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25 septembre 2015 5 25 /09 /septembre /2015 09:21
La conscience de soi : individu ou personne ?

 

« Je pense donc je suis » - disait Descartes. Mais que suis-je ou qui suis-je ? Je suis d’abord un organisme, un animal très évolué dont la première caractéristique est l’unité organique. Je suis un individu semblable à des millions d’autres et néanmoins unique car je n’ai pas mon pareil. Avoir conscience de soi, c’est en un sens avoir conscience de son corps, mais pas seulement. D’autant que je ne l’ai pas choisi, aussi je me définis davantage et mieux par mes sentiments, mes pensées, mes convictions, mes goûts, ma volonté. Tout cela entre dans l’idée de personne et me permet de ne ressembler à nul autre. Cependant, la conscience de soi exige, pour se développer, la vie en société car que serais-je sans l’autre ? Le petit enfant prend d’abord conscience du nom par lequel on l’appelle, il commence par parler de lui à la troisième personne en se nommant. Quand, vers ses trois ans, il parvient à dire « je », il éprouve le besoin de s’affirmer face aux autres par des refus. Par la suite, le travail scolaire, le rôle qu’il tient dans les jeux, les responsabilités qui lui sont attribuées développeront le sentiment de sa personnalité. Ce sentiment s’épanouit chez les adolescents dans toute sa plénitude et suscite une exigence d’affirmation qui s’accompagne souvent d’originalité et d’esprit d’opposition. Quant à l’adulte, il s’identifie selon son statut social faisant siens les avantages qui lui sont donnés à sa naissance, ses succès personnels ou les circonstances heureuses de sa vie, enfin, naturellement, il se définit par son sexe, sa nationalité, son âge, sa profession. Il est fréquent que la personne se confonde avec sa fonction et il n’est pas rare qu’un désarroi dramatique atteigne celles et ceux qui sont soudain dépossédés de leur assise sociale et de leur renom.

 

 

Blaise Pascal rappelait aux grands de ce monde que leur corps et leur âme « sont d’eux-mêmes indifférents à l’état de batelier ou à l’état de duc » et «qu’il n’y a nul lien naturel qui les attache à une condition plutôt qu’à une autre ». Jean-Paul Sartre, ardent défenseur d’une liberté humaine absolue, affirmait, quant à lui, que se confondre avec son personnage serait abdiquer sa liberté et accepter « d’être une essence ». « Je ne suis pas ce que je suis, parce que je ne suis jamais quelque chose » – écrivait-il dans « L’Etre et le Néant ». Bien sûr, tout choix exige des renoncements et la personnalité de chacun est toujours plus riche que les choix définis.

 

 

Et notre caractère, nous est-il donné ? Dépend-t-il de notre choix ? Probablement pas, puisque nous voulons presque toujours être autrement que nous sommes, mais on ne change pas plus le caractère que l’on ne change le tempérament. Il serait irréaliste de nier le donné caractériel auquel nous avons à faire, aussi irréaliste que de nier la nature humaine. Toutefois, notre liberté nous autorise certains aménagements et il est évident que nous évoluons avec le temps et selon les événements auxquels nous sommes confrontés.

 

 

Avec la notion de personne, nous sommes conscients de cerner une réalité importante qui n’est pas de nature matérielle et échappe ainsi à l’observation scientifique. A cette notion de personne se sont attachés progressivement celle de la réalité dans l’ordre de l’être, c’est-à-dire une réalité métaphysique. Au IIIe siècle, les philosophes néo-platoniciens parlaient volontiers de « singularité substantielle » comme on a parlé plus tard du « principe ultime d’individuation ». Ces définitions sont imparfaites et ont fait dire au philosophe Merleau-Ponty que « l’être-sujet est peut-être la forme absolue de l’être ».

 

 

Chez Emmanuel Kant, la personne a une grande importance en tant que sujet moral et « fin en soi », ce  qui suppose sa valeur absolue. Kant justifie une idée qui s’est imposée fortement à la mentalité moderne, celle du respect de la personne humaine. C’est le point de départ de la justification philosophique des droits de l’homme sur lesquels un accord presqu’universel s’est établi de nos jours. Or, face à la notion de personne, nous avons le sentiment d’être à la recherche d’une réalité qui est au-delà des apparences et qu’il est quasi impossible d’atteindre. C’est pour cette raison que l’idée de personne a été critiquée par les philosophes empiristes, en particulier David Hume, qui la considérait comme purement imaginaire. Chez Hegel, l’individualité n’est qu’un moment du développement de l’esprit universel, ce qui a influencé profondément le marxisme, celui-ci se refusant à la notion de personne et privilégiant celle d’individu plus facilement malléable.

 

 

Aujourd'hui, face aux problèmes politiques et scientifiques auxquels nous sommes confrontés, l’idée de personne comme réalité métaphysique est appelée à jouer un rôle essentiel. Dans les rapports entre l’Etat et les citoyens, dans l’organisation de la société, l’idée de personne permet de reconnaître en chaque homme  un être absolument respectable qui ne peut être utilisé comme « moyen », ni sacrifié à des fins collectives, pire mercantiles. Dans le domaine de la médecine, l’abus des médications psychotropes aussi bien que les manipulations génétiques  doivent trouver leur réglementation et leur limite afin de présever l’intégrité de la personne et la sauvegarder sans l’altérer.

 

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES QUESTIONS QUE L'ON SE POSE
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Alain 25/09/2015 15:37

Je suis hors-sujet, quoi que ... "Toute la matière connue est faite d’atomes : votre table d’ordinateur, la petite fleur que vous y avez mise, votre chat qui vient se frôler sur votre jambe, le soleil dont les rayons entrent par votre fenêtre, les étoiles qui enchantent vos nuits, vous, moi, tout est atomes ..." écrivait votre ami Jean Marcoux. Cette référence m'accompagne souvent. Quand mes balades me poussent vers l'océan, j'ai souvent cette sensation bienfaitrice. N'être rien au milieu de l'immensité. Ce qu'écrit Sandrine correspond à ce que je ressens. La force de la nature. Est-ce par paresse, fatigue, ou tout simplement l'âge qui avance ? "Conscients de cerner une réalité importante qui n’est pas de nature matérielle et échappe ainsi à l’observation scientifique", je me reconnais assez bien dans cette phrase. Je pense avoir acquis une certaine forme de sagesse qui fait de moi un homme heureux. Mais pas indifférent. L'actualité me fait mal. Mes rêves, ou peut-être ma folie, me sauvent. Bon week-end Armelle.

Sandrine L. 25/09/2015 15:08

Il est fascinant de constater combien l'individu le plus anonyme n'est jamais insignifiant. La complexité d'un être et d'une vie est infiniment vaste, multidimensionnel. Juste une cellule permet cela et c'est absolument extraordinaire. La vie, quelle qu'elle soit, est un trésor sans prix. La "chosifier" est une injure à son intelligence et à sa richesse, probablement aussi l'ultime erreur qui nous condamnera. Que cela nous plaise ou non, la nature est toujours la plus forte.

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