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1 mars 2015 7 01 /03 /mars /2015 10:51
Bonne-Maman, à la veille de son mariage

Bonne-Maman, à la veille de son mariage

Les grands-mères devraient être considérées comme des trésors par chaque famille tant elles sont la courroie de transmission du passé, de l’histoire vivante et vécue. Ne sont-elles pas nos  mémoires et pour cela méritent d’être entourées de tous les égards ! Je n’ai pas eu la chance de connaître mes grands-pères, l’un est mort gazé en 1917, l’autre en 1945 après avoir vu son patrimoine vendu pour la simple raison qu’il n’avait pas de fils pour succéder à des générations d’horticulteurs et d’architectes paysagistes, qui tous s’appelaient Charles, et avaient porté l’art des jardins à un degré incontestable d’excellence. Mais j’ai connu mes deux grands-mères. L’une était douce et effacée, je n’ai malheureusement d’elle que peu de souvenirs, car elle est morte jeune, aussi ai-je principalement celui douloureux de ses obsèques, du cercueil recouvert de fleurs, des larmes de ma tante et de ma mère, et de ma cousine et moi suivant le convoi funèbres à travers les rues de Paris dans nos tristes tenues marines.

 

Ma grand-mère paternelle était tout son contraire, une personnalité sans tendresse qui avait su s’imposer très tôt et s’assumer seule après avoir perdu en quelques années son frère, son mari et sa mère. Oui, la famille avait été décimée en moins de 4 ans par les combats de la Grande Guerre et la grippe espagnole. De telles tragédies vous forgeaient des caractères d’acier et une endurance à toute épreuve. A 25 ans, ma bonne-maman avait dû se mettre à travailler, alors qu’elle n’y était pas préparée et, ma foi, s’en était tirée avec panache, ayant eu ensuite une retraite confortable à l’abri du besoin. C’est cette grand-mère-là dont je me souviens : une  urbaine pur jus qui aimait aller au théâtre, avait son abonnement à l’Opéra et à la Comédie française, adorait le jazz et se montrait d’une modernité de bon aloi.  Elle venait à la maison tous les jeudis, c’était alors le jour de congé des enfants, et le déjeuner, une fois terminé, nous passions au salon où cette conteuse me tenait sous le charme pendant des heures. Elle me narrait sa vie à la Belle-Epoque, l’exposition universelle de 1900 où la planète avait paru se réunir toute entière sur les deux rives de la Seine, la fée électricité, la naissance de l’aviation, ses premiers bals,  puis les années tragiques de la guerre, son frère parti au front et mort dès les premiers combats et dont on n’a jamais retrouvé le corps, son mari victime des gaz dans les tranchées et sa mère, dont les cheveux tombaient jusqu’aux mollets comme l’impératrice Sissi, emportée en 1918 par la grippe espagnole. On passait ensuite à la drôle de guerre, à son angoisse lorsque son fils avait été appelé à son tour sous les drapeaux, les bombardements  des stukas et junkers qui avaient remplacé la grosse bertha, enfin de son garçon ( mon père ) qui ne lui avait donné que des satisfactions et qu’elle couvait d’un œil empli d’admiration. Elle me parlait aussi de de Gaulle traversant Paris, ce Paris libéré qui avait tremblé d’amour et de bonheur et qu’elle avait fêté elle aussi en agitant un drapeau. Avec elle, l’histoire prenait des couleurs, se parait d’intimité, s’inscrivait dans les souvenirs familiaux comme un zeste de nous-même, un roman partagé. Bien qu’elle n’ait jamais été une grand-mère gâteau et consultait mon livret scolaire avec plus de sévérité que mes parents, je l’aimais, je l’écoutais avec attention, elle me distrayait autrement plus que mes camarades d’école qui, encore privées de passé, n’avaient pas grand-chose à dire. Alors que cette grand-mère en était auréolée comme une madone.

 

Or, il m’apparaît aujourd’hui que les enfants ont des oreilles moins attentives que les nôtres, que nos Anciens, surtout s’ils sont très âgés, ne jouissent plus du même prestige que ceux d’antan, ces sages que l’on entourait de beaucoup de respect et dont on sollicitait les conseils. Reclus, pour la plupart, dans des maisons de retraite, à l’écart des jeunes générations, ils souffrent de solitude et en meurent souvent à petit feu. Aussi, en ce jour des grands-mères, qu’elles soient toutes bénies ces femmes d’hier qui dansaient sur les airs des Beatles et d’Elvis Presley, de Sinatra et Nat King Cole, portaient des robes en vichy et des cheveux en choucroute et dont les combats ont assuré une grande part des  libertés d’aujourd’hui.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans CULTURE
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commentaires

gabriel 03/03/2015 09:32

Chère Armelle. Je suis vraiment très occupé mais Hiltrud me passe votre article sur vos Grand-Mères . Je l'apprécie tellement pour votre pensée, que je partage, et la qualité de votre style, que je prends quand même le temps de vous envoyer ce mot . Très bonnes amitiés

armelle 03/03/2015 09:36

Merci infiniment Gabriel, votre visite sur mon blog me touche beaucoup. A très bientôt.

Sandrine L. 02/03/2015 09:53

Très belle évocation du temps, des hommes et des femmes constituant les maillons de nos longues lignées, de la transmission, de la nostalgie. La contemplation d'un arbre généalogique dont quelques ramilles s'inscrivent dans l'Histoire de France, avec leurs prénoms, leur nom et des visages que l'on imagine, provoque toujours une immense émotion. Et l'on se dit que l'on porte toujours en soi une part d'eux, que l'on est soi-même tout un patrimoine à la fois physique et mémoriel. C'est précieux, c'est vertigineux.

Edmée De Xhavée 01/03/2015 20:35

Un article qui est un régal... car vous savez combien je vous suis! La télévision a volé l'attention. On se laisse enchainer par l'heure du programme, les épisodes de feuilletons, et on ne parle plus comme autrefois en attendant que vienne la nuit. Tout ce qu'on transmettait alors, peu ont envie de le transmettre encore, sauf les irréducibles dont nous faisons partie, soit que le 50ème épisode de leur feuilleton va commencer, soit qu'il n'y a personne qui veuille les entendre. La génération suivante sera sans racines, et donc presque sans avenir, ne sachant pas s'identifier dans le temps autrement que dans une longue solitude absurde...

armelle 02/03/2015 09:45

Oui, plus de racines, par conséquent de futures générations offertes à tous les vents qui passent....

Loic 01/03/2015 17:40

Un hommage merite pour nos aines a qui l on doit, par la filiation, non seulement la vie mais l education et qui ont tant a nous enseigner sur le passe et notre propre histoire, ce qui nous permet de conserver le lien indispensable avec notre famille, car si tu ne sais pas ou tu vas, regarde d ou tu viens.

Thérèse 01/03/2015 14:04

Délicieux. Cela me rappelle les miennes de grands-mères que j'ai aussi beaucoup aimées et entourées. A mon tour je suis une vieille dame fatiguée mais très seule.

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