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17 août 2015 1 17 /08 /août /2015 07:51
La folie que c'est d'écrire d'Alexandra Bitouzet

J’ai rencontré, et découvert par la même occasion, Alexandra à la Foire du livre de Bruxelles en févriers dernier, je connaissais son éditeur, je lui ai fait confiance j’ai acheté le premier roman de cette jeune femme et j’en ai été ravi. Alexandra a du talent et de la rage, elle devrait réussir dans les lettres.

 

 

                                         La folie que c’est d’écrire

                                   Alexandra Bitouzet (1980 - ….)

 

 

A l’occasion d’un long voyage en train, je me suis laissé entortiller dans les lacs de la folie qu’Alexandra a tressés dans ce texte, pour en sortir, j’ai essayé de distinguer ce qui pourrait appartenir à l’auteure, Alexandra, de ce qui pourrait provenir de la narratrice Esther. Evidemment cette démarche est extrêmement subjective mais, comme le proclame Marcos Malavia (je le répète souvent, chaque fois que ça m’arrange), chaque lecteur invente un livre différent, alors pourquoi me gêner. Il y a trop de souffrance, trop de violence, trop de mauvaise foi dans ce livre pour une seule personne.

 

Alexandra a inventé Esther une jeune fille qui devient trop vite mère, par hasard, sans envie réelle, sans motivation particulière. Elle n’arrive pas à mener concomitamment sa vie de mère, sa vie d’épouse de moins en moins amoureuse et de moins en moins aimée et considérée, sa vie d’employée par nécessité alimentaire et sa vie d’écrivain qu’elle veut absolument devenir par besoin intellectuel et psychologique, par égo, pour démontrer ce dont elle est capable. Elle s’enfonce dans une spirale névrotique mortifère. « J’avais l’impression que pour être femme et mère et salariée et écrivain, il m’aurait fallu des journées de trente-cinq heures ».

 

Je n’ai aucune connaissance en pathologie neurologique, j’ai attribué la folie à Esther, une folie qui n’a pas grand-chose à voir avec celle que j’ai lue récemment dans les lignes de Sylvia Plath, plutôt une forme de paranoïa issue d’une enfance trop douloureuse : son père battait sa mère sans qu’elle se rebelle même quand les coups sont devenus particulièrement cruels. Ainsi Esther serait porteuse de la phobie des hommes par transfert de la haine qu’elle vouait à son père, à l’ensemble de la gente masculine. Alexandra apporterait, elle, la version féministe militante, je ne pense pas qu’une profonde paranoïa s’accommode bien d’une forme de militantisme quelconque et d’un féminisme assez conventionnel.

 

La relation à l’homme pour l’une, Esther, peut-être, se transforme en une forme de rejet de son propre sexe, elle n’accepte pas d’être une femme car les femmes sont vouées à échouer. « Mais le pire de tout, ça n’était pas ce dégoût que les mâles m’inspiraient, le pire c’était cette répugnance que je m’infligeais à moi-même». « Frustrée d’être à tout jamais une femme. Une femme et rien d’autre ». Alors que l’auteure, elle, serait plutôt militante de la cause des femmes. Mais tout cela n’est peut-être pas si simple, les deux femmes se confondent parfois en évoquant le genre et ses incidences sur la création littéraire et la vie en général. « Ce que vous appelez féminisme n’est ni plus ni moins que de la paranoïa. La fenêtre entre les deux est ténue… ». Alexandra sait ce qu’on pourrait penser de son texte et que tout cela est bien complexe et plonge certainement ses racines dans quelque chose qui n’appartient pas à ce récit.

 

Le besoin d’écrire d’Esther est un besoin vital qui relève de la nécessité de faire sortir ce qu’elle ne peut pas dire, d’évacuer ce qui l’étouffe, alors qu’Alexandra serait davantage porteuse d’un besoin de reconnaissance, de réussite, de notoriété. « Mon roman, une fois publié, allait faire de moi quelque chose ou quelqu’un d’autre que cette mère, cette épouse ou cette secrétaire ». Dans le texte, deux notions s’affrontent : la notion d’écriture qui relève du besoin de dire qui appartient plus à Esther et celle de littérature qui relève plus de l’envie de notoriété. L’écriture peut avoir une version thérapeutique que la littérature n’a pas, la littérature est un art et en aucun cas une thérapie, elle est la fille du talent alors que l’écriture peut-être celui de la douleur et de la souffrance. « La littérature est comme le ventre d’une mère », lieu de naissance et de création.

 

Il restera toujours ce texte que j’ai lu presque d’une seule traite et que, même si j’ai eu envie parfois de le jeter tant le récit est violent, tout au long de mon voyage, je n’ai jamais pu le poser, le thème n’y est pas pour rien mais je pense que l’écriture y est encore pour plus. Alexandra a l’art d’enfermer le lecteur dans ses mots sans jamais le laisser s’évader, elle le ligote littéralement, le conservant à la merci des mots qu’elle partage avec son héroïne.

 

Voilà comment je pourrais décrire la folie d’écrire, le livre que j’ai inventé après la lecture du texte d’Alexandra Bitouzet. Mais, tout cela n’a aucune importance puisque l’auteure, ou simplement l’héroïne, a décrété que les hommes n’y comprendraient rien.

 

Denis Billamboz

 

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES COUPS de COEUR de DENIS
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commentaires

Edmée De Xhavée 17/08/2015 18:07

Oui, les femmes peuvent être très dures... tellement dures. C'est peut-être une forme de force aussi...

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