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19 mars 2015 4 19 /03 /mars /2015 11:04
Les derniers mondains de Camille Pascal

Voilà un livre plaisant, rédigé par l’ancienne plume de Nicolas Sarkozy, dans un style alerte et un brin nostalgique, qui nous explique pourquoi et comment le pays des "Guermantes" existe toujours, comment le snobisme se porte bien et a encore de beaux jours devant lui, pourquoi l’argent a simplement changé de poche et les personnages changés de look. Ce recueil de portraits n’est ni plus, ni moins, un clin d’œil à Marcel Proust et à Saint Simon et on comprend mieux encore que l’homme sera toujours l’homme et que ce faubourg Saint-Germain, que l’on croyait à jamais disparu, n’a fait qu’entrer dans la clandestinité ; le nouveau ayant traversé la Seine et usant de codes différents ; tous deux, ancien et moderne, prouvant, si nécessaire, que la dualité continue sa permanence à travers le temps. Oui, n’est-ce pas un même petit monde qui, cent après Charlus et la duchesse de Guermantes, fait et défait les modes, les réputations, les usages, lance les idées, les coteries, oui, un monde qui a été régénéré par l’actualité et s’emploie, comme le précédent, avec moins de mesure et de subtilité, à régir nos coutumes et nos mœurs. Ce n’est en somme qu’un changement de perspective, peut-être une simple illusion d’optique…

 

Car, face à ces hussards de la mondanité nouvelle, survit tant bien que mal une société qui s’efforce à sauvegarder son art de vivre à la française, société composée d’un mélange de bon goût et d’extravagance dans le trait d’esprit, le comportement et l’éloquence. Ainsi coexistent deux mondes parisiens : l’ancien, où ce qui importe est d’être bien né et bien éduqué, monde sociétal qui évolue dans des décors somptueux mais souvent défraîchis et marqués par le passage du temps et, l’autre, une jet set bruyante et flamboyante, familière du pouvoir et de l’imprécation où l’on voit, attablés, hommes et femmes politiques, journalistes et acteurs devisant de conserve. Bien sûr, la vie est ailleurs : dans notre ruralité aux prises avec les véritables réalités.

 

L'ancien monde compterait entre 50 et 100 personnes descendantes de l’aristocratie de cour et de grandes fortunes du XIXe siècle. C’est un milieu qui se protège de l’extérieur et dans lequel l’actualité n’entre qu’à pas feutrés. On s'y entretient du passé, de l’Histoire avec un grand H qui semble un éternel recommencement. Les membres de cette petite communauté s’emploient, autant que faire se peut, à maintenir des rites immémoriaux et, principalement, l’art de la conversation désormais en déshérence. C’est un exercice subtil qui requiert des siècles d’expérience et d’éducation. Dans une époque éprise d’égalitarisme, certains intègrent de grandes entreprises ou la fonction publique, aussi leur position sociale, appuyée sur leur carrière, rend-t-elle leur relation ambiguë avec leurs aînés. "Le grand monde" est devenu une société secrète. On y croise des académiciens, des ambassadeurs, convives reçus avec infiniment de bienveillance comme les émissaires du monde extérieur. L’étranger y est le bienvenu également, à condition qu’il respecte les codes où la bonne éducation est essentielle.  

 

Quoi qu’il en soit, ce monde, qui apparaît si passéiste de nos jours, a contribué au rayonnement de la France de façon indiscutable. Ces hommes et femmes ont protégé les artistes, suscité des œuvres, lancé des projets, couvert nos villes de monuments magnifiques, entretenu leurs demeures que, dorénavant, ils font visiter et qui sont des témoignages de notre histoire. Voilà une société qui survit dans l’ombre face à ces nouveaux mondains qui occupent les lieux, les pages de nos quotidiens, défient souvent avec outrance les bonnes manières et l’élégance. Changement de valeurs, modification des goûts et des canons esthétiques, c’est encore et toujours les anciens contre les modernes…

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans CULTURE
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Alain 22/03/2015 01:42

Bonsoir Armelle. J'apprécie ce compte-rendu de lecture et par dessus tout, ces petites égratignures que vous soulignez dans un sourire. (Ces hussards de la mondanité nouvelle) Sans être issu d'une quelconque grande famille, et tout en ayant préféré l'ombre aux éclats des projecteurs, je reconnais que votre analyse est parfaitement judicieuse. Et plus que jamais " la vie est ailleurs : dans notre ruralité aux prises avec les véritables réalités." Personnellement je m'y sens bien, en paix et heureux. Bonne soirée Armelle et très bon week-end à vous tous.

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