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27 juin 2016 1 27 /06 /juin /2016 07:50
Le dieu du tourment de Hugo Ehrhard

Olivier Busnel est devenu un homme d’affaires odieux, pur produit d'une mondialisation complètement déshumanisée, intéressée par les seuls profits, mais aussi l’adulte qu’il ne pouvait qu’être après l’enfance qu’il a subie. Un roman puissant sur le pouvoir et son exercice dans le monde actuel.

 

 

Le dieu du tourment

Hugo Ehrhard (1977 - ….)

 

 

Dans ce texte, Hugo Ehrhard dresse le portrait bien peu flatteur d’un cadre supérieur possédant un pouvoir décisif dans la gestion de l’entreprise qui l’emploie et un pouvoir encore plus déterminant sur les gens qui travaillent dans cette entreprise. C’est à la fois le portrait d’un homme marqué à jamais par un événement dramatique qu’il a vécu durant son enfance et le portrait de très nombreux dirigeants qui se croient investis du sort de leur entreprise, prêts à tuer père et mère, collaborateurs et employés, pour assurer leur pouvoir, satisfaire leur égo et exercer leur raison d’être dans l’entreprise qu’ils dirigent.

 

Faisant fi de la plus élémentaire chronologie, Hugo Ehrhard raconte en vingt-huit scènes et autant de chapitres les étapes décisives de la vie d’Olivier Busnel, directeur ou PDG, il n’est pas très aisé de déterminer le niveau exact auquel il évolue, mais il est sûr qu’il gagne beaucoup d’argent, qu’il mène un train de vie à l’échelle de la mondialisation, qu’il possède un pouvoir pratiquement sans borne au sein de cette entreprise. Ces tranches de vie montrent un jeune homme débauché, fêtard, buveur, hâbleur, méprisant, imbu de sa personne qui séduit la fille qui semblait la moins encline à épouser cet être cynique et irrespectueux. Il grimpe rapidement les échelons de la hiérarchie, devient un personnage important, fréquente les palaces, les lieux de luxure, mais il ne trompe jamais sa femme, il ne le peut pas, il l’aime trop pour la tromper même si leur mariage est stérile, il ne veut pas prendre le risque de procréer. Il éprouve un blocage irréversible, il se contente de fuir dans l’ivrognerie la plus sordide qu’il aggrave avec la prise de drogues de toutes sortes. Il avait juré fidélité à sa  femme mais un soir, à l’autre bout du monde, une marchande de sexe l’a embarqué dans une aventure dont il n’a même pas gardé le souvenir. Il se sent le félon qui a rompu le pacte et un beau jour sa femme disparait, personne ne sait où elle est passée. La famille, les amis, les compagnons de beuverie s’interrogent, Olivier ne dit rien, il descend de plus en plus profondément dans la déchéance alcoolique et le lecteur devra attendre l’extrême fin du roman pour comprendre l’histoire réelle de ce couple mal assorti.

 

Comme je l’ai dit plus haut, il y a deux livres dans ce roman : l’histoire d’un gamin marqué à jamais par un fait divers hélas trop fréquent encore aujourd’hui et l’histoire d’un cadre supérieur qui n’arrive pas à oublier son histoire personnelle en dirigeant son entreprise. Olivier Busnel sait qu’il est marqué à vie et il en veut à la société avec laquelle il voudrait régler le compte qui l’a entraîné dans l’ornière. Il sait qu’il est abominable mais il est convaincu que ce n’est pas de sa faute. « … il ne restera rien d'autre de moi qu’une somme de mépris et de crainte. C’est logique, j’ai passé ma vie à me comporter comme un enculé, pardon, un idiot tyrannique. Dès que j’ai compris que la solution à n’importe quel problème était le cynisme. On vit dans un monde entièrement bâti autour de cette religion, un monde idéal pour un type aussi impatient que moi ».

 

On sent bien aussi à travers cette lecture la hargne d’Hugo Ehrhard à l’endroit de ceux qui profitent de la mondialisation, comme Olivier Busnel, dans le but d’instaurer un pouvoir quasi dictatorial au détriment de l’ensemble des populations, surtout des plus démunies. Busnel semble le parfait alibi pour dénoncer ces profiteurs cyniques sans foi ni vertu. « …on vit à l’époque de l’obscénité totale, n’importe qui jacte sur n’importe quoi, 24 heures sur 24, plus aucune autorité ne régule la parole de personne, et ces sujets restent tout de même tabous. Pas parce que la loi le punit, mais parce que personne n’est capable de les représenter. Même le gigantesque monstre de voyeurisme que nous sommes devenus refoule ces atrocités-là. Alors qu’elles existent…. »

 

Dans ce texte surpuissant, qu’il faut lire avec attention, les chapitres sont datés de 1986 à 2012 mais ne respectent en rien la chronologie, il vaut mieux suivre l’évolution de l’ivrognerie du héros pour se repérer dans le temps, Hugo Ehrhard laisse une large place aux angoisses, phobies, frayeurs de l’enfance qui hantent la vie des adultes jusqu’à les pousser vers les pires extrémités. « Moi, c’est plutôt ce que je connais qui me fait peur. Quand j’étais tout gamin, j’avais peur des zombies, des vampires. Des monstres, quoi. J’ai très vite compris que les monstres existent : ils sont parmi nous…. »

 

Denis BILLAMBOZ

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES COUPS de COEUR de DENIS
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