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3 février 2015 2 03 /02 /février /2015 10:27
"14" de Jean Echenoz

 

Il est encore assez tôt pour se souvenir qu’il y a un peu plus d’un siècle, nos grands-pères, pour la plupart, ont été appelés pour participer à la plus grande boucherie de l’histoire. J’ai donc fait appel à Jean Echenoz, qui a écrit ce livre en leur mémoire, j’en suis convaincu, pour leur rendre hommage.

 

 

 

                                                                14

                                              Jean Echenoz (1947 - ….)

 

 

Loin de Barbusse et de Remarque et d’autres encore qui ont brillamment écrit sur cette horrible guerre, Jean Echenoz propose avec « 14 » une sorte de dissertation, une description froide et distanciée, de ce que fut la Grande Guerre dans toutes ses dimensions mais en quelques pages seulement, juste pour évoquer tout ce qu’il ne faut pas oublier, tout ce qui restera de ce terrible épisode de notre histoire.

 

Août 1914, en Vendée, très loin du front, cinq jeunes garçons ont entendu les cloches de la mobilisation et partent en guerre dans toute la fraîcheur de leur insouciance, ils ont pris les armes pour quelques jours, ils reviendront rapidement quand cette formalité sera expédiée. « L’affaire de quinze jours, donc, avait estimé » l’un d’eux. Mais les jours passent et s’additionnent, le conflit s’enlise comme les soldats s’embourbent dans les tranchées et chacun connait un sort différent,  ce qui permet à l’auteur de balayer l’échantillon des sorts réservés à la plupart des « poilus ». Il y aura la mort, la blessure invalidante, le gazage, la disparition, mais aucun ne sortira indemne de cette terrible boucherie même pas celui qui, avant de partir, a laissé dans le ventre de la fille de la famille du patron de l’usine locale la petite graine qui germera pendant que son géniteur sera au combat. Ainsi, Echenoz étend le champ des victimes à ceux qui sont restés à l’arrière et souffrent eux aussi comme tout le règne animal largement impliqué dans la tuerie générale.

 

Cette dissertation se voudrait exhaustive en proposant un catalogue de ce que la guerre a provoqué, mais elle survole beaucoup ce conflit qui est beaucoup plus complexe que le laisse penser la lecture de ce texte. L’objectif d’Echenoz n’est certainement pas de nous rappeler ce que fut cette guerre, la littérature sur le sujet est déjà très abondante et très riche, son texte n’apporte rien à sa connaissance et pas plus à sa compréhension. Non, je crois plutôt qu’il a trouvé dans cet épisode exceptionnel matière à dispenser son talent d’écrivain qui est grand et on ne peut que déguster ses phrases et goûter la richesse de son vocabulaire. On gardera tout de même en mémoire certaine remarques qu’il cherche à mettre en évidence : le décalage entre l’attendu et l’avenu, l’impréparation, l’imprévoyance, l’inorganisation, l’incurie qui ont prévalu lors de la préparation de ce conflit, l’innocence, la candeur et la naïveté de ces soldats improvisés et une certaine forme d’accusation des va-t-en-guerre qui ont expédié une génération, représentée par ces cinq garçons, dans la gueule des bouches à feu et à fer.

 

 

Denis BILLAMBOZ

 

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES COUPS de COEUR de DENIS
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armelle 05/02/2015 11:13

Voici un passage pris dans une revue qui, à mon avis, résume bien l'emprise qu'exerce cet ouvrage sur un sujet pourtant maintes fois traité et par des auteurs qui ont vécu les événements :

"Refusant l'emphase tragique, mais imprégné d'un indicible chagrin, un fatalisme énoncé à mi-voix, 14 est, à cette interrogation, l'admirable réponse. Une méditation sur la destinée de l'individu, celui ­aussi des générations. Portée par une phrase qui atteint aujourd'hui sa perfection. Maîtrisée, renversante, superbe jusque dans ses feints relâchements, ses moments d'apparente et grisante désinvolture — lesquels évoquent cette description que, dans 14, Echenoz donne du silence d'un après-midi de printemps que viennent troubler des cris d'oiseaux, agissant « comme un amendement mineur donne sa force à une loi, un point de couleur opposée décuple un monochrome, une infime écharde confirme un lissé impeccable, une dissonance furtive consacre un accord parfait majeur ».

armelle 06/02/2015 10:38

Et le style fait le reste. Echenoz est un écrivain stylé, ce qui se perd de nos jours.

billamboz denis 05/02/2015 18:20

Je suis plutôt d'accord avec cette analyse, on n'est plus dans le témoignage, le vécu, des premiers auteurs ayant écrit sur le sujet mais plutôt dans un ressenti distancié qui prend toute son importance dans la phrase d'Echenoz.

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