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9 mars 2016 3 09 /03 /mars /2016 09:06
Quand le bien commun est l'otage du profit et de la violence

La violence est dans la nature, hélas ! Les éléments se déchaînent, les espèces s’entredévorent, les hommes eux aussi sont violents et altèrent l’équilibre de leur milieu de vie de mille et une façons. La violence cesse quand l’esprit paraît, quand la raison s’impose et que s’introduit dans les projets et réalisations l’ordre, la méthode, la négociation, la règle. Il peut néanmoins y avoir des violences d’état, des situations qui oppriment nombre de citoyens. Si ceux-ci se révoltent, est-ce condamnable ? La violence d’action est-elle plus immorale que la violence d’état ? La question mérite d’être posée.

 

Il serait absurde d’avoir recours à la violence lorsque le pouvoir est exercé par des hommes sages et vertueux. Mais s’il s’agit d’un régime totalitaire, les choses sont différentes et une certaine force de l’esprit peut aider à résister aux pressions et aux intimidations. C’est ce que firent sept jeunes gens qui, en août 1968, se rendirent à Moscou sur la Place Rouge, en arborant des banderoles sur lesquelles était écrit : «  Vive la Tchécoslovaquie libre ! » « Pendant toute ma vie, disait l’un d’eux à son procès, j’ai voulu être un citoyen, c’est-à-dire un individu exprimant calmement et fièrement ses pensées. J’ai réussi à l’être pendant dix minutes. »

 

La violence, parce qu’elle est extrême est toujours contradictoire. « Elle détruit ce qu’elle voudrait défendre : la dignité de la vie, la liberté des êtres humains. Elle est un crime contre l’humanité parce qu’elle détruit jusqu’aux liens constitutifs de la société » - soulignait Jean-Paul II. Ce qui est le plus redoutable dans le recours à la violence est la spirale qu’elle engendre. Elle incite aux représailles, à rendre coup pour coup. Elle nourrit la haine et suscite la vengeance. Lénine croyait pouvoir être à la fois contre la violence entre les nations, contre la violence entre les gens et pour la violence révolutionnaire. L’histoire montre à quel point cette distinction est vaine. Une révolution s’accompagne généralement d’un bain de sang. Si celle de 1789 en France a commencé par la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen et l’abolition des privilèges, elle a abouti à la Terreur et au transfert des privilèges à d’autres.

 

Condamner la violence n’est-ce pas condamner la guerre ? Peut-on, aujourd’hui, avec les moyens dont nous disposons, parler d’une guerre juste ? Le simple citoyen s’interroge. Doit-il, en cas de conflit, refuser toute obéissance et se joindre aux objecteurs de conscience dans l’espoir d’empêcher un conflit ? Doit-il, au contraire, obéir sans réserve à tout ce qu’on lui demandera ? Peut-il signer un manifeste contre la guerre atomique ou en faveur de telle minorité nationale ? Dans sa bonne volonté, il aspire à faire œuvre utile, mais ne voit pas toujours distinctement où est son devoir. Inutile de se dissimuler le parti que des ennemis déterminés s’empresseront de tirer de telles perplexités.

 

Dans un monde qui n’est pas bon, qui est instable et où l’injustice règne trop souvent, l’idéal de non-violence suscite plus que jamais l’interrogation. Je puis renoncer à me défendre mais si mon voisin, mon ami, mon pays ont besoin d’être défendus, puis-je me dérober sans lâcheté ? Ce sont des vues pessimistes sur l’homme qui ont inspiré Machiavel : « Un prince doit s’efforcer de se faire une réputation de bonté, de clémence, de pitié, de fidélité à ses engagements et de justice. Il doit aussi avoir toutes ces bonnes qualités, mais rester assez maître de soi pour en déployer de contraires lorsque cela est expédient. » (Le Prince) La non-violence peut manquer de réalisme et devenir une idéologie. Mais on opposera toujours à Machiavel qu’une fin morale ne peut pas justifier des moyens immoraux.

 

Gandhi lui-même disait : « Lorsqu’on a le choix uniquement entre la lâcheté et la violence, je crois que je conseillerais la violence ». L’Evangile est non-violent. Cependant il recommande au soldat, non point de déposer les armes, mais de ne pas agir injustement.

 

En présence des très grands problèmes moraux que posent la guerre et la paix, c’est encore l’idée de justice qui s’impose comme guide. S’il y a pour les Etats une juste défense, il y a pour les citoyens une juste obéissance. La question essentielle est celle des biens qui méritent absolument d’être défendus. Car, est-il juste de punir ? Ne nous dissimulons pas qu’en présence d’un malheur, la recherche d’un coupable est une réaction collective, bien qu’un bouc-émissaire puisse être désigné injustement. Et pourquoi, la société punit-elle ? Pour rétablir l’équité et l’ordre, bien sûr. Pour imposer l’exemple et engendrer la dissuasion. La sanction a toujours une valeur morale dans la mesure où elle vise à amender. On sait aussi que l’esprit de guerre se développe quand les droits universels de l’homme ont été violés, que la terreur s’installe. C’est à ce moment que toutes les dérives semblent possibles. Une guerre produit toujours de telles destructions que les belligérants vaincus ou vainqueurs en sortent diminués, voire ruinés et parfois anéantis. Ainsi les différentes nations ont-elles convenu, pour quelques-unes, de s’organiser en constituant une union ayant pour but de prévenir les guerres. Ce fut le cas de l’Europe. Mais l’intensité des échanges internationaux est toujours fonction de l’existence de biens à échanger – et il ne faudrait pas réduire ces biens aux seules productions matérielles, ni les relations aux seuls contrats économiques. Les biens spirituels sont beaucoup plus importants, encore faut-il qu’ils existent et que l’on ait aussi bien à donner qu’à recevoir. Pas plus qu’une famille, une patrie ne doit être une prison, un refuge clos. Ce qui la constitue n’est pas un agrégat d’individus juxtaposés, une foule indéfinie, c’est un tissu de relations ordonnées, d’échanges organisés, de valeurs communes et d’aspirations semblables. Car la personne humaine s’accomplit en s’ordonnant au Bien commun dont l’idéal  a été défini dans  « La cité des fins » de Kant et « La société ouverte » de Bergson. Il n’est pas interdit de rêver à un « meilleur des mondes » qui ne soit nullement celui d’Aldous Huxley.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES QUESTIONS QUE L'ON SE POSE
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commentaires

Loic 16/03/2016 15:22

Un probleme bien difficile a resoudre que celui de la violence si inherente a l'homme. Meme des apotres de la non violence l'ont engendree. La justice peut etre, en effet, le seul recours, a condition qu'elle soit rendue sans violence interieure. Esf-ce la quoidrature du cercle ?

Armelle 17/03/2016 10:24

Cela peut apparaître, en effet, comme la quadrature du cercle, cher Loïc. Il est certain que cela évoque la justice à son meilleur et m'évoque celle du roi Salomon ou du roi Saint Louis sous son chêne.

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