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14 mars 2016 1 14 /03 /mars /2016 10:24
Sous un ciel qui s'écaille de Goran Petrovic

Un texte qui évoque la Yougoslavie au moment où elle va disparaître, exploser en plusieurs nationalités, lors d’une guerre particulièrement meurtrière où toutes les haines ancestrales rejailliront. La salle de cinéma au plafond qui s’écaille n’est que la parabole de cet effritement annonciateur du séisme final.

 

 

 

Sous un ciel qui s’écaille

 

     Goran Patrovic (1961 - ….)

 

 

A Kraliévo, en Serbie, qu’on désignait encore en 1980 couramment sous le nom de Yougoslavie, une trentaine de personnes assiste à une projection cinématographique. L’auteur se souvient bien de cette séance mais ne se rappelle pas de ce qui a été projeté à cette occasion. Par contre, il se rappelle de l’histoire du local, le cinéma Uranie, aménagé dans la salle de bal et de réception d’un ancien hôtel de luxe, construit par un cordonnier enrichi après l’achat à un prix dérisoire, grâce un subterfuge malhonnête, d’un énorme stock de chaussures militaires revendu à un bon prix et avec un bénéfice consistant. Dans cette salle désuète, la trentaine de personnes présentes compose un échantillon  représentatif d’une petite ville de province yougoslave à la fin de l’ère de Tito.

 

 

L’auteur connait aussi l’histoire de chacun des spectateurs et sa position dans la société locale, position figée depuis le début des années du régime du Maréchal : chacun à sa place et rien ne changera jamais, du moins tant que le pouvoir ne changera pas de main, chacun respectant strictement cet ordre établi jusque dans la place qu’il occupe dans la salle du cinéma Uranie. Mais un jour tout s’écroule, un événement prévisible mais  impensable se produit, l’ordre établi explose, la société perd ses repères, une aventure nouvelle commence. « Mais dans les Balkans rien ne presse jamais, on sait prendre son temps, si bien que des dizaines d’années se sont écoulées sans que ceux qui avaient fidèlement servi le maître se soient entretués jusqu’au dernier. D’où l’impression parfois … que nous assistons à cet enterrement depuis plus d’un quart de siècle…. Que toute l’ex-Yougoslavie n’est en fait que l’immense mémorial du défunt président ». 

 

 

 On peut lire ce texte comme une parabole de la sclérose de la société yougoslave dans les années quatre-vingt, comme l’annonce de la disparition de cette société arrivée au bout d’un cycle et d’un changement radical pouvant intervenir à  court ou moyen terme. La parabole est énoncée dès le titre. "Le ciel qui s’écaille " n'est autre que le plafond de la salle du cinéma, la voûte céleste, le domaine d’Uranie,  mais peut-être aussi le ciel de la Yougoslavie qui s’assombrit en même temps que  la santé de son dictateur s’altère et annonce des jours sombres, orageux, douloureux. Et l’auteur, dans un texte burlesque, drôle, ironique, rapporte ce que chacun des spectateurs est devenu après les événements qui ont complètement changé les structures sociales et géopolitiques du pays. Une façon de décrire l’explosion de la Yougoslavie à travers la vie quotidienne de trente citoyens moyens d’une petite ville de province, sans sombrer dans le récit morbide et la description sanguinolente des atrocités qui ont torturé le pays à la fin du siècle précédent.

 

 

Et, quelle que soit le régime, la petite perruche n’ose jamais dire son nom, « Démocratie », il est trop dangereux, sulfureux, il n’apporte que le malheur, une image pour dire le peu d’espoir que l’auteur entrevoit dans cette région où un tyran est toujours remplacé par un autre tyran.

 

Denis BILLAMBOZ

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES COUPS de COEUR de DENIS
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