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27 janvier 2016 3 27 /01 /janvier /2016 08:45
Sophie Troubetskoï, duchesse de MornySophie Troubetskoï, duchesse de Morny

Sophie Troubetskoï, duchesse de Morny

Qui était la duchesse de Morny, cette épouse du duc si discrète que la Normandie a conservé peu de souvenirs d’elle. Cependant, il y a quelques raisons à s’attarder sur cette princesse d’origine russe, qui fut d’abord princesse Troubetskoï, puis duchesse de Morny avant de devenir duchesse de Sesto et dont la vie est surprenante à plus d’un égard, ne serait-ce que par son ascendance…n’est-elle pas la petite fille d’une danseuse de corde et d’un tsar de toutes les Russies ! Nous sommes à l’époque où le tsar Alexandre Ier occupe Paris avec ses troupes après la retraite qui a vu se débander les armées napoléoniennes. Le tsar se montre alors vis-à-vis des parisiens d’une rare convenance, ne pillant aucun musée et affichant, à l’intention du peuple français défait, un parfait savoir-vivre. L’armée d’occupation compte dans ses rangs les cosaques de la garde impériale, dont les officiers sont tous issus de l’aristocratie et parlent français, puisque notre langue est celle qu’emploie l’élite de Saint-Pétersbourg depuis que Pierre le Grand a visité Versailles et Paris sous la régence de Louis XV et que Catherine II s’est liée d’amitié avec plusieurs de nos philosophes. Parmi cette élite, il y a Piotr Klavdievitch Moussine-Pouchkine, fringant capitaine de 49 ans, cousin du poète et écrivain Alexandre Pouchkine qui se plaît à se distraire dans les théâtres du Bd du Temple, boulevard qui réunit une étonnante concentration de funambules, chanteurs, danseurs, mimes, acrobates, équilibristes, dont madame Saqui qui joue à elle seule sur la corde raide des mimodrames assez époustouflants, l’audacieuse jeune femme ne craignant nullement, pour assurer sa popularité, à mimer les batailles et les victoires napoléoniennes. Le capitaine des cosaques est subjugué, une idylle se noue et une petite fille naît le 20 janvier 1816. Bien entendu, Mme Saqui n’a nullement l’intention de changer en quoi que ce soit ses habitudes, si bien que l’officier dédommage la saltimbanque et embarque le nourrisson pour Saint-Pétersbourg, où sa famille se chargera d’élever et d’éduquer l’enfant. Celle-ci prend le nom d’Ekaterina Petrovna Moussine-Pouchkine et deviendra plus tard la mère de Sophie de Morny.

 

Mais avant d’être maman à son tour, Ekaterina reçoit une parfaite éducation, conforme au rang de son père dans la société russe, et sera admise à la célèbre institution Smolny, un internat pour jeunes filles de la noblesse fondé en 1764 par l’impératrice Catherine II. Si l’adolescente n’est pas une élève brillante, elle est d’une grande beauté et va bientôt tourner les têtes et devenir la demoiselle d’honneur de la tsarine Alexandra Feodorovna, épouse du tsar Nicolas Ier qui la remarque à son tour et en fait sa maîtresse. Bientôt la jeune femme est enceinte et il faut sans plus tarder lui trouver un époux. Ce sera Serge Troubetskoï, né en 1815 dans l’une des plus anciennes familles russes, dont le comportement violent et rebelle nuit grandement à sa carrière militaire. Le tsar saisit l’occasion de lui pardonner ses incartades à une seule condition : qu’il épouse Ekaterina et endosse la paternité du futur bébé. La vie commune du couple sera de courte durée. Ils ne s’entendent pas et se séparent six mois plus tard. Sophie vient au monde le 25 mars 1838, soit quelques semaines après cette union de circonstance, et sa mère ne tarde pas à l’emmener en France, avec l’autorisation du tsar Nicolas, qui la charge d’occuper le poste de secrétaire à l’ambassade de Russie à Paris où elle vivra des années mondaines et agréables, fréquentant l’aristocratie française, dont la princesse Mathilde, cousine germaine de Napoléon III, qui intervient auprès du tsar afin que Sophie reçoive à son tour l’éducation raffinée de l’institut Smolny de Saint-Pétersbourg, si bien qu’à 18 ans Sophie est choisie, comme l’avait été sa mère autrefois, pour être la demoiselle d’honneur de la nouvelle impératrice Maria Alexandrovna, l’épouse du tsar Alexandre II au Palais d’hiver.

Ekaterina et Serge Troubetskoï au moment de leur mariageEkaterina et Serge Troubetskoï au moment de leur mariage

Ekaterina et Serge Troubetskoï au moment de leur mariage

Blonde aux yeux noirs, Sophie n’est non seulement jolie mais elle se montre spirituelle et fait preuve de perspicacité et de répartie, ce qui la rend extrêmement attrayante. Ses 18 ans vont captiver un célibataire de 45 ans, Charles de Morny, frère adultérin de l’empereur des français, venu à Saint-Pétersbourg en août 1856 pour le sacre d’Alexandre II comme ambassadeur de l'empereur et du Corps Législatif et qui épousera Sophie dès le 7 janvier 1857, en l’église Ste Catherine de Saint-Pétersbourg. Si bien que le demi-frère de Napoléon III prend pour épouse la demi-sœur du tsar Alexandre II … Le 20 juin de la même année, le couple regagne la France et l’hôtel de Lassay qui devient leur résidence principale. La vie maritale durera un peu plus de huit ans et quatre enfants vont naître, deux filles et deux garçons, dont deux d’entre eux resteront sans postérité. Sophie ne sera pas toujours bien acceptée de la société française du Second Empire. Se mêlant fort peu de politique, la jeune femme sait néanmoins assumer les obligations qui lui incombent mais préfère de beaucoup son intimité, la lecture et nourrit pour les animaux de compagnie une passion excessive. Voyons comment la dépeignait l’un de ses contemporains, Frédéric Lolié : « Observatrice et spontanée, en même temps inattendue et fière, elle avait ses jugements, ses opinions, dont l’esprit et la forme ne manquaient pas d’originalité. »

 

Le couple était souvent l’invité des souverains Napoléon III et Eugénie, mais les deux femmes ne s’appréciaient guère, peut-être leur grande beauté en faisait-elle des rivales ? A Deauville, le premier séjour de Sophie de Morny aura lieu lors de l’été 1864 à la villa Sergevna dont la construction venait tout juste de s’achever. Ce fut ce même été qu’eurent lieu l’inauguration du Casino et la première réunion de courses à l’hippodrome. Sophie aura peu d’occasion de venir séjourner à Deauville puisque le duc décède le 10 mars 1865. Cette mort soudaine suscite la stupeur dans son entourage qui ne pouvait présager une fin si rapide. Suivant la coutume russe, Sophie coupe ses longues tresses et s’enferme dans son deuil. Elle retourne pour de courts séjours à Deauville lors des premières années de son veuvage et sera présente à la consécration de l’église St Augustin le 30 juillet 1865 dont la première pierre avait été posée par le duc un an plus tôt, puis, en mai 1866, elle sera à l’initiative des fresques du peintre Louis Bordier qui ornent la voûte de l’abside.

 

Le temps passe. Sophie réalise qu’elle est toujours jeune et belle et n’envisage pas de rester fidèle à un mari qui l’a si souvent trompée. Au cours de l’année 1866, elle a alors 28 ans, elle rencontre Don José Isidro Osorio y Silva-Bazan, chevalier de la Toison d’Or, marquis d’Alcanices, duc d’Albuquerque et de Sesto que l’on appelle plus familièrement Pépé Osorio, lors d’un bal chez la duchesse de Mouchy. Pépé est d’emblée séduit par cette ravissante blonde au teint clair et aux yeux sombres mais leur liaison ne sera révélée que l’année suivante, lors de l’Exposition Universelle où toutes les têtes couronnées d’Europe sont présentes à Paris.

Sophie, jeune femme, et avec le duc de Sesto, son second époux.Sophie, jeune femme, et avec le duc de Sesto, son second époux.

Sophie, jeune femme, et avec le duc de Sesto, son second époux.

 

 

Le mariage est célébré le 21 mars 1869 à Vitoria après que la reine Isabelle II d’Espagne ait donné sa royale autorisation. Cette souveraine est peu populaire et son règne se termine par la révolution de 1868 animée par le général Juan Prim, suivie de son abdication en 1870 et de la déchéance de la maison des Bourbon par le parlement espagnol. Après un gouvernement provisoire de 2 ans, une nouvelle monarchie est instaurée avec le court règne d’Amédée de Savoie (1871-1873), destitué à son tour par la Première République espagnole qui ne durera qu’une seule année (1873-1874). Le duc de Sesto devient alors le protecteur et le père adoptif du jeune infant Alfonso, fils d’Isabelle II, qu’il éduque et forme, afin qu’il puisse remonter sur le trône d’Espagne, ce qu’il fera quelques années plus tard sous le nom d’Alphonse XII.

 

La fin de la vie de Sophie sera assombrie par plusieurs drames familiaux. Le 13 mars 1881, son demi-frère le tsar Alexandre II, celui qui avait aboli le servage, est assassiné à Saint-Pétersbourg par un groupe terroriste. En juin 1883, sa fille aînée Marie-Eugénie Charlotte de Morny décède brutalement dans sa 26ème année, laissant un orphelin d’à peine 5 ans. Enfin, le 25 novembre 1885, c’est au tour du jeune roi Alphonse XII, que Sophie et son mari avaient aidé à recouvrer son trône, de mourir de la tuberculose. Début 1896, Sophie, qui fume beaucoup, ressent à son tour les premières douleurs du mal qui va l’emporter : probablement un cancer des poumons qui s’aggrave après son voyage à Moscou en 1896 pour le sacre du tsar Nicolas II, sacre qui sera endeuillé par une incroyable bousculade survenue sur le champ de manœuvre de Khodynska, où sont rassemblées quelques 500 000 personnes et qui provoquera la mort de 1300 d’entre elles. Ce drame aura un immense retentissement et sera interprété comme un présage lugubre au règne qui débute alors… Sophie rentre à Paris très fatiguée et son état se dégrade irrémédiablement. Le 9 août 1896, sa femme de chambre, qui lui apporte son petit déjeuner, la trouve inanimée dans son lit. Elle venait d’entrer dans sa 59ème année. Ses funérailles se dérouleront à Saint-Pierre de Chaillot devant un parterre de célébrités ; la reine Isabelle II d’Espagne, impotente, s’était fait représenter et l’impératrice Eugénie, interdite de séjour en France à l'époque, avait fait de même. Sophie repose désormais dans le caveau familial des Morny au Père-Lachaise. Les Madrilènes se souviennent d’une grande dame qui leur a apporté une coutume qui perdure aujourd’hui, le sapin de Noël, et les Deauvillais d'une charmante étoile filante.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

Sources : Yves Aublet

 

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Qui était la duchesse de Morny ?
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Published by Armelle BARGUILLET - dans CULTURE
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commentaires

Armelle 28/01/2016 09:49

Oui, une vie assez riche car traversée par des passions : celle des animaux, de la culture, de la nature et d'engagements, ce fut le cas pour la défense des Bourbon d'Espagne pour laquelle Sophie de Sesto oeuvra avec détermination, étant à l'origine de la "révolte des Mantilles", trois journées de manifestations pacifiques des femmes de la haute aristocratie de Madrid contre l'arrivée du couple Amédée Ier et son épouse Maria Victoria de Pozzo, désignés par les Cortes pour régner à la place des Bourbon.

Edmée De Xhavée 28/01/2016 09:03

C'est fou comme ces vies semblent romantiques, ne serait-ce que par les acteurs en sont beaux, souvent riches ou naviguent dans des sphères riches, rencontrent des gens que l'histoire nous a rendus familiers, se rendent dans des lieux prestigieux... Bien entendu, la vie qu'ils vivent "à l'intérieur d'eux" doit assez ressembler aux nôtres. Perdre un enfant, un parent, un époux, ne se vit pas mieux parce qu'on est beau riche et fameux... Merci pour avoir présenté cette jolie dame...

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