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5 octobre 2015 1 05 /10 /octobre /2015 08:10
Le génocide arménien de Michel Marian

Le flot de réfugiés qui cognent de plus en plus violemment aux portes de l’Europe enfonce encore un peu plus la mémoire de cet autre exode, celui des Arméniens chassés de leur pays par un véritable génocide que les Turcs ne veulent pas reconnaître malgré l’évidence.

 

 

 

Le génocide arménien

De la mémoire outragée à la mémoire partagée

Michel Marian (1952 - ….)

 

 

J’écris ce commentaire le 24 avril 2015, en forme d’hommage aux six cents notables arméniens assassinés à Constantinople le 24 avril 1915 (devenu date officielle de la commémoration du génocide arménien) et aux centaines de milliers de victimes massacrées lors de l’anéantissement de ce peuple commencé bien avant cette date, les premières exactions notoires remontant selon les sources autour de 1894. Michel Marian, philosophe aux racines arméniennes, se penche sur ce dramatique épisode historique non pas pour en rappeler les causes et les origines mais avant tout pour en évoquer la mémoire outragée et la mémoire partagée selon le sous-titre de son ouvrage : « De la mémoire outragée à la mémoire partagée ».

 

 

Lors de la grande débâcle de la Première Guerre Mondiale, les Ottomans puis les Turcs ont vite compris qu’ils perdraient leurs territoires balkaniques et moyen-orientaux et qu’ils devaient sanctuariser un territoire inaliénable en expliquant que leur peuple était l’enfant légitime du peuple Hittite qui occupait déjà ce sol à l’époque de Ramsès II. Nantis de cette légitimité historique, ils se sont alors employés vigoureusement, violemment, avec une brutalité ignoble et sauvage à déchristianiser l’espace turc actuel en massacrant notamment les représentants de la communauté arménienne.

 

 

Mais ce qui intéresse surtout l’auteur, c’est la façon dont ce génocide - il faut employer ce terme utilisé pour la première fois de façon officielle par l’Etat uruguayen en 1965, prononcé récemment par le Pape et admis officiellement hier par la République d’Allemagne – a été minimisé, édulcoré, étouffé pour être ramené par les Turcs à un événement de conquête territoriale suite à un combat entre deux peuples opposés. Les exactions sont admises mais seulement comme étant largement partagées. Michel Marian analyse avec finesse et précision ce qui a pesé sur cette triste page d’histoire, tous les artifices déployés, toute la mauvaise volonté des divers pouvoirs turcs et le peu de soutien dont la nation arménienne de la diaspora comme de la République soviétique et enfin de l’Arménie libre, a pu bénéficier.

 

 

Il explore les opportunités manquées pour que ce génocide soit reconnu une fois pour toute et que le travail de réconciliation puisse commencer pour le plus grand bien des Arméniens d’Arménie ou de la diaspora et des Turcs eux-mêmes, enfermés dans un déni intenable depuis un siècle. Les opportunités ont été nombreuses, le traité de Sèvres, en 1920, était une très bonne base pour construire un rapprochement entre les deux peuples mais il a vite été dénoncé, l’espoir est revenu avec le procès de Nuremberg stigmatisant la destruction programmée d’un peuple entier, puis avec la création du terme génocide, en 1948, pour dénommer la shoah, et d’autres occasions encore toutes bafouées. A chaque fois les arguments politiques, religieux, géopolitiques, juridiques, économiques, psychologiques, égotiques et même sémantiques (pour certains le terme génocide ne peut désigner que la seule shoah) ont fait capoter toutes les opportunités de sortir cette abominable page de notre histoire, de l’oubli ignoble dans lequel elle croupit depuis un siècle.

 

 

Michel Marian reste cependant optimiste, il croit que le long combat du peuple arménien et la pugnacité de ses représentants seront récompensés et que dans un avenir à moyen terme ce génocide sera enfin reconnu par tous, y compris les Turcs. J’ai, pour ma part, l’impression que, depuis quelques jours, l’histoire s’accélère, le pape et l’Allemagne pourraient être suivis par d’autres encore, ce qui mettrait la Turquie dans une situation encore plus difficile à tenir. Il serait temps que le monde lave définitivement cette page bien sale de notre histoire et rende la reconnaissance due à ses malheureuses victimes d’un conflit qui les concernait bien peu.

«Le mur légendaire de la relation arméno-turque, même s’il est destiné en 2015 à trouver de nouvelles illustrations, a subi de sérieuses brèches ces dernières années… On peut donc parier que l’on entre dans l’époque de la solution ».

 

Denis BILLAMBOZ

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES COUPS de COEUR de DENIS
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