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16 mai 2016 1 16 /05 /mai /2016 07:51
L'équation du nénuphar de Pascale Petit

Je suis très heureux de vous présenter ce texte magnifique, flamboyant, qui se mérite, comme disent certains. Je suis sûr qu’il réjouira les amateurs de belle littérature, celle qui suggère plus qu’elle ne dit. Un texte qui m’a enchanté.

 

 

L’équation du nénuphar

Pascale Petit (1969 - ….)

 

 

 « L’équation du nénuphar » en surprendra plus d’un comme il m’a moi-même surpris, mais le but de la littérature n’est-il pas de surprendre ? Je ne sais qui parviendra à résoudre cette équation exposée dans un texte en forme de discussion, comme un exercice oral sans ponctuation où les respirations sont matérialisées par la longueur des espaces comme dans un propos spontané. Les éléments importants du discours sont répétés comme dans une discussion lorsqu’un interlocuteur veut convaincre son partenaire en répétant une ou plusieurs fois, selon le degré de conviction qu’il souhaite atteindre, l’information, l’idée, l’avis … qu’il souhaite lui transmettre. Un texte où le verbe est primordial, un texte qui démontre l’action, pas l’objectif de l’action, mais le moyen d’atteindre cet objectif. Ce qui compte ce n’est pas le but à atteindre que tout le monde connait mais le moyen d’y parvenir. L’histoire n’a d’intérêt que dans l’action qu’elle nécessite. Pascale Petit réinvente ainsi, refonde même, la narration fictive en décrivant le processus qui conduit au dénouement par une série de verbes qui matérialisent les actes. Le moyen pourtant n’est jamais certain, le doute est omniprésent, permanent, rien n’est jamais définitif, une action est toujours aléatoire chez Pascale Petit.

 

 

Moi, cette équation, je l’ai résolue en la lisant, en la regardant plutôt, comme un film, un film en noir et blanc, « on a raté le début de la couleur », et même plutôt comme le making up (quel abominable mot mais je ne connais pas son équivalent en français) d’un film en « noir et blanc et silencieux  genre adieu sans amour ». Le texte commence comme l’exposé oral d’un réalisateur qui essaierait de décrire à son chef de casting les personnages qu’il entend mettre en scène. Et l’auteur décrit aussi le décor où l’action va se dérouler, « irons-nous dans cette ville où construiras-tu un décor ? » et le film se construit sous le feu des questions du réalisateur. Le texte/image/histoire se structure autour d’une multitude de questions qui dessine la fiction que l’auteure veut montrer avec ses mots/images dans ce texte/film : « me vois-tu dans cette succession d’images » ? J’ai cru que ce documentaire construit avec des mots jetés sur la page pour créer des sensations, n’était pas seulement l’évocation de l’histoire d’un couple suggéré, mais plus largement l’expression du grand film qu’est notre vie à tous.

 

 

Dans sa quête d’une nouvelle forme d’expression, Pascal Petit n’a pas égaré sa plume de poétesse,  en général, je n’aime pas trop recopier de longs extraits qui souvent ne servent qu’à masquer un manque d’idées originales mais le passage qui suit est tellement poétique, originalement poétique, que je n’ai pas résisté à le partager avec vous :

 

« parle-moi des oiseaux et des fleurs du parallèle zéro qui fleurissent devant l’hôtel le plus cher du monde sur l’île la plus chère du monde   parle-moi des souvenirs qui ne s’effacent pas encore  ne me dis pas qu’ils ne sont pas plusieurs mais un seul  ne me dis pas qu’on ne peut pas passer d’un visage à l’autre d’un corps à l’autre  ne me dis pas qu’il n’y a pas de paysage dans la nuit  dis-moi que la pierre est toujours dans ta poche  dis-moi ce qu’il y a d’écrit  dis-moi ce qu’il y a d’écrit  au dos des images parle-moi  parle-moi   parle-moi  dans le dos  parle-moi des oiseaux  parle-moi des oiseaux et de la rose de cayambe ne me dis pas qu’on ne peut pas passer d’un visage à l’autre  d’un corps à l’autre »

« Il faut oublier  tout peut  s’oublier  qui s’enfuit déjà  tout peut s’oublier  qui s’enfuit déjà  le temps des malentendus  A coups de pourquoi  le cœur du bonheur ne me quitte pas  ne me quitte pas ne me… »

 

Brel aurait pu chanter ce magnifique texte sur l’air de cette célèbre chanson qui m’est spontanément venue à l’esprit pendant que je lisais cet extrait.

 

Denis BILLAMBOZ

 

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES COUPS de COEUR de DENIS
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