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19 janvier 2015 1 19 /01 /janvier /2015 10:59
Matin Perdu de Vergilio Ferreira

Cet écrivain pratiquement inconnu en France est cependant un auteur classique dans son pays d’origine, le Portugal. Je n’ai donc pas hésité à vous faire découvrir ce roman que j’ai trouvé l’an dernier dans une vente de livres d’occasion.

 

 

 

                                         Matin perdu

                               Vergilio Ferreira (1916 – 1996)

 

 

Avec ce roman l’auteur nous entraîne dans le Portugal du début des années trente - le livre a été écrit en 1953 et il rapporte des événements qui se sont déroulés vingt ans auparavant, époque à laquelle Vergilio Ferreira était lui-même séminariste – dans un séminaire implanté au nord du pays, dans une région pauvre. Le livre n’est pas présenté comme un récit autobiographique mais il est probablement très influencé par l’expérience personnelle de l’auteur qui a été placé au séminaire par les grands-parents qui l’ont élevé quand ses parents sont partis vivre en Amérique.

Antonio est orphelin, son père est décédé accidentellement quand il était encore enfant et sa mère était trop pauvre pour le nourrir avec le reste de la famille. C’est alors qu’une riche bourgeoise bigote l’accueille chez elle avec la ferme intention d’en faire un prêtre pour assurer son propre salut dans l’au-delà. Ainsi, par un froid matin brumeux, l’enfant se retrouve-t-il dans un char à bœufs qui l’emmène à la gare la plus proche où il prend le train pour rejoindre le séminaire, sans qu’on lui ait demandé son avis. Il doit être prêtre et il doit même avoir la vocation, ainsi en a décidé sa bienfaitrice.

Au séminaire, dans une région triste, un bâtiment triste accueille des enfants tristes qu’on destine au clergé sans se préoccuper s’ils ont vraiment l’intention de s’engager dans les ordres. Leur principal souci consiste seulement à échafauder des hypothèses plausibles pour fuir ce lieu inhospitalier, échapper à la tristesse ambiante, quitter une solitude morose et déprimante et se soustraire à l’humiliation infligée aux séminaristes par les laïcs. Mais tout ce ligue contre ces pauvres gamins, l’encadrement est très vigilant et très sévère, même la tristesse est interdite, les lieux sont bien gardés, les familles exercent une très forte pression sur leur rejeton pour qu’il insiste et trouve la vocation qu’il n’a pas. Alors surviennent progressivement l’accoutumance, la résignation et la soumission. La volonté brisée, les jeunes séminaristes sont prêts à faire des prêtres plus ou moins frustrés jusqu’à ce que leur sexualité les dresse devant une nouvelle épreuve bien difficile à surmonter : l’acceptation de la chasteté n’est pas une évidence pour eux. Les clercs veillent et les recommandations sont très précises, ainsi il faut maintenir « les mains hors du lit, si possible. De toute manière, ne jamais les coller le long du corps ».

Avec ce texte l’auteur nous plonge au cœur d’une région pauvre où vit une population pauvre, soumise au dictat de la religion et du pouvoir réunis dans un même objet : maintenir ces miséreux dans un obscurantisme religieux propice à la résignation et à l’acceptation du sort qui leur est réservé sans se rebeller. Et pour réaliser cet objectif, l’église a besoin d’un clergé étoffé et déterminé qu’elle trouve souvent dans les familles miséreuses qui voient dans la vocation, réelle ou forcée, de l’un de leurs enfants une solution pour sortir de la misère, un prêtre pouvant nourrir ses parents et trouver des places où ses frères et sœurs pourront vivre au service des riches. Une forme de vocation humanitaire pour sauver les plus démunis de la misère la plus complète.

Un livre témoignage, un livre document qui montre bien comment un terreau s’est constitué au XXe siècle, dans les campagnes du Portugal pour faire lever et prospérer une dictature fortement appuyée sur l’église catholique et son appareil inflexible. Pauvres gens « Gauches, taillés à coups de hache, recuits au soleil pendant des générations, nous portions notre condamnation sur nos visages sombres », notre destinée était misérable, notre salut résidait dans la vocation.

 

Denis BILLAMBOZ

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES COUPS de COEUR de DENIS
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billamboz denis 24/01/2015 11:47

Maxime ce livre ne s'élève pas contre la religion mais contre la contrainte imposée à de jeunes gens qui n'avaient aucune vocation, pour les obliger à devenir les agents d'une institution très importante dans les instances dirigeantes du pays. Si je me souviens bien, ce récit est inspiré de la vie de l'auteur et de ce qu'il a vécu dans son enfance au séminaire. C'est rude mais très respectueux de la religion.

billamboz denis 24/01/2015 11:43

On sent très bien dans ton commentaire l'émotion que tu as ressentie et ton souvenir évoque en moi un souvenir de lecture, très ancienne déjà, dont l'histoire se déroule justement sur une île mais cette fois à Madère, elle, c'est un livre d'Agustina Bessa Luis : "La cour du nord" qui évoque le confinement insulaire. Agustina dit elle-même : « "Mon intention est de montrer comment le sentiment d'insularité s'installe quand on cultive la saudade". tout un programme.

Maxime 20/01/2015 13:35

Je ne suis pas pratiquant mais j'éprouve un grand respect pour l'église catholique qui, depuis Jean XXIII a eu le courage de demander pardon de ses nombreuses erreurs et de le faire à la face du monde et avec Vatican II de sortir de ses vieilles lunes et de ses obscurantismes. L'action de Jean-Paul II et aujourd'hui du pape François, nous aimerions les voir en action dans d'autres confessions. Ce qui, hélas n'est pas le cas.

Sandrine L. 19/01/2015 14:00

Il y a quelques années, je me suis retrouvée, lors d'un séjour sur une des îles des Açores à partager la fête des Rameaux avec une toute petite communauté villageoise. Le prêtre qui disait la messe était un jeune coq replet, très sûr de son autorité. Ses ouailles, de petits pêcheurs descendant des marins employés sur les gros baleiniers d'autrefois. Ces gens étaient très pauvres, sur leur corps et leur visage était inscrite la rudesse de leur existence.
Devant moi, sur les bancs près de l'autel, je voyais chanter un choeur d'hommes; leurs grosses mains noueuses sur leur casquette, croisées sur le ventre. Je les voyais de dos, leur corps voûté monter et descendre au rythme des cantiques. C'était tellement poignant que je n'ai pas pu retenir mes larmes. Je m'en souviendrai toute ma vie.

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