne cherche point son intérêt, elle ne s'irrite point, elle ne tient pas compte du mal, elle ne prend pas plaisir à l'injustice, mais elle se réjouit de la vérité. Elle excuse tout, elle croit tout, elle espère tout, elle supporte tout. La charité ne passera jamais".  ( I. Cor. XIII 1-8 )

Quelle plus belle leçon de tolérance ! Et puisque nous en sommes aux citations, considérons ce que d'autres sages ont écrit à ce sujet. Cela peut nous aider à affiner notre jugement et nous encourager à pratiquer dans la vie courante cette tolérance attentive et aimable.

   

"Le partage ne divise pas. Au contraire, il rassemble ce qui a été séparé, divisé. On sort de soi-même pour aller vers les autres avec bienveillance, contentement et modestie. Retrouve cette humilité joyeuse, animé du désir de servir le monde. C'est toi-même que tu recevras en partage, ta réalité profonde, en accord avec la réalité harmonieuse de l'univers".     Dugpa Ripoché 

"Ceux qui brûlent des livres finissent tôt ou tard par brûler des hommes".  Heinrich Heine

 

"J'ai honte de nos hommes enivrés de cette sotte humeur de s'effaroucher des formes contraires aux leurs : il leur semble être hors de leur élément quand ils sont hors de leur village. Où qu'ils aillent, ils se tiennent à leurs façons et abominent les étrangers".  Montaigne
                                                                                                                
"
Ne pas railler, ne pas déplorer, ne pas maudire, mais comprendre".    Spinoza

 

"Le respect de la différence  - qu'elle soit de race, de croyance, de sexe ou d'ethnie - se fonde sur l'alliance de modestie et d'exigence que chacun doit appliquer à soi-même et aux autres".   Federico Mayor

 

"Il ne s'agit pas de penser beaucoup, mais de beaucoup aimer".     Thérèse d'Avila

 

"Abstenons-nous de tout courroux et gardons-nous de jeter des regards irrités. Et n'ayons nul ressentiment si les autres ne pensent pas comme nous. Car tous les hommes ont un coeur et chaque coeur a ses penchants. Ce qui est bien pour autrui est mal pour nous, et ce qui est bien pour nous est mal pour autrui. Nous ne sommes pas nécessairement des sages et les autres ne sont pas nécessairement des sots. Nous ne sommes tous que des hommes ordinaires".   Prince impérial Shôtoku - Japon An 604

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique LES QUESTIONS QUE L'ON SE POSE, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

Liste des articles "LES QUESTIONS QUE L'ON SE POSE"

 

 

Par Armelle BARGUILLET - Publié dans : LES QUESTIONS QUE L'ON SE POSE - Communauté : La commune des philosophes
Ecrire un commentaire - Voir les 6 commentaires
Lundi 23 avril 2012 1 23 /04 /Avr /2012 09:48

vienne-autriche.jpg

 

Lectures pour que l’Autriche se souvienne

Après un long périple dans les Balkans, nous retraversons l’ex-rideau de fer pour pénétrer au cœur de ce qui fut le Saint Empire romain germanique et qui est redevenu l’Autriche après un épisode nazi bien malheureux qui a laissé des traces très profondes dans la littérature autrichienne. Et, déjà, notre premier hôte, Arthur Schnitzler, dès la fin du XIX siècle attirait notre attention sur l’antisémitisme  qui sévissait à Vienne et qui annonçait déjà des lendemains ténébreux. Ces lendemains, nous pourrons en mesurer les stigmates, mal refermés, qu’ils ont laissés dans la population autrichienne qui n’a jamais pu, ou su, évacuer ses démons, dans les œuvres de nos deux autres hôtes, Hans Lebert et le Prix Nobel de littérature local, Elfriede Jelinek, qui s’efforcent de faire sortir la vérité de la gangue dans laquelle elle est engluée et ou certains veulent la maintenir. Pour accomplir ce chemin plutôt douloureux, pour faire vivre la mémoire de ceux qui ont tant souffert, nous prendrons la compagnie d’un des plus grands intellectuels autrichiens, Robert Musil, qui a tellement contribué à la compréhension des hommes et de leur comportement sans toutefois que nous puissions encore comprendre l’inacceptable qui fut.

 

Les désarrois de l’élève Törless

Robert Musil (1880 – 1942)

 « Je ne veux pas faire comprendre, mais faire sentir » annonce Musil dans une lettre mise en préface dans l’édition que j’ai lue. Il veut nous faire sentir tout ce que ressent ce jeune aristocrate autrichien que ses parents placent dans une école réservée aux fils de bonnes familles tout là-bas aux confins de l’Autriche, vers l’Est.

Le jeune Törless débarque dans cette pension où il ne connaît rien, ni personne, et doit faire le deuil de son passé, couper le cordon ombilical avec son pays, sa famille, son enfance et toutes les cajoleries dont il a été l’objet dans une famille aimante et attentionnée. Il doit faire face à une nouvelle vie avec des amis dont beaucoup sont ses aînés, dans une forme de huis clos où il devra trouver sa place en s’affranchissant de son enfance. « Il voulait se débarrasser ainsi de son ancien bagage, comme s’il s’agissait maintenant de porter son attention, libre de toute gêne, sur les pas qui lui permettraient de progresser. » Je n’ai pu, à cet endroit du livre, éviter de penser à Julien Green et au héros de « Moïra » que j’ai lu récemment, qui doit lui aussi s’intégrer dans un monde universitaire  totalement étranger.

Et, dans cet univers de jeunes mâles en pleine maturation, Törless découvre des notions et des sensations qui ne faisaient pas partie de sa vie antérieure, la sexualité, l’obscénité, le désir, la tentation, la culpabilité mais aussi la compétition, l’amitié, la tromperie, la trahison, … toutes notions qui contribuent à affirmer sa personnalité et sa place dans la meute où se manifeste un véritable attrait pour la virilité allant jusqu’à la brutalité et même au sadisme.

Ces rites initiatiques qui marquent le passage à l’âge adulte perturbent le jeune étudiant qui ne comprend pas ce qu’il va devenir, comment il va le devenir et avec qui il va le devenir. Il a l’impression de ne pas comprendre ce qui lui arrive et de ne pas trouver d’explication aux mécanismes qui règlent la vie. Il manque de repères et s’interroge sur l’éducation qu’on lui prodigue. « De tout ce que nous faisons ici, toute la journée, qu’est-ce donc qui nous mène quelque part ? » Interrogation d’un adolescent qui mute vers l’âge adulte, mais aussi interrogation d’une génération qui a bien conscience d’appartenir à un monde en voie de disparition, à une civilisation qui s’éteint comme on peut le voir dans les œuvres de Schnitzler notamment. 

Mais, le vrai sujet du roman, à mon sens, réside dans les interrogations de Törless sur l’origine de nos comportements et, de ce fait, sur ce qui gouverne les êtres et le monde plus généralement. Il ne sait pas interpréter ce qu’il ressent mais il sait que cela contribue à sa prise de conscience des phénomènes qui le dirigent. La sensualité qu’il ressent dans les contacts physiques lui apporte des certitudes que les mathématiques ne peuvent pas démontrer et que même les théories de Kant ne peuvent expliquer. « Il y avait des moments où il avait si vivement l’impression d’être une fille qu’il jugeait impossible que ce ne soit pas vrai. » Et c’est là que siège son désarroi dans cette impression qu’il y a une source de certitude qui ne provient ni de la science, ni de la connaissance, ni de la raison mais d’un ailleurs qui pourrait être l’âme.

Alors dans son esprit germe une théorie qui mettrait en opposition un monde extérieur matériel et  un monde intérieur spirituel, le rationnel et l’irrationnel, la connaissance et le ressenti, l’acquis et l’inné, la raison et la croyance, la science et la prescience. « Une grande découverte ne s’accomplit que pour une part dans la région éclairée de la conscience : pour l’autre part, elle s’opère dans le sombre humus intime, et elle est avant tout un état d’âme. » C’est la raison pour laquelle, il faut associer l’âme à la raison et ne pas oublier que des initiés, même si Musil n’emploie pas le terme, ont apporté beaucoup à la connaissance du monde et des hommes.

Dans ce roman dont Musil dit que ses contemporains y on vu comme « l’affirmation d’une « génération » nouvelle ; une contribution essentielle au problème de l’éducation, enfin le coup d’essai d’un jeune écrivain dont on pouvait beaucoup attendre, moi, j’ai surtout senti cette explication essentielle sur la complémentarité entre la science et la prescience dans un texte un peu fin de siècle qui traîne encore quelques relents de romantisme. Le malaise, la nausée, l’écœurement font encore très jeunes filles qui défaillent bien que nous soyons au milieu de jeunes mâles en ébullition. Je reviendrai aussi sur les intentions de Musil qui prétend nous faire sentir plutôt que comprendre mais, pour ma part, je trouve que le roman est trop rationnel, trop cérébral, trop intellectuel, pas assez charnel, pas assez sensuel, pas assez sentimental, pour que l’objectif soit pleinement atteint.

Et malgré tout, je trouve que la transgression comme rituel initiatique donne plus d’humanité à ce roman, « quelque chose en est resté à jamais : la petite dose de poison indispensable pour préserver l’âme d’une santé trop quiète et trop assurée et lui en donner une plus subtile, plus aigüe, plus compréhensive. »

 

Vienne au crépuscule - Arthur Schnitzler (1862 – 1931)

C'est une belle image de la fin de l'empire des Habsbourg avec ces dandys qui déambulent sur le Ring à la conquête des jolies Viennoises sans se soucier du quotidien qui leur est assuré.
C'est l'image de la déliquescence d'une civilisation en fin de cycle qui est déjà minée par les tares qui lui seront fatales. C'est l'image d'une société qui n'a pas vu le monde changer et qui vit encore au siècle où les rois et les empereurs régnaient, selon « l'étiquette », en maîtres absolus sur l'Europe.
C'est la montée en puissance des fléaux qui accableront le XXe siècle de leurs malheurs et notamment de l'antisémitisme. C'est le reflet, dans le miroir, de nos faiblesses devant les responsabilités individuelles (reconnaissance de l'enfant conçu dans la frivolité) ou collectives (abandon tacite des familles juives qui sombrent lentement dans la bordure sociale).

Un très beau livre, très bien écrit, dans un excellent style mais aussi un document historique de première qualité pour les historiens de la période.

La peau du loup - Hans Lebert (1919 – 1993)

Une lecture qui me hante toujours plus de trois ans après avoir refermé le livre. L’histoire d’un matelot qui débarque dans un village encerclé par les montagnes autrichiennes où la nature se déchaîne, vent, pluie, neige et froid soumettent les habitants à de fortes tensions alors qu’ils vivent déjà dans une ambiance délétère où personne ne veut rien dire, bien que des événements étranges les intriguent et les inquiètent. Dans ce village au nom évocateur, silence en allemand, le matelot et une compagne de circonstance essaient de percer le mystère qui entoure l’ancienne briqueterie malgré la réprobation des notables du village qui se réunissent régulièrement autour d’une table au bistrot local. Ce livre est le symbole du mutisme des Autrichiens qui ont jeté très pudiquement un voile de plomb sur leur passé pendant la période nazie et qui veulent maintenir ce passé dans l’ombre la plus épaisse au risque de voir le monstre ressurgir.

Les exclus - Elfriede Jelinek (1946 - ….)

Le Prix Nobel autrichien s’est inspiré d’un fait divers réel pour écrire l’histoire de ces quatre jeunes qui rejettent la société dans laquelle ils vivent et dont ils ne veulent plus. Gosses de riches, petits bourgeois ou prolétaires, ils sont les enfants de cette Autriche qui n’a pas évacué ses démons, qui n’a pas su, ou pas voulu, faire le ménage après la période nazie au risque de mettre sa jeunesse dans une situation impossible avec un héritage trop lourd à porter. Et, nourris des thèses de Camus ou de Sartre, ces jeunes trouvent l’existence absurde et transforment leur révolte en une rage assassine qui les conduit à des actes extrêmes. C’est l’histoire d’une génération qui rejette un passé de bons catholiques comme il faut, ne veulent pas assumer leur passé, c’est l’histoire de ces soldats sanguinaires qui perpétuent leur violence au sein de leur famille et c’est aussi le récit de ceux qui ont été persécutés dans les camps de la mort. Enfin, c’est l’histoire de l’Autriche qui est toujours en proie aux démons qu’elle na pas su mater et qui hantent toujours les coulisses du pouvoir.

Denis BILLAMBOZ  -  à lundi prochain pour la poursuite de ce voyage littéraire à travers l’Europe, avant de le poursuivre ensuite à travers le reste du monde

Et pour consulter la liste de mes articles précédents, cliquer sur le lien ci-dessous :

Liste des articles : LES VOYAGES LITTERAIRES DE DENIS

 

Par Armelle BARGUILLET - Publié dans : LES VOYAGES LITTERAIRES de DENIS - Communauté : LA VITRINE DU LIBRAIRE
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires
Lundi 16 avril 2012 1 16 /04 /Avr /2012 10:06

dalmatie-dubrovnik-1.jpg voyage-slovenie-1.jpg

 

 

 

Lettres d’exilés croates et slovènes

Terminons notre voyage dans les Balkans en parcourant la Croatie et la Slovénie réunies dans un même article pour cause de manque de lectures slovènes dans mon stock. Ces deux pays ayant une bonne partie de leur histoire commune, ils peuvent être abordés sans difficultés majeures dans une même approche, surtout si l’on considère que les écrivains que nous rencontrerons lors de notre périple croato-slovène, sont tous des expatriés qui ont quitté leur pays pour fuir la guerre, la dictature, la violence ou autre misère. Bora Cosic réside désormais en Allemagne qu’il a rejointe en 1992 pour fuir le régime de Milosevic à Belgrade où il résidait depuis la fin des années trente. Dubravka Ugresic vit aux Pays-Bas depuis qu’elle a été accusée de nuire aux intérêts de son pays. Marica Bodrozic vit, elle aussi, en Allemagne où ses parents l’avaient précédée pour trouver un emploi. Et enfin, notre guide, Brina Svit, la seule Slovène de notre sélection, vit, elle, à Paris où elle écrit désormais directement en français. Con Brio, son premier roman, comme le suivant, a été écrit en serbo-croate puis traduit en français.

 

                                                                 Con Brio

Brina Svit (1954 - ….)

"Elle au printemps lui en hiver", Tibor "joue la comédie du vieil amant qui rajeunit "comme dans la chanson que Pierre Delanoë a écrite pour Serge Reggiani mais il n’a pas compris "Qu’au-delà de cette limite votre ticket n’est plus valable" (Romain Gary) et qu’il n’est qu’un clown en train de faire son dernier tour de piste. Kati-Katarina-Grusenjka cherche autre chose, un autre amour … dans ce livre-film où chaque chapitre est une scène, où les mains sont les acteurs, où chaque plan détaille le décor de la robe jaune à tulipes, de la culotte négligemment jetée sur le tapis jusqu’aux objets soigneusement choisis par l’antiquaire ex-compagne. Mais ce livre-film respire plus le Montparnasse quand les artistes du monde entier y traînaient leur nostalgie et leur désespoir et bouffaient la vie à pleines dents en rêvant de gloire et d’immortalité, que le quartier de l’Étoile, des touristes et hommes d’affaires en tout genre, même si Balzac a laissé son nom à la rue de Tibor.

 

Le rôle de ma famille dans la révolution mondiale – Bora Cosic (1932 - ….)

Dans ce court roman un petit garçon de dix ans raconte la deuxième guerre mondiale et la révolution qui a suivi. Il raconte comment il rédige ses rédactions, les menus faits qui affectent la vie quotidienne de cette famille victime de tous les tourments qui sévissent dans la région, la guerre bien sûr mais aussi les chefs révolutionnaires qui contestent à cette famille le rôle qu’elle prétend avoir joué dans le triomphe de la révolution en la reléguant dans une seule pièce pour réquisitionner le vaste appartement qu‘elle occupait auparavant. Une description qui ne se départit pas d’une certaine forme d’humour pour raconter cette famille peu stimulante où le père alcoolique, la mère défaitiste, le grand père sceptique et l’oncle coureur de jupons encadrent deux jeunes tantes amoureuses d’un célèbre acteur américain. Un regard original sur toutes les misères qui ont affecté cette région depuis le début des hostilités en 1939.

Le musée des redditions sans condition – Dubravka Ugresic (1949 - ….)

Dans ce roman, Dubravka Ugresic campe douze brèves histoires qui s’articulent paritairement  autour de deux thèmes. Le premier concerne la difficulté de vivre des exilés qu’elle construit à travers son expérience personnelle et le second, le passé de la Yougoslavie et la tentative panslave conduite d’une main de fer par Tito. Constitué d’une mosaïques d’histoires, de souvenirs et d’anecdotes, ce roman met en scène une galerie de personnages pris entre deux cultures, déchirés entre deux mondes : celui où ils vivent et celui d’où ils viennent. Le musée des redditions sans condition existe réellement à Berlin où il a été fondé par les Soviétiques.

Tito est mort – Marica Bodrozic (1973 - ….)

Ce livre est un recueil de nouvelles qui sont des sortes de portraits tirés du monde paysan qui est resté figé depuis des lustres dans cette campagne croate où est née Marica. En vingt-quatre histoires, ce livre reconstitue, avec une fraîche candeur, l’atmosphère archaïque de ces villages de la côte dalmate dans un monde idyllique où la nature est, certes, restée intacte mais les paysans étriqués, peu ouverts et souvent agressifs. Un livre plein d’une poésie qui pourrait évoquer un reliquat de romantisme fossilisé comme ces paysans croates dans leur campagne originelle.

Denis BILLAMBOZ  -  à lundi prochain pour la suite de notre périple littéraire en Europe centrale  -

Et pour consulter la liste de mes précédents articles, cliquer sur le lien ci-dessous :


Liste des articles : LES VOYAGES LITTERAIRES DE DENIS

 

 

 

Par Armelle BARGUILLET - Publié dans : LES VOYAGES LITTERAIRES de DENIS - Communauté : LA VITRINE DU LIBRAIRE
Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires
Samedi 14 avril 2012 6 14 /04 /Avr /2012 11:43

le-partage-du-monde-001.jpg

 

 

Il y a des jours où il fait bon se laisser aller à ses humeurs et, en les partageant, à s'en mieux guérir.

 

Je le reconnais volontiers, je n'aime pas mon époque. Elle me gâte l'humeur. La violence, la bêtise, la vulgarité, le mensonge, les manipulations en tous genres se taillent la part trop belle. Là où autrefois il y avait débat, il y a affrontement ; là où il y avait dialogue, il y a diatribe. La parole a été confisquée au profit d'un discours consensuel ou idélogique qui n'a pour ambition que de nous brouiller l'esprit. Il semble que les citoyens que nous sommes n'ayons d'autre utilité que de payer nos impôts et nos contraventions, de donner notre bulletin de vote à des illusionnistes qui se sont emparés du pouvoir et ne le lâchent plus et de ployer l'échine devant les décisions qu'ils prennent à notre place, sans nous avoir demandé notre avis.


Ayez l'esprit citoyen, nous disent-ils, ce qui signifie en langage décodé : soyez sourds, aveugles et muets, nous pensons pour vous et agissons malgré vous. Et acquiescez, puisqu'à l'évidence nous vous garantissons un enseignement qui forme des illettrés à la pelle, une télévision qui, à coup sûr, vous abêtit, des hôpitaux qui, bientôt, ne seront plus en mesure de vous soigner, une économie qui vous endette chaque jour davantage. Alors bon peuple soyez heureux, puisque tel est notre bon plaisir. Le bonheur, que nous vous proposons, n'est-ce pas de vivre à crédit, de payer votre 32m2 le prix d'un 100m2 de jadis, de risquer le sida à chaque étreinte, de partager le fruit de votre labeur avec votre voisin qui n'en a cure, d'être spolié chaque matin par un Etat qui se veut... providence. Et à quoi bon désormais aller voter : tout est plié d'avance, les médias ont fait les élections à votre place. Mais j'arrête là mon propos car je crains d'être victime de la censure. 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique CULTURE, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

Liste des articles de la rubrique CULTURE

 

 

Par Armelle BARGUILLET - Publié dans : CULTURE - Communauté : L'écriture dans tous ses états
Ecrire un commentaire - Voir les 6 commentaires

Présentation

TEXTE LIBRE

1209197976 result2 

Un blog qui privilégie l'évasion par les mots, d'abord, par l'imaginaire...toujours.

LES MOTS, nous les aimons pour eux-mêmes, leur sonorité, leur beauté, leur velouté, leur fraîcheur, leur hardiesse, leur insolence, leur curiosité, leur dureté, leur volupté, leur rigueur.
Différemment des notes et des couleurs qui touchent d'abord notre sensibilité, ils ont vocation à transmettre, informer, émouvoir, expliquer, séduire, irriter, formuler les idées, forger les concepts, instaurer le dialogue.
Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

La vie doit être vécue en regardant vers l'avenir, mais elle ne peut être comprise qu'en se tournant vers le passé.

 Soëren Kierkegaard

 

Je réponds ordinairement à ceux qui me demandent raison de mes voyages : que je sais bien ce que je fuis, et non pas ce que je cherche.

   Montaigne

 

Veux-tu vivre heureux ? Voyage avec deux sacs, l'un pour donner, l'autre pours recevoir.
   Goethe

 

 

 ET SI VOUS PREFEREZ LES IMAGES, RENDEZ-VOUS SUR MON AUTRE BLOG : 

 

Bannière pour Armelle 1 

 

 

Derniers Commentaires

Recherche

Calendrier

Juin 2012
L M M J V S D
        1 2 3
4 5 6 7 8 9 10
11 12 13 14 15 16 17
18 19 20 21 22 23 24
25 26 27 28 29 30  
<< < > >>

Partager

Syndication

  • Flux RSS des articles

Créer un Blog

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés