Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
25 novembre 2015 3 25 /11 /novembre /2015 09:04
Musée Galliera : La mode retrouvée - les toilettes de la comtesse Greffulhe

 

Qui est cette femme dont la garde-robe somptueuse fait l'objet d'une exposition au musée Galliera ? Sans doute la femme française la plus admirée et adulée de la fin du XIXe siècle et du début du XXe, qui tenait rue d'Astorg le salon le mieux fréquenté, où l'on croisait des rois et reines, des hommes politiques de tous bords et les représentants les plus en vue du monde artistique. Proust en fera sa princesse de Guermantes et contribuera à l'immortaliser.

 

 

Elisabeth de  Riquet de Caraman-Chimay était née le 11 juillet 1860 dans une grande famille européenne franco-belge presque ruinée et avait épousé un homme de noblesse récente, Henry Greffulhe, que les Goncourt trouvaient "commun" mais qui avait l’avantage d’être immensément riche. Il n’aura d’autre intérêt, à l'égard de sa jeune et ravissante épouse, que de lui permettre de vivre comme une impératrice, le plus souvent loin de lui qui se montrera toujours, à son égard, brutal et insultant. Il l’appelait «  la Vénus de Mélo ». D’un narcissisme profond, amoureuse de son image, Elisabeth Greffulhe ne cessera de mettre en scène ses apparitions et saura varier ses toilettes, celles mêmes qui font l’objet de l’actuelle exposition du musée Galliera ( jusqu’au 20 mars prochain ) et nommée, en référence à Marcel Proust  "La mode retrouvée".

 

 

En effet, quelle mode, sinon celle décrite abondamment dans l’œuvre proustienne et que des couturiers comme Worth, Fortuny, Lanvin, Babani créaient pour habiller une petite société de femmes privilégiées ! Cette garde-robe, d’une cinquantaine de modèles, unique de par la qualité des pièces exposées, dont certaines ne furent portées qu’une ou deux fois, se distingue par la richesse des matières, la diversité des motifs et souvent par la présence du vert, un vert sombre que la comtesse appréciait parce qu’il mettait en valeur sa rousseur vénitienne. Son vestiaire, parcourant la Belle Epoque et les Années folles, est à son image : sublime et original, troublant et raffiné. Voici ce que les chroniqueurs de l’époque écrivaient au sujet de son élégance légendaire : « Elle vit dans une séduction obsessionnelle d’elle-même, elle s’aime probablement plus qu’elle ne cherche à plaire ». Ou bien : «  La comtesse se singularise dans le choix des motifs, les flammes, les scarabées. Certaines dentelles me font penser à du Alexander McQueen. Quand on étudie le vêtement de la fin du XIXe siècle, elle se distingue nettement ». Ou encore : « Ses toilettes, inventées pour elle ou par elle, ne doivent ressembler à aucune. Elle les préfère bizarres que semblables à d’autres ».

 

 

Ce sera  à elle que Proust, ébloui par sa beauté et le charme de ses yeux, empruntera le rire cristallin de la duchesse de Guermantes: « Le rire de Mme Greffulhe s'égrène comme le carillon de Bruges », déclarait-il.

 

En réalité, bien qu'elle l'ait nié à la fin de sa vie, la comtesse Greffulhe appréciait et recherchait la compagnie de Proust, à qui elle envoya de nombreuses invitations, qu'il déclinait pour la plupart parce qu’il était désormais le prisonnier de son oeuvre. De son côté, Proust s'inspira d'elle beaucoup plus qu'il ne l'admit jamais. L'analyse des œuvres de jeunesse de Proust, ainsi que de ses cahiers et carnets de brouillon, montre qu'elle joua un rôle clé dans la genèse de la Recherche, et en particulier dans l'élaboration du nom magique de Guermantes, nourri des rêveries de l'auteur sur son illustre et très ancienne famille. Voici ce que Marcel écrivait à Robert de Montesquiou le 2 juillet 1893, à la suite de leur première rencontre :

« J’ai enfin vu (hier chez Mme de Wagram) la comtesse Greffulhe. Et un même sentiment, qui me décida à vous dire mon émotion à la lecture des Chauves-souris, vous impose comme confident de mon émotion d’hier soir. Elle portait une coiffure d’une grâce polynésienne, et des orchidées mauves descendaient jusqu’à sa nuque, comme les «chapeaux de fleurs» dont parle M. Renan. Elle est difficile à juger, sans doute parce que juger c’est comparer, et qu’aucun élément n’entre en elle qu’on ait pu voir chez aucune autre ni même nulle part ailleurs. Mais tout le mystère de sa beauté est dans l’éclat, dans l’énigme surtout de ses yeux. Je n’ai jamais vu une femme aussi belle. Je ne me suis pas fait présenter à elle, et je ne demanderai cela pas même à vous, car en dehors de l’indiscrétion qu’il pourrait y avoir à cela, il me semble que j’éprouverais plutôt à lui parler un trouble douloureux. Mais je voudrais bien qu’elle sache la grande impression qu’elle m’a donnée et si, comme je crois, vous la voyez très souvent, voulez-vous la lui dire? J’espère vous déplaire moins en admirant celle que vous admirez par-dessus toutes choses et je l’admirerai dorénavant d’après vous, selon vous, et comme disait Malebranche “en vous”. Votre respectueux admirateur, Marcel Proust

 

 

Maîtrisant avec une exquise désinvolture ses apparitions et ses disparitions aussi soudaines qu’entretenues, la comtesse Greffulhe fut, en effet, le sujet de prédilection des chroniqueurs et des auteurs. Marcel Proust emprunta sa garde-robe, ses manières, son allure pour imaginer la duchesse de Guermantes. Ses voiles, ses gazes, ses lys et ses orchidées brodées devinrent les motifs de papier avec lesquels l’écrivain édifia son œuvre. Son image devint un phrasé. «Elle - écrit son cousin Robert de Montesquiou - se faisait montrer, chez les couturiers en renom tout ce qui était en vogue; puis quand elle devenait certaine que fut épuisé le nombre des élucubrations fraîchement vantées, elle levait la séance, en jetant aux faiseurs, persuadés de son édification et convaincus de leur maîtrise, cette déconcertante conclusion : Faites-moi tout ce que vous voudrez… qui ne soit pas ça !”».

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

 

Pour consulter mon précédent article sur la Comtesse Greffulhe, cliquer  ICI

 

 

Et pour prendre connaissances des articles de la rubrique DOSSIER MARCEL PROUST, cliquer   LA

 

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

 

Musée Galliera : La mode retrouvée - les toilettes de la comtesse Greffulhe
Musée Galliera : La mode retrouvée - les toilettes de la comtesse Greffulhe
Musée Galliera : La mode retrouvée - les toilettes de la comtesse Greffulhe
Musée Galliera : La mode retrouvée - les toilettes de la comtesse Greffulhe
Photographiée par Nadar et peinte par Helleu
Photographiée par Nadar et peinte par Helleu

Photographiée par Nadar et peinte par Helleu

Partager cet article

Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET - dans DOSSIER MARCEL PROUST
commenter cet article

commentaires

armelle 16/12/2015 14:47

Je suis contente que cela vous apporte un peu de gaieté et un peu de la vie du monde extérieur. Merci d'être si fidèle et depuis tant d'années à mon blog. Je vous souhaite une meilleure santé et de douces fêtes de fin d'année. Et que vous soyez entourée.

thérèse 15/12/2015 19:59

Tout cela me fait rêver et me sort de ma triste chambre. Merci Armelle.

niki 27/11/2015 11:40

je devrais vraiment me décider à aller à paris ;)
merci armelle pour ce beau billet, qui complète ma visite à notre musée du costume et de la dentelle pour leur très belle exposition "crinolines & cie"

Présentation

  • : Le blog interligne d' Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • Le blog interligne d' Armelle BARGUILLET  HAUTELOIRE
  • : Grâce au pouvoir des mots, une invitation à voyager sur les lignes et interlignes.
  • Contact

TEXTE LIBRE

 4016234704 (Small)

Un blog qui privilégie l'évasion par les mots, d'abord, par l'imaginaire...toujours.

LES MOTS, nous les aimons pour eux-mêmes, leur sonorité, leur beauté, leur velouté, leur fraîcheur, leur hardiesse, leur insolence, leur curiosité, leur dureté, leur volupté, leur rigueur.
Différemment des notes et des couleurs qui touchent d'abord notre sensibilité, ils ont vocation à transmettre, informer, émouvoir, expliquer, séduire, irriter, formuler les idées, forger les concepts, instaurer le dialogue.
Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

La vie doit être vécue en regardant vers l'avenir, mais elle ne peut être comprise qu'en se tournant vers le passé.

 Soëren Kierkegaard

 

Je réponds ordinairement à ceux qui me demandent raison de mes voyages : que je sais bien ce que je fuis, et non pas ce que je cherche.

   Montaigne

 

Veux-tu vivre heureux ? Voyage avec deux sacs, l'un pour donner, l'autre pours recevoir.
   Goethe

 

 MES DERNIERS OUVRAGES PUBLIES ( cliquer sur l'icône pour accéder à leur présentation )


1184097919 profil de la nuit  2851620614

les signes pourpres  3190-NEL i 978-3-8417-7335-7-full

 

SI VOUS PREFEREZ LES IMAGES et le 7e Art, RENDEZ-VOUS SUR MON BLOG : 

 

Bannière pour Armelle 1 

 

ET SI VOUS AIMEZ LES ANIMAUX, RENDEZ-VOUS SUR " MEMOIRE D'EAU" :

 

P1080160.JPG

Recherche