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29 juillet 2015 3 29 /07 /juillet /2015 07:58
On l'appelle "TERRE"

Terre,
Il était écrit dans le livre sacré
A la page où se lèvent les aurores
Que tu serais pour le promeneur attardé
Un havre de repos et de paix, un lieu privilégié
Un  jardin où les fleurs, par grappes, s’épandent
Où agenouillés dans l’intensité de nos prières
Nous accordons nos cœurs à nos pensées.
Laissez-nous marcher dans la sueur de nos souliers,
Dix millénaires n’ont pas rendu l’homme plus sage.

 

Terre,
Tu es la mesure  immesurable,
Le sablier géant aux pieds de la plus haute investiture,
Tu es et n’es plus tant de fois désavouée
Que poids qui roule
Dans le voile bleu des nuits sans lune.

 

Terre,
Trop de fois tu as gémi sous la contrainte
L’homme a trop de fois jeté sur toi sa semence
Trop de fois creusé le sillon
Où l’âge aspire le temps
En un souffle éperdu.

 

La roue tourne au moulin
Regardez-la tourner
Plus lente que l’horloge
Au son du pendulier
La roue qui moud le grain.

 

Temps où la lâcheté
Se caresse à mains nues
Poussière sur la margelle
Du puits sans profondeur
Hommes de tous lignages
Levez vos faces saintes
Le temps est revenu
Et l’aveu et l’outrage.

 

Terre
Que ravinent fleuves et affluents
Cluses profondes et rides altières à ton front
Tu fermentes les germes de tes phantasmes
Et tes marnes te font l’haleine mauvaise.
Tu as l’âge de tes fièvres et de tes cancers.

 

Homme, ô homme
sauve-toi de ton humanité.
Ce vêtement étroit te rend le coeur amer.
La terre te fut donnée
Comme un poste avancé aux confins des déserts,
Au centre le plus au centre du cosmos ramassé
Sur cette seule pierre.
Ton esprit sur les flots se devait de souffler
Et les villes naissaient comme autant de sanctuaires.
Des prières savantes aux lèvres pharisiennes
Se brodaient d'adjectifs et de superlatifs.
Les pauvres se taisaient.


 

Midi sonne à l’horloge
La terre et l’océan
Suspendent un instant
Leur duel millénaire.
Les prophètes sont morts
Les dieux sont profanés
Le monde a trop de fois
Sombré dans le péché
O destin, ô douleur,
Vous voilà écoutant la parole sacrée !
Le champ reçoit la sueur et l’homme son salaire
La moisson est ailleurs.
La terre ne fut jamais
Pour ton humanité
O homme investi d’une haute destinée
Qu’une escale précaire entre deux infinis.

 

Peuple, il n'est plus de larmes
Pour pouvoir te pleurer
Il n'est plus de révolte
Pour vouloir te venger.
Les semailles formeront
De grandes gerbes d'or
Les épis moissonnés feront vide le champ
Et le grand chant du monde
Ne sera pas chanté...
Car le monde fait silence.
Poète, lève-toi
Il est temps de parler
Rends ta voix plus tonnante
Que l'airain, plus sonnante
Dis-leur la vérité.

 

La mesure du temps
Une fois mesurée
Arrête le pendulier.
La roue tourne au moulin
Regarde-la tourner
La roue qui moud le grain.

 

 

Armelle Barguillet Hauteloire - Extraits de « Incandescence » Ed. Saint-Germain-Des-Prés (1983)

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans ARTICLES ME CONCERNANT
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commentaires

armelle 02/08/2015 10:03

Vos commentaires me font toujours un très grand plaisir, Thérèse, d'autant que je sais que vous vivez très recluse désormais. Alors si quelques-uns de mes articles peuvent adoucir vos longs moments de solitude, j'en suis touchée.

Thérèse 01/08/2015 18:16

C'est tellement beau : 'les pauvres se taisaient' ' le monde faisait silence'. Ah oui si les poètes se levaient pour nous conter la vie autrement, leurs voix seraient sûrement plus douce à entendre.

armelle 30/07/2015 09:51

Je suis bien d'accord avec vous Alain. C'est l'avenir de mes petits-enfants qui me fait peur. Surtout ce qui est en train de se préparer sur le plan culturel pour priver progressivement les générations futures de leur mémoire nationale, de l'histoire de leur patrie, les coupant ainsi de leurs racines. Nous ne sommes pas les citoyens du monde, cela ne signifie rien. Nous sommes les enfants d'une terre, d'un lieu qui nous a vu naître et qui nous a fait ce que nous sommes.

Alain 30/07/2015 08:50

Bonjour Armelle, voilà bien des vers qui s'accordent, à une actualité maussade. “L'indifférence est une infirmité de l'esprit et du coeur.” écrivait François Giroud dans le Journal d'une parisienne. Votre poésie prouve que l'indifférence ne vous habite pas. Ce que nous savions tous, d'ailleurs. Mais ne pensez-vous pas que l'être humain peut dire stop, gronder, se réveiller et démolir "ses icônes" ? C'est peut-être ce dont j'ai le plus peur pour les jeunes générations. À mon âge je reste un privilégié et la crainte du lendemain ne m'habite plus depuis longtemps. C'est pour ceux qui prennent la relève que je suis triste.

Loic 29/07/2015 22:15

Je ne connaissais pas ce poeme grave et visionnaire. Je le recopie pour le relire.

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Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

La vie doit être vécue en regardant vers l'avenir, mais elle ne peut être comprise qu'en se tournant vers le passé.

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