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9 février 2015 1 09 /02 /février /2015 08:57
Pereira prétend de Antonio Tabucchi

C’est la première fois que je vous parle d’Antonio Tabucchi mais je crois que ce n’est pas la dernière car il fait partie de mes auteurs fétiches, c’est une très grande plume au service de nobles causes et je crois qu’en cette période de violence extrême, nous avons besoin de nous référer à ceux qui savent lutter avec les armes de l’écriture et du dessin.

 

                                                        Pereira prétend

                                             Antonio Tabucchi (1943 – 2012)

 

Le narrateur rapporte l’aventure que Pereira lui a racontée, celle qu’il prétend avoir connue à Lisbonne, en août 1938, alors qu’il était engagé depuis peu pour diriger la page culturelle d’un tout nouveau journal, Le Lisboa. Pour la dixième édition, celle que j’ai lue, Antonio Tabucchi ajoute une note qui précise que l’idée de ce roman proviendrait de l’histoire d’un journaliste portugais réfugié à Paris où il l’aurait rencontré, qui aurait réussi à faire paraître dans son journal, à l’insu de sa hiérarchie, un article très critique à l’endroit du gouvernement, ce qui lui aurait valu pas mal d’ennuis par la suite.

Pereira prétend donc avoir rencontré, dans le cadre de ses fonctions bien pompeuses, considérant qu’il était seul pour tenir la page culturelle de son journal, un jeune étudiant désargenté auquel il aurait proposé de rédiger des nécrologies anticipées et des éphémérides pour gagner un peu d’argent. Le jeune homme s’exécute mais ne produit que des textes absolument impubliables dans un journal rigoureusement aligné sur les positions politiques du gouvernement de Salazar. Il ne propose que des textes concernant des écrivains révolutionnaires alors que Pereira lui demande de préparer des documents sur les écrivains catholiques français : Bernanos, Claudel, Mauriac, etc… Rapidement le directeur culturel comprend que son pigiste est avant tout un militant engagé dans la lutte contre le pouvoir totalitaire et qu’il utilise les quelques fonds qu’il lui verse et sa bonté naturelle pour financer ses actions militantes sous la férule de la belle Marta, la jeune femme qu’il courtise et qui semble lui dicter sa conduite.

Le vieux journaliste cardiaque, Pereira, ne veut plus entendre parler de politique, il veut se tenir dans une stricte neutralité confortable en ne s’intéressant qu’à des auteurs du XIXe siècle, français de préférence. Mais progressivement, sous l’influence et le charme de la jeune femme, ses idées évoluent, il éprouve une certaine sympathie pour ces deux jeunes qui luttent contre le salazarisme dans leur pays mais aussi contre le franquisme qui essaie de conquérir le pouvoir par les armes en Espagne. Et, plus la situation de son pigiste devenant dangereuse, plus il s’implique auprès des deux jeunes  militants jusqu’au jour fatal où tout semble s’écrouler mais où le vieux journaliste choisira définitivement son camp en montant une combine diabolique.

C’est du Tabucchi pur jus, du Tabucchi comme je l’aime, une intrigue savamment construite, diabolique, imparable, une écriture claire, juste, précise ; un style qui coule comme le Tage en période pas trop pluvieuse, qui rend la lecture facile et agréable ; une histoire où les méchants sont très méchants, à la tête du pays, mais où les âmes vaillantes parviennent à les faire vaciller. Dans ce roman comme dans plusieurs autres, il étale sa double culture italienne et portugaise, son héros, Monteiro Rossi, étant lui-même italo-portugais, il porte d’ailleurs pour prénom le nom d’un autre de ses héros, celui de « La tête perdue de Damasceno Monteiro » qui se déroule aussi au Portugal.

« Pereira prétend » est devenu un symbole de la lutte contre le pouvoir totalitaire et, en Italie, les opposants à Berlusconi l’ont choisi comme icône.

 

Denis BILLAMBOZ

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES COUPS de COEUR de DENIS
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