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25 mai 2016 3 25 /05 /mai /2016 08:28
Proust pour rire de Laure Hillerin

Madame Laure Hillerin a publié en 2014 un ouvrage « La comtesse Greffulhe, l’ombre des Guermantes » aux éditions Flammarion, véritable succès de librairie, nous contant la vie de cette aristocrate qui inspira à Marcel Proust sa princesse de Guermantes et, semblable à l’héroïne de « La Recherche », fut l’une des personnalités les plus en vue de son temps. Laure Hillerin nous revient aujourd’hui avec « Proust pour rire » toujours aux éditions Flammarion, un titre qui ne peut manquer de surprendre ceux qui n’ont pas encore osé le grand saut dans l’oeuvre de cet écrivain majeur du XXe siècle. « Proust  pour rire », quelle bonne idée que de choisir cette voie pour rendre plus attractif le projet d'immersion dans les 2408 pages qui composent le roman ! Il est vrai que « La Recherche » est constamment irradiée par le rire, Proust ayant posé sur la condition humaine et ses contemporains un regard auquel aucun de leurs ridicules n’a échappé. Oui, on rit énormément en compagnie de Marcel, on s’émerveille, on se gausse, on s’ébaudit, on s’étonne,on se gargarise, on s’amuse des tares de cette société, certes ancienne, et néanmoins toujours d’actualité, puisque l’auteur ne fait rien d’autre que de décrire l’homme tel qu’il est, fut et sera, l’homme éternel, raison pour laquelle son œuvre n’a pas pris une ride. N’a-t-il pas décrit ce qui relève de l’intemporel ? Voilà son secret, voilà sa force.

 

Les propos, qu’il place dans la bouche de ses nombreux personnages, nous pourrions les entendre de nos jours, pour peu que nous fréquentions les Cercles très fermés, très privés, comme le faisait Proust, et ayons l’oreille assez attentive pour surprendre l’étalage que ces narcissiques aéropages se plaisent à répandre de leur savoir et de leurs vanités. Les Guermantes existent toujours, relookés par la mode et les mœurs en vogue. Oui, ils sont tous là, et notre rire ne peut manquer d’être au rendez-vous que nous a fixé Laure Hillerin pour notre plus grand plaisir. Voici le docteur Brichot et son insupportable pédantisme ; Jupien qui ne sait jamais dire non à son protecteur le baron de Charlus ; Legrandin, un snob redoutable mais cultivé ; Françoise, la cuisinière, volontiers irascible et soupçonneuse ; Charlus doux et violent dans ses propos,  selon les circonstances ; Madame Verdurin qui règne  sans partage sur son salon et exclut toute personne suspectée d’indépendance d’esprit ; nul doute que nous puissions sans effort décliner la panoplie universelle des qualités et défauts de l’humanité, il ne manque pas un seul type d’individu à l’appel et pas un seul  travers à leur nature … Il y a du La Bruyère chez Proust. Laure Hillerin a choisi les extraits de dialogues et passages haut en couleur, un véritable florilège qu’elle restitue sans manquer de les situer avec finesse et intelligence dans les divers moments de l’oeuvre.

 

Si bien que l’on rit de bon cœur et que l’on fait une visite de « La Recherche » avec une guide éclairée qui s’emploie à nous réserver les plus agréables bonnes surprises de cette littérature d’exigence et de rigueur, tant les dialogues semblent avoir été enregistrés par une oreille qui en restitue jusqu’à la voix et au ton. Mémoire et discernement prodigieux d’un Proust aux aguets qui a éternisé la voix humaine dans son implacable authenticité.

 

Le néophyte sera, dès lors, initié de la manière la plus pédagogique qui soit, sans douleur et sans ennui, de façon festive, joyeuse, goûteuse, jubilatoire, tant les propos en question le sont, tant la comédie humaine sera toujours surprenante, désopilante, malveillante et salutaire pour notre bonne et mauvaise conscience. Il peut arriver que nous nous entendions nous-même, que tel ou tel nous imite, nous confonde dans nos  replis de pensée les plus secrets. Sait-on ?

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

Pour prendre connaissance du précédent ouvrage de l'auteur, cliquer sur son titre :

 

La comtesse Greffulhe, l'ombre des Guermantes

 

Et pour consulter la liste des articles de la rubrique CULTURE, cliquer  ICI

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans DOSSIER MARCEL PROUST
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commentaires

voyage entre cieux et enfers 18/06/2016 14:20

Superbe article de transport enivrant ! Férus de poésie, de littérature, venez consulter ma page :
https://www.facebook.com/Voyage-entre-Cieux-et-Enfers-1630088650597763/timeline?ref=page_internal


Eden ( Partie II : Idéal de paix )

"Le hameau était dans son écrin verdoyant,
Où il semblait loin des pervers tourments.

Microcosme où nombre d'êtres convolaient,
Havre soustrait aux tumultes et aux plaies.

Élysée suave et paisible habité par le silence,
Où ébats et folâtreries prenaient consistance."

'Voyage entre Cieux et Enfers'; tous droits réservés.

niki 25/05/2016 13:18

grande admiratrice de proust, j'ai l'impression que ceci devrait me plaire ;)

armelle 25/05/2016 11:00

Le comique chez Proust est vraiment irrésistible. J'ai eu des fous rires mémorables en lisant "La Recherche".

Edmée De Xhavée 25/05/2016 10:39

Pas une mauvaise idée de souligner qu'il était observateur et volontiers ironique. Je me souviens de la surprise de mon père en voyant le film Much Ado about Nothing... "Je n'avais jamais imaginé qu'il y avait un aspect comique à Shaekespeare" s'étonnait-il, et il s'était follement amusé !

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