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16 avril 2015 4 16 /04 /avril /2015 09:35
Trouville renoue avec son passé - Ouverture d'un complexe hôtel/cures marines
Trouville renoue avec son passé - Ouverture d'un complexe hôtel/cures marines

Trouville, qui avait été au XIXe siècle la reine des plages et, bien qu’ayant perdu de son éclat, restait néanmoins, à côté de sa luxueuse voisine Deauville, une plage familiale appréciée et un port plein de charme. Aujourd’hui, cette station balnéaire renoue avec le faste de son passé grâce à l’ouverture, en ce mois d’avril 2015, d’un hôtel 5 étoiles qui s’inscrit dans la continuité mythique de l’hôtel des Roches-Noires où séjournèrent des personnalités comme Marcel Proust et, plus tard, Marguerite Duras, d’un restaurant gastronomique assuré par le jeune chef David Drans et de cures marines prestigieuses.

 

 C’est le 1e juillet 1847 qu’avait eu lieu l’ouverture du Salon des bains sur un terrain ayant appartenu au docteur Olliffe, ce même docteur qui avait incité le frère de l’empereur, le duc de Morny, à s’intéresser aux étendues marécageuses qui se déployaient à perte de vue de l’autre côté de la Touques. Mais, pour lors, Deauville n’existait pas et Trouville brillait déjà de mille feux. La petite ville, découverte par le peintre Charles Mozin, qu’avaient séduit ses collines verdoyantes, ses pêcheurs sur la plage, ses barques dans la tempête, son estuaire au flux ou au jusant et, par-dessus tout, ses ciels qui varient de couleur et d’intensité à chaque heure, très vite suivi par Eugène Isabey, Paul Huet, Alexandre Descamps et Alexandre Dumas, oui, le petit port avait peu à peu pris le relais de Dieppe, lancé par la duchesse de Berry, et connaissait un essor grandissant. Aux aristocrates du début, qui bâtirent les premières grandes villas, ainsi la villa persane de la princesse de Sagan, celles de Monsieur de la Trémouille ou de la marquise de Montebello ou encore de Galliffet, s’ajoutaient bientôt la villa de Formeville, celle de Monsieur Leroy d’Etiolle, si bien que le modeste port de pêche s’était métamorphosé en quelques décennies en un lieu de villégiature recherché par des estivants tout autant épris de sport et de grand air que de confort et de mondanité.

 

En effet, c’est à Trouville, en 1891, que sera créée la Coupe de France  et, en 1906, les épreuves de régates dureront deux jours et seront remportées par une équipe allemande. Trouville aura également son vélodrome et, en 1893, le premier Paris-Trouville sera patronné par le Journal et ouvert aux vélopédistes comme aux tandémistes. Et, bientôt,  la construction du casino actuel, complété par une salle de spectacle que l’on aimerait voir rénovée  elle aussi, assurera sa renommée. Dans les rues montantes couronnant sa colline, sur la plage ou la jetée, on croisait Boudin, Courbet, Whistler, Monet, Corot, Bonnard, Charles Pecrus, Helleu, Dufy, Marquet, Dubourg pour ne citer que les plus connus. Davantage que le pittoresque, c’est la qualité de la lumière qui les fascinait, le duo subtil de l’eau et du ciel, les masses de couleurs distribuées par l’ocre des sables et les toilettes des femmes, les jeux d’ombres perpétrés par les parasols et les ombrelles qui deviendront emblématiques de l’impressionnisme. Tous essaieront de rendre sensible les vibrations de la lumière, les glacis fluides qui l’accompagnent et cet aspect porcelainé dont parlait Boudin.

 

Le train à voie étroite ramenait chaque été son lot de villégiaturistes. Les passagers descendaient enveloppés dans des pelisses, les femmes dissimulées sous des voilettes qui les protégeaient des escarbilles. Les calèches attendaient devant la gare inaugurée en 1863, trois ans après le pont de la Touques  et qui, dorénavant, reliait Trouville à Deauville, sa cadette. Cette cadette commençait d’ailleurs à s’émanciper et la période de 1910-1912 sera décisive pour les stations des deux bords de la Touques. Trouville n’était plus, alors, la seule à capter l’attention, il fallait compter avec Deauville. La lutte fut d’autant plus rude que s’y mêlèrent politique et rivalités de personnes. Ce fut entre autre la guerre des casinos. Mais, bientôt, la mise fut remportée par le magicien de la nuit Eugène Cornuché qui entraîna les initiés dans le somptueux établissement qu’il inaugurait à Deauville. Les trouvillais n’avaient plus que leurs larmes pour pleurer, d’autant que des nuages s’accumulaient à l’horizon et que le tocsin s’apprêtait à retentir dans toutes les églises de France. En l’été de 1914 éclatait la Première Guerre Mondiale.

 

En 1922, la guerre terminée, Cornuché, qui avait fait la gloire du casino de Deauville, reprenait pied à Trouville en même temps qu’un mécène, Fernand Moureaux, ambitionnait, quitte à en payer une partie de ses deniers, à redonner au petit port normand son caractère et son charme, tout en l’actualisant. Ainsi s’élèveront sur les quais rénovés et, d’après les plans de Maurice Vincent, la nouvelle poissonnerie avec criée et se réalisera la normandisation des maisons qui bordent la Touques. La guerre de 39/45 ne manquera pas,  à son tour, de laisser des cicatrices. Les allemands détruiront la jetée-promenade qui permettait l’accostage des bateaux à vapeur en provenance du Havre et une part du patrimoine immobilier sera également endommagée. Si bien que Fernand Moureaux, une fois encore, avancera sur ses fonds personnels les sommes nécessaires à la destruction des blockhaus et à la réhabilitation des bâtiments dont l’église Notre-Dame des Victoires qui avait perdu ses vitraux. Il ne faudra pas moins de douze années pour déminer et redonner à la cité balnéaire son cachet. Beaucoup de changements s’avèreront inévitables : les grands hôtels seront convertis en appartements, un complexe nautique remplacera les « bains bleus », mais la magnifique jetée-promenade ne verra pas aboutir le projet de sa reconstruction.

 

Quant aux cures marines, qui occupaient une partie du casino, et avaient été créées par le docteur Larivière en 1945, elles avaient été fermées dans les années 90 parce qu’elles ne correspondaient plus aux normes exigées. Or, elles ouvrent à nouveau en ce 16 avril 2015 avec une surface plus grande de 2500 m2 et sont les plus modernes d’Europe du groupe Accor. L’accès est direct avec l’hôtel 5 étoiles qui constitue avec elles un complexe de bien-être et de loisirs exceptionnel. C’est l’architecte Philippe Nuel qui a redonné son élégance de jadis à l’établissement, affligé depuis 20 ans d’un déclin inexorable. Doté de 103 chambres dont 16 suites, l’hôtel se plaît à jouer sur les variations autour des camaïeux de blanc et de gris, soulignés délicatement de bleu, en écho avec l’univers marin qui l’entoure. Au décor inspiré par les bains de mer de la Belle-Epoque s’ajoute une offre thalasso et spa exclusive qui ravira les amateurs de détente marine. D’ailleurs le directeur Emile Viciana ne se cache pas de réinventer le projet d’origine, celui des débuts de la Thalasso où le Tout-Paris se rendait à Trouville pour profiter de sa longue plage de sable et des bienfaits de la mer que l’on allait prendre en cabines roulantes. Si bien que, désormais, Trouville renoue avec son passé sans rien sacrifier de son présent puisque faisant de cet alliage un atout précieux.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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