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23 mars 2015 1 23 /03 /mars /2015 09:21
Des mille et une façons de quitter la Moldavie de Vladimir Lortchenkov

Je propose cette semaine, un livre que j’ai trouvé par hasard, on en parle très peu dans les médias et pourtant il mérite bien un peu d’attention tout comme le pays qu’il évoque : la Moldavie que  le monde a oubliée, perdue aux confins de l’ex empire soviétique et de l’Union européenne. Un pays qui n’intéresse personne, un pays de misère et de famine raconté par un écrivain de talent.

 

 

                         Des mille et une façons de quitter la Moldavie

                                  Vladimir Lortchenkov (1979 - ….)

 

 

J’ai rencontré Vladimir Lortchenkov sur le salon littéraire de ma ville de province, Besançon, et, même si le titre ne m’attirait pas particulièrement, je lui ai acheté son livre car je ne connais aucun autre écrivain moldave et je ne sais rien de ce pays, coincé entre l’ex empire stalinien et l’Union européenne, qui cherche encore ses limites. J’aurais voulu croire que ce livre n’est que ce qu’il apparait de prime abord, ce qu’on découvre en lisant les premiers chapitres, un roman surréaliste, burlesque, satirique, peuplé de héros picaresques, mais, hélas, l’ironie, la dérision, l’humour, l’exagération,… occultent mal la tragédie qui sourd entre les lignes, le drame d’un peuple abandonné de tous, oppressé entre deux géants qui l’ignorent « républiquement » et « soviétiquement ». Après son indépendance, ce pays pauvre, très pauvre – son PIB était alors inférieur à celui du Bangladesh -, les populations n’avaient plus qu’une issue : fuir pour survivre ailleurs.

 

  • « … Regarde-moi ça on est entouré par de la saleté, de la pauvreté, des immondices. Ah vraiment, on n’a pas mis longtemps à dégénérer, ça fait à peine vingt ans que l’URSS s’est effondrée.
  • On vivait pas bien non plus sous l’URSS, …. Toi, tu es trop jeune pour t’en souvenir. Mais moi, j’ai pas oublié : que ce soit la saleté, la pauvreté ou les immondices, y en a toujours eu, ici. »
  •  

Vladimir Lortchenkov raconte l’histoire de cet exode des temps modernes à travers les combines et inventions les plus audacieuses, les plus incroyables, les plus improbables, les plus farfelues, les plus fantaisistes, imaginées par les habitants de Larga, un petit village du nord du pays. Un habitant de ce village, s’étant pris de passion pour tout ce qui est italien, a créé un véritable mythe de l’Italie, paradis sur terre, destination qu’il faut impérativement prendre pour trouver le bonheur et la richesse qui permettront à ces pauvres ères de vivre leur rêve. « Rares étaient les villageois à ne pas rêver de l’Italie, et aucun n’avait le premier sou pour entreprendre le voyage ».  S’ils n’avaient pas d’argent, ils avaient des idées et quelles idées ! Même celle d’organiser une croisade des temps modernes pour reconquérir les lieux saints romains accaparés par les mécréants, un véritable Exodus moldave !

 

On rit beaucoup en lisant ce livre drôle mais on rit aussi un peu jaune devant un tel dénuement et une telle malédiction, un tel acharnement de la misère. Sur les marges de l’Union soviétique, quasiment abandonné du pouvoir central, ce pays en récupérant sa souveraineté a perdu le minimum vital fourni par le pouvoir central et s’est enfoncé encore davantage dans la pauvreté qui a alimenté le rêve italien. Ce livre est une forme d’appel au secours lancé par l’auteur pour alerter l’opinion internationale sur la situation désastreuse dans laquelle se débattent ses concitoyens. Il nous fait toucher du doigt ce fameux tropisme européen qui attire une bonne partie de la planète vers les contrées les plus nanties, là où il reste un peu d’espoir.

 

« Pays de l’absurde et de l’amour, pays dont un habitant sur quatre a émigré, pays organisant une croisade moderne vers l’Europe. Moldavie…

Si j’avais été François Villon, j’aurais composé La Ballade des pendus.

Comme je suis Vladimir Lortchenkov, j’ai écrit ce roman ».

 

Denis BILLAMBOZ

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES COUPS de COEUR de DENIS
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commentaires

Loic 24/03/2015 14:02

Je crois que c'est un tres beau pays reste sauvage et isole. Cette misere est affligeante.

billamboz denis 25/03/2015 19:54

C'est un pays qui souffre aussi de dissensions internes, la partie est au-delà du Dniepr, la Transnistrie, veut faire sécession, ce qui ne favorise pas le destin de cette petite république oubliée aux confins de deux blocs qui se sont trop longtemps opposés. Les industriels semblent avoir découvert dans ce petit coin d'Europe, une main d'oeuvre compétente et très peu chère, une opportunité pour faire connaître ce pays et y faire venir des touristes....? L'avenir nous le dira !

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