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16 décembre 2015 3 16 /12 /décembre /2015 10:05
Charlotte Corday, une adresse gourmande à Trouville-sur-Mer

A l’approche des fêtes, il ne me semble pas incongru de vous parler de goût, de gourmandise, de saveur, ce qui est en mesure de plaire non à des gourmands mais à des gourmets. L’art de cuisiner est, nous le savons, l’un des plus difficiles qui soit. C’est un art exigeant, créatif, innovant, qui ne souffre pas la médiocrité et nous vaut d’innombrables ouvrages qui hantent les rayonnages de nos bibliothèques et découragent souvent nos bonnes volontés, tant il faut de rigueur, de précision, d’invention et de savoir-faire pour parvenir à un résultat honorable. Et, dès lors que nous passons au régime sucré, à ces gâteaux dont nous nous régalons depuis l’enfance, nos papilles entrent immédiatement en action à la seule évocation des pâtisseries de nos grands-mères, à celles des dimanches et jours de fête : la bûche de Noël, la galette des rois, la cloche en chocolat de Pâques et d’autres encore.

 

 

Une pâtisserie est un univers à part entière, un lieu qui ne sollicite pas seulement notre goût mais notre imaginaire, un monde où flotte l’odeur délicieuse du sucre, de la vanille, des fruits, parfums exotiques, précieux ou familiers dont on ne se lasse pas et qui ne cessent de nous accompagner tout au long de notre vie. Oui, une pâtisserie est un endroit où l’on se rend avec désir, un lieu de tentation à laquelle on entend céder tant les petites merveilles disposées dans les vitrines, œuvres d’art qui relèvent de l’architecture, de la peinture, de la cristallerie ou de la porcelaine, objets si délicats et fondants que l’on goûtera seul ou entre amis et qui laisseront, dans nos palais et nos mémoires, une effusion de douceur inoubliable. Voilà pourquoi je vous propose aujourd’hui d’entrer dans une pâtisserie où tout est réuni pour satisfaire non seulement notre appétence mais charmer notre humeur, car, ici, l’accueil est à la hauteur des délicates préparations qui sont proposées à nos yeux, puis à notre palais. C’est là une adresse incontournable où il fait bon s’attarder si on se rend à Trouville-sur-Mer, petit port normand qui plaît aux parisiens. Le commerce existe depuis 1929 et a pris pour nom celui d’une héroïne normande Charlotte Corday, nièce du grand Corneille, qui avait un manoir tout proche de Pont-L’Evêque où la jeune fille se rendit bien des fois avant de mourir sur l’échafaud le 7 juillet 1793 ; une grande belle fille solidement plantée, au teint nacré et à la peau aussi veloutée qu’une pêche, nous assure Mme Maromme, témoin de son temps. Charlotte avait le feu sacré, dit-on, et ne faisait que ce qu’elle voulait. Avec l’énergie dont elle était douée, elle s’imposait et ne renonçait jamais. Passionnée par les événements de cette triste époque, elle vibrait intensément à la lecture des journaux parisiens et l’affreux Marat, qui pataugeait dans un bain de sang, lui donnait la nausée, aussi cette jeune fille allait-elle se sacrifier pour éviter que de tels crimes continuent à se perpétrer. Cette icône du courage et de l’abnégation a ainsi donné son nom à la meilleure pâtisserie de la région, un endroit douillet sur la place du casino où aiment à se retrouver les artistes, les personnalités venues d’ici et d’ailleurs et les simples amateurs de bonnes choses, tous séduits par l’accueil qui leur est réservé.

 

 

C’est en 1976 que Michel et Marie-Thérèse Gibourdel, l’un et l’autre descendants d’une longue lignée de pâtissiers et de restaurateurs, acquièrent la boutique. Ils ont quitté Paris où la vie leur paraissait trop trépidante pour ce port plein de charme accoudé à une campagne faite de collines et de bosquets, ombragée d’arbres et ouvrant comme une admirable vitrine sur la mer. Tous deux pensent alors que leur vie sera un peu plus tranquille, que les horaires seront moins contraignants, que Marie-Thérèse pourra se livrer plus aisément à sa passion de la lecture ; il n’en est rien. En un an, ils doublent le chiffre d’affaires. La raison est simple : Michel est un pâtissier hors pair, un homme dont le seul objectif a toujours été l’excellence, et se femme, la délicieuse Marie-Thérèse, a non seulement le goût de la vie mais le goût des autres et tient le magasin avec un sens inné de l’accueil et une gentillesse naturelle. Le succès ne pouvait que couronner cette alliance de la compétence et de la convivialité. Ici défilent quelques-uns des noms qui nous sont familiers, car ils font souvent la une de nos quotidiens et de nos hebdomadaires : Antoine de Caunes, amoureux de Trouville depuis l’enfance, a un gâteau à son nom la tarte Antoine, même chose pour Karl Zéro ; Marguerite Duras venait y prendre son café et déjeunait d’une quiche ou d’une tarte salée que Michel lui préparait lorsqu’elle séjournait à Trouville ; Emmanuelle Riva ne se déplaçait qu’à vélo et appréciait le jésuite ; Ionesco, un homme triste, aimait y prendre le thé en famille ; de Obaldia, l’académicien, est gourmand de chocolat ; Patrick Rambaud, l’écrivain, a un faible pour les éclairs ; Christine Orban pour le gâteau la Préférence ; Bettina Rheims se fait livrer des préparations salés et sucrées pour ses réceptions ; Pierre Bergé ne dédaigne pas l’Ispahan ; Elisabeth Depardieu et sa fille Julie viennent en voisines déguster les réalisations toutes plus savoureuses les unes que les autres qui ont pour noms le Mont-Blanc, le Masque et la Plume, ce dernier concocté par Michel à l’intention de son grand ami Jérôme Garcin qui le rappelle dans son livre « Nos dimanches soirs », publié chez Grasset : «  Je me souviens du jour où, dans la campagne normande et son beau tablier blanc, le maître pâtissier Michel Gibourdel, qui écoutait rituellement l’émission en préparant ses pâtes brisées, ses feuillantines et ses coulis, m’annonça qu’il venait d’inventer un gâteau baptisé « Le Masque et la Plume ». Mais il voulait au préalable qu’il me plût. De sa voiture, il sortit alors un carton contenant la merveille composée d’amandes, d’une pâte à macaron et d’une crème au chocolat blanc parfumée à l’anis. Je goûtais et fondis. La semaine suivante, j’allais dans sa pâtisserie de Trouville-sur-Mer chercher un « Masque et la Plume », taille XXL, que je rapportai à Paris pour le partager, en direct, au studio Charles Trenet, avec tous les critiques qui, ce soir-là, parlèrent la bouche pleine. Depuis, il paraît que, de tous les coins de la France, des fidèles de France Inter se rendent, comme en pèlerinage, dans la boutique dont a hérité son fils Laurent, également doué et inspiré, pour acheter ce dessert onctueux qui porte le nom d’une émission belliqueuse. Michel, s’est éteint en juillet 2015. Dans la petite église de Trouville où on lui a dit adieu, le prêtre a rappelé qu’il avait beaucoup donné aux autres. Il avait aussi beaucoup gâté les auditeurs du Masque. »

 

 

Ainsi, est-ce un soir d’été, que Michel Gibourdel nous a quittés pour gagner le Paradis où l’attendaient depuis longtemps nos chers disparus, impatients de savourer à leur tour les recettes du maître ; son fils Laurent et sa femme, bon sang ne saurait mentir, ont pris la relève en dignes héritiers de cette lignée, avec un talent et un sens de l'innovation et de l'accueil qui n’ont rien à envier à leurs prédécesseurs. A son tour, Laurent ne cesse de créer de nouvelles recettes, amandines, babas, charlottes, génoises, framboisiers, friands, dont  Le chalet Mozin  qui est une pure merveille. Bien qu’ayant pris sa retraite, Marie-Thérèse aime à venir passer un moment à la pâtisserie, à retrouver ses amis, à bavarder avec l’animation, la malice et la spontanéité qui la caractérisent. Avec tous les amateurs de bonnes choses, souhaitons longue vie à cette adresse incontournable de Trouville, un lieu de désir, de plaisir et de bonne humeur.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Quelques-unes des merveilles et Marie-Thérèse avec une jeune vendeuse.
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Published by Armelle BARGUILLET - dans CULTURE
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commentaires

armelle 21/12/2015 09:35

Oui, j'avoue également ma faiblesse en ce domaine. Une délicieuse faiblesse. Bon appétit à vous aussi, cher Alain.

Alain 20/12/2015 12:01

Si la surconsommation, liée à la période, finit par me lasser, je reconnais volontiers rester un adepte de ces endroits qui offrent tout au long de l'année la finesse d'un savoir faire incomparable. Les seuls noms de ces gâteaux invitent à la gourmandise. La tarte Antoine, la Préférence, le Mont-Blanc, le Masque et la Plume. Votre plume pousse à la tentation. Restons gourmands. Bon appétit !

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