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9 novembre 2015 1 09 /11 /novembre /2015 08:53
Des jours en trop de Hassan Daoud

 

Un  livre qui met le lecteur à contribution car le narrateur n’a plus toutes les facultés nécessaires pour exposer clairement sa difficile fin de vie ; il appartient donc à celui qui lit l’ouvrage de reconstituer le texte pour bien le comprendre.

 

 

                                                  Des jours en trop

                                           Hassan Daoud (1946 - ….)

 

 

Au sud Liban, un vieillard misanthrope ayant atteint le grand âge, quatre-vingt-quatorze ans, raconte sa vie solitaire, à l’écart de tous : sa famille qui n’attend que son décès pour vendre sa maison, ses voisins qu’il ne supporte pas depuis très longtemps et même ses petits enfants qui font tout ce qu’ils peuvent pour l’éviter. Il vit reclus dans une maison qu’il a construite lui-même mais qui se délabre progressivement, dans une hygiène douteuse, avec l’assistance minimale de ses enfants. Tel est le récit de ce vieillard, mais ce n’est là que la version d’une réalité que le lecteur doit essayer de deviner entre ses éclairs de lucidité, ses confusions mentales, ses absences mémorielles, sa dégénérescence sénile et ses crises de paranoïa.  Le récit que ce viellard raconte enlace dans un long monologue la vie qu’il a construite, comment il a acquis des biens et une respectabilité qu’il a transmise à ses enfants qui, selon lui, ne sont même pas reconnaissants, et sa vie d’aujourd’hui, soumise à la déchéance progressive à laquelle il doit faire face tout en la niant et en la cachant à son voisinage.

 

 

L’habilité de l’auteur consiste à donner la parole à un vieil homme proche de sa fin afin de traiter le sujet du grand âge, tout en lui laissant le soin de reconstituer lui-même ce qu’est réellement son quotidien. L’écrit ne peut se comprendre qu’en devinant le non-dit que le narrateur a laissé entre les lignes. C’est un parti pris un peu risqué car le récit du vieillard est parfois aussi pénible et long que les derniers jours qu’il vit, mais il a le mérite de bien faire comprendre au lecteur ce qu’est la fin de vie quand les facultés mentales s’érodent et que la dépendance augmente de jour en jour. « Le sentiment de ma vieillesse ne me quittait pas : je n’étais autre que ce que j’étais dans ma dernière décrépitude ».

 

 

Hassan Daoud cherche aussi à montrer que la mort est plus facile à percevoir pour ceux qu’elle ne concerne pas dans l’immédiat que pour celui qui se trouve face à elle. Ces gens lui disent que la mort est une chose normale, qu’il faut se résoudre un jour à entreprendre le long voyage, mais ils se gardent bien de parler de la douleur qui accompagne souvent ce passage vers l’ailleurs.

 

 

Ce texte sur le grand âge, même s’il ne donne que la version supposée de celui qui y est parvenu, souligne toutes les difficultés qui accompagnent une vie longue, trop longue peut-être, qui, selon l’auteur, ne profite à personne, pas plus à celui qui se rend compte qu’il est un poids pour les autres, que pour la famille qui doit supporter un vieillard encombrant dont la survie hypothèque les projets. « Que dieu maudisse cette vie interminable ! ». Lui-même est convaincu que son existence est trop longue et que sa famille n’attend que sa mort, il en a peur et il résiste, en essayant  de prolonger de quelques jours encore ces « jours en trop ».

 

 

Un roman qui s'ajoute à l’immense pile des documents qui traitent de l’euthanasie.

 

Denis BILLAMBOZ

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES COUPS de COEUR de DENIS
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