Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
20 juillet 2015 1 20 /07 /juillet /2015 08:45
Du côté de Canaan de Sebastian Barry

Sebastian Barry écrit une page de la version la moins glorieuse de la mythologie des Irlandais expatriés aux Etats-Unis, l’histoire de tous ceux qui ont quitté l’Irlande sous la pression de la famine, des Anglais ou de ceux qui ne partageaient pas leurs idées, sans jamais trouver ni fortune, ni bonheur ; les laissés pour compte du rêve américain en quelque sort.

 

 

                                                    Du côté de Canaan

                                      Sebastian Barry (1955 - ….)

 

 

« J’ai quatre-vingt-neuf ans et je vais mettre fin à mes jours très bientôt. Comment puis-jet vivre sans Bill ? » Bill, son petit-fils revenu très marqué de la guerre dans les sables, s’est pendu dans les toilettes de son ancien lycée. Lilly Bere, Irlandaise émigrée aux Etats-Unis, veut cependant expliquer son geste, raconter sa vie, sa mère décédée en la mettant au monde, son père chef dans la police de Dublin qu’elle prenait pour un héros mais qui avait été le bras armé d’une répression violente contre des manifestants. « Et penser, de me souvenir. D’essayer. Toutes ces sombres affaires, ces histoires englouties, comme de vieilles chaussettes dans une vieille taie d’oreiller. Sans plus trop savoir quels poids de vérité elles contiennent ».

 

Lilly raconte son épopée, sa damnation, sa destinée, le sort d’une jeune irlandaise qui traversa quatre guerres en y laissant à chaque fois un morceau de sa vie, un bout d’elle-même, la plupart de ses illusions et une bonne partie de sa foi. La Grande Guerre, celle de 14, a enterré le frère chéri dans la glaise de Picardie, l’horrible guerre fratricide des années vingt l’a chassée brutalement d’Irlande avec son fiancé qui était dans le mauvais camp, plus par opportunité que par vocation, celui des « Tans », les fameux supplétifs de la police, celle du Vietnam qui lui a rendu un fils abîmé, incapable de retrouver sa place dans la société, et enfin celle des sables qui a anéanti son petit-fils revenu de la guerre seulement pour vivre un peu plus longtemps, mais si peu.

 

Sebastian Barry s’immisce habilement, et avec bonheur, dans la peau de cette très vieille femme qui a passé son temps à perdre ceux qu’elle aimait et qui ne veut plus rien perdre si ce n’est le bout de vie dont elle dispose encore. Il raconte sous sa plume la fatalité qui a frappé de nombreux Irlandais condamnés à quitter leur pays pour fuir l’Anglais ou les frères de sang qui ne partageaient pas leurs opinions. Une migration héroïque enfantant tout un pan d’une nouvelle nation forte et dynamique, une épopée mythologique et souvent cruelle, désormais inscrite dans les gènes d’un peuple, Cette destinée envoûtante, morbide, fatale, manque cependant un peu du souffle épique que de nombreux auteurs irlandais ont fait mugir dans la littérature depuis très longtemps. Dans celui-ci, on ressent davantage la résilience flétrie de cette vieille femme usée par trop de malheurs, le mélodrame qui aurait pu nourrir le livret d’un opéra mis en musique par Puccini ou Verdi. Mais, « Seuls les incroyants peuvent être vraiment croyants, seuls les perdants peuvent vraiment gagner ».

 

Il ne faut pas non plus occulter le choc frontal que l’auteur provoque entre la fatalité morbide qui a frappé les Irlandais et la certitude insolente de la nation américaine en pleine explosion. Une fiction qui se voudrait le témoignage d’une vieille femme venue aux Etats-Unis pour fuir les démons de son peuple qui finissent par la rattraper mais pas avant qu’elle ait pu inscrire ses pas dans le chemin de « l’american way of life ».

 

Denis Billamboz

 

Pour consulter la liste de mes précédents articles, cliquer    ICI

 

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET - dans LES COUPS de COEUR de DENIS
commenter cet article

commentaires

armelle 21/07/2015 09:42

Quant à moi pas rentée du tout.

billamboz denis 20/07/2015 14:20

Hello Edmée !

Ce livre est certes intéressant mais je l'ai trouvé un peu longuet et un peu trop prévisible, on finit par comprendre que c'est toujours le pire qui arrivera mais c'est le sort des Irlandais : l'excès est leur lot en tout. Si j'avais ce livre, je te l'adresserais mais c'est un livre de la médiathèque locale.

Edmée De Xhavée 20/07/2015 11:11

Oh que j'ai envie de lire ceci, Denis! Le courage qui ne sert à rien, qui détruit, qui ne trouve pas sa récompense. Dur certainement... injuste sans doute...

Présentation

  • : Le blog interligne d' Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • Le blog interligne d' Armelle BARGUILLET  HAUTELOIRE
  • : Grâce au pouvoir des mots, une invitation à voyager sur les lignes et interlignes.
  • Contact

TEXTE LIBRE

 4016234704 (Small)

Un blog qui privilégie l'évasion par les mots, d'abord, par l'imaginaire...toujours.

LES MOTS, nous les aimons pour eux-mêmes, leur sonorité, leur beauté, leur velouté, leur fraîcheur, leur hardiesse, leur insolence, leur curiosité, leur dureté, leur volupté, leur rigueur.
Différemment des notes et des couleurs qui touchent d'abord notre sensibilité, ils ont vocation à transmettre, informer, émouvoir, expliquer, séduire, irriter, formuler les idées, forger les concepts, instaurer le dialogue.
Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

La vie doit être vécue en regardant vers l'avenir, mais elle ne peut être comprise qu'en se tournant vers le passé.

 Soëren Kierkegaard

 

Je réponds ordinairement à ceux qui me demandent raison de mes voyages : que je sais bien ce que je fuis, et non pas ce que je cherche.

   Montaigne

 

Veux-tu vivre heureux ? Voyage avec deux sacs, l'un pour donner, l'autre pours recevoir.
   Goethe

 

 MES DERNIERS OUVRAGES PUBLIES ( cliquer sur l'icône pour accéder à leur présentation )


1184097919 profil de la nuit  2851620614

les signes pourpres  3190-NEL i 978-3-8417-7335-7-full

 

SI VOUS PREFEREZ LES IMAGES et le 7e Art, RENDEZ-VOUS SUR MON BLOG : 

 

Bannière pour Armelle 1 

 

ET SI VOUS AIMEZ LES ANIMAUX, RENDEZ-VOUS SUR " MEMOIRE D'EAU" :

 

P1080160.JPG

Recherche