Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
2 mars 2015 1 02 /03 /mars /2015 09:07
Cannibales de Mahi Binebine

Un texte à relire et à méditer au moment où les rejetés de l’Afrique et du Moyen-Orient échouent en vagues tragiques sur les rives du sud de l’Europe quand ils ne naufragent pas avant.

 

 

                                                           Cannibales

                                             Mahi Binebine (1959 - ….)

 

 

A la fin du XXe siècle, mais cela pourrait-être hier, près de Tanger, échoués sur le rivage de leur existence les membres d’un petit groupe hétéroclite cherchent à rejoindre l’autre rive de la Méditerranée, l’autre face de leur existence, celle où ils pourraient oublier la misère dans laquelle ils croupissent. Cette petite troupe frigorifiée attend avec moins en moins de patience qu’un passeur leur donne l’ordre d’embarquer et, comme pour meubler cette attente, le narrateur, un des membres du groupe, raconte la vie, le parcours, les aléas qui ont amené ces pauvres bougres à cette extrémité, 

« Prêt(s) à resquiller sur le destin et à lui extorquer une vie nouvelle. Meilleure ». « Loin de ce soleil rongeur, de l’indolence et du désœuvrement, de la corruption et de la crasse, de la lâcheté et de la fourberie qui sont notre (leur) lot ».

Il y a là, outre le narrateur, Azzouz, jeune Marocain du sud avec son ami maladif Reda qu’il prend en charge, Kacem Djoudi, un Algérien seul survivant d’un massacre, Youssef un autre Marocain,  deux Maliens Yarcé le sage et Pafadman le géant, et une jeune femme marocaine et son bébé qui ne veut pas croire que son mari, parti en France, l’a abandonnée. Chacun raconte sa vie, la galère qui les a conduit à cette extrémité, « …avant de se jeter à l’aveuglette dans la grande aventure ; de se faufiler en douce dans un autre destin ; de s’en vêtir, sans épouser l’ordonnancement et les jours ; pour mieux renaître ailleurs ; changer de peau, d’air, d’univers ; de tout recommencer à zéro ». Ils étaient «  prêts à croire n’importe quoi pourvu qu’on nous (leur) permit de partir. Le plus loin possible. A tout jamais », même les boniments de Morad, « L’Expulsé européen », le rabatteur qui leur soutirait l’argent qu’ils s’étaient procuré pas toujours très légalement, en leur faisant miroiter le mirage de la vie en France où même en résidant dans un taudis, elle est cent fois meilleure que celle qu’il connaisse chez eux.

 

Ce roman pourrait être un concentré des misères de l’Afrique, surtout du Maghreb, un échantillon  des malheurs qui conduisent des populations entières à migrer vers un ailleurs où la vie est encore possible. Ce texte ne juge pas, il dresse un constat, raconte des vies laissées en déshérence après le départ des colons, des vies brisées par la violence, des femmes négligées, réduites à l’état de bête de somme, le règne de la corruption, de l’incurie et de tous les travers qui peuvent affecter un continent mis en coupes réglées par des dirigeants trop souvent cupides. L’auteur a beaucoup de tendresse pour ces laissés pour compte de l’humanité, victimes mais jamais responsables, pour les raconter sans sombrer dans le misérabilisme habituel, il utilise l’humour et la dérision et  souvent de belles images et des raccourcis savoureux.

 

Ce livre, écrit et publié en 1999, redevient hélas ! d’une cruelle actualité avec le déferlement des émigrés clandestins sur les côtes italiennes, espagnoles, grecques et autres encore. La guerre a certainement amplifié le phénomène mais bon nombre de raisons, mises en évidence par Mahi Binebine, concourent encore à cette désolante migration d’un peuple qui quitte sa terre natale sans même l’avoir choisi, simplement pour survivre.

 

Denis BILLAMBOZ

 

Pour consulter la liste de mes précédents articles, cliquer   ICI

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET - dans LES COUPS de COEUR de DENIS
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog interligne d' Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • Le blog interligne d' Armelle BARGUILLET  HAUTELOIRE
  • : Grâce au pouvoir des mots, une invitation à voyager sur les lignes et interlignes.
  • Contact

TEXTE LIBRE

 4016234704 (Small)

Un blog qui privilégie l'évasion par les mots, d'abord, par l'imaginaire...toujours.

LES MOTS, nous les aimons pour eux-mêmes, leur sonorité, leur beauté, leur velouté, leur fraîcheur, leur hardiesse, leur insolence, leur curiosité, leur dureté, leur volupté, leur rigueur.
Différemment des notes et des couleurs qui touchent d'abord notre sensibilité, ils ont vocation à transmettre, informer, émouvoir, expliquer, séduire, irriter, formuler les idées, forger les concepts, instaurer le dialogue.
Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

La vie doit être vécue en regardant vers l'avenir, mais elle ne peut être comprise qu'en se tournant vers le passé.

 Soëren Kierkegaard

 

Je réponds ordinairement à ceux qui me demandent raison de mes voyages : que je sais bien ce que je fuis, et non pas ce que je cherche.

   Montaigne

 

Veux-tu vivre heureux ? Voyage avec deux sacs, l'un pour donner, l'autre pours recevoir.
   Goethe

 

 MES DERNIERS OUVRAGES PUBLIES ( cliquer sur l'icône pour accéder à leur présentation )


1184097919 profil de la nuit  2851620614

les signes pourpres  3190-NEL i 978-3-8417-7335-7-full

 

SI VOUS PREFEREZ LES IMAGES et le 7e Art, RENDEZ-VOUS SUR MON BLOG : 

 

Bannière pour Armelle 1 

 

ET SI VOUS AIMEZ LES ANIMAUX, RENDEZ-VOUS SUR " MEMOIRE D'EAU" :

 

P1080160.JPG

Recherche