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20 juin 2016 1 20 /06 /juin /2016 07:59
Tant et tant de chevaux de Luiz Ruffato

Un portait décapant, d’une violence inouïe, de la mégapole inhumaine qu’est devenue Sao Paolo, dans un texte aussi déstructuré que la société qui peuple cette ville.

 

 

Tant et tant de chevaux

Luiz Rufato (1961 - ….)

 

 

En entrant dans de ce livre, j’ai eu une drôle d’impression : celle de voir un documentaire sans commentaire, un documentaire filmé par une caméra embarquée dans un véhicule qui se baladerait dans une immense mégapole surpeuplée au point d’en être déshumanisée. Sao Paulo, 9 mai 2000, Luiz Ruffato lâche sur la feuille sa plume qui dévale la ville comme un bolide, dressant avec des mots-images des portraits d’une saisissante vérité, des portraits qui expriment la violence, la misère, l’horreur qui règnent sur la mégapole, des scènes atroces, cruelles, révoltantes,… des morceaux de vie d’individus représentatifs de cette masse grouillante, suante, ahanante à la recherche de quoi vivre, respirer, espérer encore un peu ou croulant sous une richesse mal acquise.

 

Dans une ambiance qui semble inspirée de « Pixotte », Luiz Ruffato propose aux lecteurs sa vision de Sao Paulo, la ville gigantesque, trop grande pour être encore humaine, trop vaste pour permettre à chacun de vivre dignement. Afin de rendre son témoignage plus crédible, il construit son texte comme la cité est érigée : de bric et de broc, de morceaux hétéroclites : textes sans ponctuation ni paragraphe, textes classiques, listes de mots, prose en vers, etc.…  Chaque chapitre d'une ou deux pages est différent du précédent et du suivant, chacun d'eux raconte un bout d’histoire, le plus souvent une tranche de misère.

 

Une expérience littéraire, une aventure dans un monde barbare, déliquescent, dégénéré, apocalyptique. Un cri d’alarme lancé à la face du monde pour dire qu’une ville se meurt, qu’un peuple est sur le point de disparaître, que l’humanité est en danger, qu’elle pourrait se désagréger comme le texte de Ruffato qui s’éparpille en morceaux incohérents, épars, incapables de former un document correctement formaté. Une performance littéraire, des images saisissantes :

 

 « …

Je l’ai dit  le crâne est un sacré bonhomme

L’autre jour le crâne a été bloqué à l’entrée de la favela

La police militaire faisait une descente

Lui a demandé de présenter ses papiers

L’emmerde il n’avait même pas sa carte d’identité

La police lui a ordonné de se coucher sur le sol dégueu

La figure dans la rigole qui sert d’égout

Ensuite ils l’ont jeté dans le fourgon et ont disparu

Dans cette sao paulo immense

Ils l’ont tabassé torturé

Mis en piteux état lui le crâne

Maintenant je vais à la baraque prendre mon glock chez le crâne

… »

 

Denis BILLAMBOZ

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES COUPS de COEUR de DENIS
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Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

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