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24 juillet 2016 7 24 /07 /juillet /2016 09:13
Claude Monet en Normandie

La Normandie sera  pour Claude Monet sa province de prédilection, celle de son enfance au Havre où son père, négociant, s’installe en famille en 1845, cinq ans après la naissance de Claude, et demande à la municipalité d’accorder une bourse à son fils, visiblement doué pour le dessin. Sa requête sera rejetée. C’est alors que le jeune homme  se recommande comme élève auprès d’Eugène Boudin qui tient un commerce de papetier-encadreur et profite de ses moments de loisir pour les consacrer à son chevalet. Séduit par son travail, Monet lui emboîte le pas : «  J’achetais une boîte de peinture et nous voilà partis pour Rouelles, sans grande conviction de ma part … Boudin installe son chevalet et se met au travail. Je le regarde avec quelques appréhensions, je le regarde plus attentivement, et puis ce fut tout à coup comme un voile qui se déchire : j’avais compris, j’avais saisi ce que pouvait être la peinture ; par le seul exemple de cet artiste épris de son art, et d’indépendance, ma destinée de peintre était ouverte. » - racontera-t-il le 31 août 1911 dans son journal, rendant à Boudin ce qu’il doit à Boudin.

 

 

Ses premières toiles seront les paysages des environs du Havre et de la campagne havraise dont Boudin lui a fait découvrir les charmes et, cette première étape dans son existence d’artiste en herbe, celle de la formation, des rencontres et des amitiés. A cette expérience sur le terrain, il va ajouter, sans plus  tarder, des séjours à Paris afin de former son jugement au contact d’autres artistes auxquels Boudin l’a recommandé et à celui des salons où tout se joue sur le plan du jugement esthétique. Monet fait déjà preuve, dans son courrier, d’une étonnante perspicacité et d’un bon esprit de synthèse et entend bien forger son jugement et choisir son style en toute indépendance, ce  qui fera très tôt de lui un chef de file.

 

 

En 1865, l’artiste expose au salon  2 œuvres : « L’estuaire de la Seine à Honfleur » et « La pointe de la Hève à marée basse » et obtient un succès d’estime grâce à ses effets lumineux très personnels. En 1866, il est à Honfleur et y passe l’hiver, soit à l’auberge Saint-Siméon, soit à l’hôtel du Cheval blanc où  il a installé son atelier. Il travaille alors à sa toile « Les femmes au jardin » et « Le chemin enneigé », une vue de la route de Trouville derrière la ferme Saint-Siméon qui prouve son goût de la solitude dans les moments de création et son aptitude à résister aux intempéries en travaillant des heures à l’extérieur et  par tous les temps.

 

La pointe de la Hève, les femmes au jardin et le chemin enneigéLa pointe de la Hève, les femmes au jardin et le chemin enneigé
La pointe de la Hève, les femmes au jardin et le chemin enneigé

La pointe de la Hève, les femmes au jardin et le chemin enneigé

L’année 1870 le mène à Trouville où il se consacre à des sujets assez proches de ceux de Boudin : la plage, l’hôtel des Roches-Noires, les jetées, le port. Monet traverse alors une situation financière difficile. De plus, le 19 juillet, la France déclare la guerre à la Prusse et le 9 septembre Monet ne peut plus payer son hôtel, si bien qu’il part se réfugier à Londres. Néanmoins, ces toiles trouvillaises respirent la gaieté et la joie de vivre. La plage est inondée de soleil, les personnages apparaissent détendus, les robes à crinolines et les drapeaux suggèrent une douce brise. Il semble que le peintre ait fixé le moment où tout se fige en un instantané de bonheur. Mais ces sujets ne font pas moins partie du répertoire de son maître … Ainsi les embarcations à l’entrée des jetées de Trouville/Deauville où l’on saisit les détails de la vie quotidienne : des barques amarrées les unes près des autres, les promeneurs sur la jetée et les laveuses au bord de la Touques, tandis que l’on apprécie la beauté d’une voile orange qui anime l’eau et y suspend son reflet, alors que les nuages naviguent dans ce double miroir.

L'hôtel des Roches-Noires et la plage de Trouville
L'hôtel des Roches-Noires et la plage de Trouville

L'hôtel des Roches-Noires et la plage de Trouville

à Trouville
à Trouville

à Trouville

L'entrée du port de Trouville

L'entrée du port de Trouville

En 1871, Charles d’Aubigny, peintre confirmé, le présente à Paul Durand-Ruel qui deviendra son marchand attitré et qui, d’emblée, décèle le génie de Monet : « Voilà un jeune homme qui sera plus fort que nous tous. » Mais vivre à Paris ne complaît pas au jeune peintre. Il n’aime guère la vie citadine, redoute d’y perdre sa vérité et sa sensibilité dans un monde où se font et défont si aisément les réputations et les modes. En 1874, aux paysages normands du Havre et de Rouen s’ajoutent ceux de la Seine que Monet va immortaliser avec passion après s’être installé à Argenteuil. Il y évoque volontiers les fêtes au bord de l’eau et les voiliers glissant sur l’onde paisible. Mais cela sera de courte durée. Les années 1880/1890 voient ses retours répétés en Normandie avec des points d’ancrage à Etretat et Pourville et bientôt Giverny, où il s’installera en 1883. Sa situation financière s’étant améliorée grâce aux ventes de Durand-Ruel, il s’achète une jolie demeure qui deviendra son port d’attache afin d’y élever sa nombreuse tribu auprès d’Alice Hoschedé, épousée après la mort de Camille, et qui a elle-même six enfants auxquels s’ajoutent les deux fils de Monet : Jean et Michel. Il lui arrive souvent de consacrer 10 à 12 séances de travail à une seule œuvre et de la parfaire sans cesse en la comparant à l’original : la nature. Ainsi à Etretat où il tente d’innover : « Je compte faire une grande toile de la falaise d’Etretat, bien que ce soit terriblement audacieux de ma part de faire cela après Courbet, qui l’a faite admirablement, mais je tâcherai de la faire autrement. »

 

 

A Rouen, il poursuit son combat contre le temps en saisissant la façade de la cathédrale à toutes les heures du jour alors que la lumière ne cesse de se modifier et de transfigurer ou de dramatiser l’édifice, déployant elle aussi sa palette aux mille et une métamorphoses. Par la suite, Clemenceau, son ami fidèle, impose ses « Nymphéas » à l’Orangerie et s’écrie le jour de ses obsèques en arrachant le drap noir que l’on a posé sur son cercueil : « Pas de noir pour Monet ! »

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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à Trouville
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Published by Armelle BARGUILLET - dans CULTURE
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commentaires

Georges Gillet-Yant 25/07/2016 02:47

Par le seul exemple de son voisin commercant normand, artiste épris de chevalets et d’indépendance, une grande destinée de peintre s'ouvrit d'un coup, en effet, comme un rideau d'opera, dans le regard du jeune Claude. Merci, Armelle, d'en révéler l'instant.

Georges Giyant 25/07/2016 02:45

Par le seul exemple de son voisin commercant normand, artiste épris de chevalets et d’indépendance, une grande destinée de peintre s'ouvrit d'un coup, en effet, comme un rideau d'opera, dans le regard du jeune Claude. Merci, Armelle, d'en révéler l'instant.

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