Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
27 juillet 2015 1 27 /07 /juillet /2015 07:44
Marthe et Mathilde de Pascale Hugues

Pascale Hugues, journaliste, raconte l’histoire étonnamment parallèle de ses deux grands-mères, nées la même année, mortes la même année, elles ont marié un fils et une fille ensemble, les futurs parents de Pascale, mais l’une était une bonne provinciale française et l’autre la fille d’un Allemand et, en Alsace au XXe siècle, c’était un véritable problème. Une page de notre histoire que la France a tournée bien vite.

 

 

                                             

 

                                          Marthe et Mathilde

                                     Pascale Hugues (1959 - ….)

 

 

 

« Mes grands-mères s’appelaient Marthe et Mathilde. Leurs prénoms commençaient par les deux mêmes lettres. Elles étaient nées la même année, en 1902… elles moururent l’une après l’autre en 2001. A quelques semaines d’intervalle, tout au début du nouveau siècle et à la veille de leur centième anniversaire. »

 

 

« Marthe et Mathilde traversèrent le XXe siècle côte à côte d’un bout à l’autre », à Colmar que Marthe ne quitta que durant la deuxième guerre mondiale, elle était Alsacienne, mariée à un ancien militaire français alors que Mathilde était la fille d’un Allemand installé en Alsace avec sa femme belge francophone. Quand elles étaient enfants, les deux femmes habitaient le même immeuble, elles firent connaissance à l’âge de six ans et le hasard, qui fait si bien les choses, ne faillit pas à sa tradition en voulant que le fils de Marthe épouse la fille de Mathilde et qu’ils deviennent les parents de Pascale, l’auteure de cette histoire.

 

 

Ce texte ne serait qu’une accumulation de coïncidences plus surprenantes les unes que les autres, si cette histoire ne se déroulait pas en Alsace où ces deux femmes furent successivement allemandes jusqu’en 1918, puis françaises de cette date à 1940, à nouveau allemandes l’espace de la guerre et de nouveau françaises depuis 1945 jusqu’à leurs décès. Leur histoire échappe ainsi à la seule tradition familiale pour devenir le symbole de tout un peuple balloté de part et d’autre d’une frontière mouvante au gré des guerres qui ensanglantèrent la planète. Marthe se souvient comment les Allemands étaient, pendant la Grande, devenus durs et sévères avec les populations françaises, et Mathilde, elle, n’a pas oublié comment les Français avaient chassé, entre 1918 et 1921, les familles allemandes influentes.

 

 

Ce livre écrit pas une journaliste n’est peut-être pas très littéraire, il s’attache plus à faire vivre ces deux femmes au destin parallèle, malgré des origines et des personnalités très différentes, faisant de tout ce qui les séparait des atouts pour construire une part de vie commune. Il fallut beaucoup de tolérance à Marthe, la bonne provinciale simple et pragmatique, pour accepter les caprices et la supériorité intellectuelle de Mathilde à l’arbre généalogique riche de plusieurs nationalités et peuplé de personnalités importantes. Il fallut aussi beaucoup de résignation et de courage à Mathilde pour supporter son statut de « boche » et accepter de vivre dans une ville trop petite pour ses rêves de grandeur.

 

 

Mais à la réflexion, ces destins ne sont pas tout à fait parallèles, car Mathilde y occupe plus de place que Marthe, sans doute que son rayonnement intellectuel a davantage fasciné sa petite-fille que la simplicité bon enfant de Marthe, mais il est un excellent rappel des événements d’alors et peut-être même plus encore car dans nos écoles on ne nous a jamais parlé des expulsions en Alsace, de la francisation forcée, de l’interdiction de parler français ou allemand selon le lieu et l’époque, si bien que nombreux étaient les enfants qui devaient parler une langue à la maison et une autre à l’école… La France s’est beaucoup glorifiée d’avoir ramené l’Alsace dans le giron de la patrie gauloise mais n’a pas tout dit sur les méthodes employées et sur les douleurs subies par les populations. Et certainement que les Allemands n’en ont pas dit plus quand ils ont rattaché l’Alsace à la grande nation germanique. Cette histoire est aussi un exemple de tout ce que les peuples installés aux marches des nations ont dû subir, subissent encore pour certains, lors des conflits armés entre ces nations : dans les Sudètes, en Silésie, dans le Memel land, etc… et aujourd’hui encore à l’est de l’Ukraine, en Moldavie à l’est du Dniepr, dans l’imbroglio caucasien…

 

 

Ce texte nous rappelle qu’à cette époque, notre belle république auréolée de sa belle devise où trône fièrement l’Egalité, « classe ses enfants, il y a les légitimes, les tolérés, les adoptés, les rejetés et les Boches ». N’oublions jamais !

 

Denis BILLAMBOZ

 

 

Pour consulter mes articles précédents, cliquer   ICI

 

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

Marthe et Mathilde de Pascale Hugues

Partager cet article

Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET - dans LES COUPS de COEUR de DENIS
commenter cet article

commentaires

billamboz denis 27/07/2015 14:28

C'est effectivement une page de l'histoire de cette région déchirée entre deux cultures, une page que la France et l'Allemagne ont tournée un peu vite, sans vraiment nous expliquer comment ces passages successifs d'une puissance à l'autre se sont réellement effectués. mais c'est aussi une belle histoire d'amitié, de tolérance et de générosité entre deux femmes que tout semblait rapprocher mais par forcément réunir.

armelle 27/07/2015 09:59

J'ai lu cet ouvrage il y a deux ou trois ans et j'ai trouvé passionnant et remarquable ce témoignage de deux vies qui se sont tissées proches l'une de l'autre mais avec des dénominateurs psychologiques et une ascendance très différente, voire même opposés. Je le conseille vivement à ceux et celles qui, comme moi, sont peu documentés sur cette époque tellement trouble en Alsace-Lorraine. C'est un véritable document, adouci par une belle histoire de famille.

Edmée De Xhavée 27/07/2015 09:50

Encore un livre que j'aimerais certainement beaucoup lire... C'est un sujet qui me touche évidemment!

Présentation

  • : Le blog interligne d' Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • Le blog interligne d' Armelle BARGUILLET  HAUTELOIRE
  • : Grâce au pouvoir des mots, une invitation à voyager sur les lignes et interlignes.
  • Contact

TEXTE LIBRE

 4016234704 (Small)

Un blog qui privilégie l'évasion par les mots, d'abord, par l'imaginaire...toujours.

LES MOTS, nous les aimons pour eux-mêmes, leur sonorité, leur beauté, leur velouté, leur fraîcheur, leur hardiesse, leur insolence, leur curiosité, leur dureté, leur volupté, leur rigueur.
Différemment des notes et des couleurs qui touchent d'abord notre sensibilité, ils ont vocation à transmettre, informer, émouvoir, expliquer, séduire, irriter, formuler les idées, forger les concepts, instaurer le dialogue.
Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

La vie doit être vécue en regardant vers l'avenir, mais elle ne peut être comprise qu'en se tournant vers le passé.

 Soëren Kierkegaard

 

Je réponds ordinairement à ceux qui me demandent raison de mes voyages : que je sais bien ce que je fuis, et non pas ce que je cherche.

   Montaigne

 

Veux-tu vivre heureux ? Voyage avec deux sacs, l'un pour donner, l'autre pours recevoir.
   Goethe

 

 MES DERNIERS OUVRAGES PUBLIES ( cliquer sur l'icône pour accéder à leur présentation )


1184097919 profil de la nuit  2851620614

les signes pourpres  3190-NEL i 978-3-8417-7335-7-full

 

SI VOUS PREFEREZ LES IMAGES et le 7e Art, RENDEZ-VOUS SUR MON BLOG : 

 

Bannière pour Armelle 1 

 

ET SI VOUS AIMEZ LES ANIMAUX, RENDEZ-VOUS SUR " MEMOIRE D'EAU" :

 

P1080160.JPG

Recherche