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23 août 2016 2 23 /08 /août /2016 09:35
De gauche à droite : Edmée, Armelle et Adèle.
De gauche à droite : Edmée, Armelle et Adèle.

De gauche à droite : Edmée, Armelle et Adèle.

Paysage depuis le manoir des Frémonts.

Paysage depuis le manoir des Frémonts.

Cela fait plusieurs années, que chaque été la Belgique vient visiter la France sous les traits d’une ambassadrice de charme Edmée de Xhavée. Elle ne vient pas seule, toujours accompagnée d’une amie d’enfance, tout aussi Belge qu’elle, mais qui demeure en France depuis de longues années : Adèle. Ces retrouvailles sont toujours un moment d’exception. Je vous en avais déjà parlé l’an passé, lorsque mon mari et moi sommes allés leur rendre visite, non loin de Caen, dans une maison typiquement normande, au charme envoûtant, enclave de verdure au centre d’une large plaine. Cette année, ce sont elles qui sont venues nous voir à Trouville, et l’occasion s’est trouvée de nous replonger dans l’ambiance proustienne qui pare notre colline d’un attrait supplémentaire. Les manoirs, qui nous entourent, ont tous été le lieu privilégié d’un grand nombre de rencontres entre Proust lui-même et quelques-unes  des personnalités qui ont inspiré son roman « A la recherche du temps perdu ». C’est au manoir des Mûriers - que son mari fit construire après qu’elle ait  loué plusieurs années celui de la Cour-Brûlée à Mme Aubernon - que Madame Straus, veuve de Bizet, se plaisait à tenir son salon d’été que fréquentaient Proust, bien entendu, mais également Fauré, Maupassant et bien d’autres ; c’est ici,  au manoir des Frémonts, que  la famille Finaly et la ravissante Marie que Proust, jeune alors, couvait d’un regard attendri, ont reçu en 1891 et 1892 ce jeune homme ébloui par les trois vues que lui offrait la propriété, l’une  sur la mer et les deux autres sur la campagne environnante, si bien que cette demeure est devenue en littérature celle de la Raspelière, à jamais immortalisée par les mots coulés, comme à dessein, dans un style incomparable :

 

« De la hauteur où nous étions déjà, la mer n’apparaissait plus, ainsi que de Balbec, pareille aux ondulations de montagnes soulevées, mais, au contraire, comme apparaît d’un pic, ou d’une route qui contourne la montagne, un glacier bleuâtre, ou une plaine éblouissante, situés à une moindre altitude. Le déchiquetage des remous y semblait immobilisé et avoir dessiné pour toujours leurs cercles concentriques ; l’émail même de la mer, qui changeait insensiblement de couleur, prenait vers le fond de la baie, où se creusait un estuaire, la blancheur bleue d’un lait où de petits bacs noirs, qui n’avançaient pas, semblaient empêtrés comme des mouches. Il ne me semblait pas qu’on pût découvrir de nulle part un tableau plus vaste. Mais à chaque tournant une partie nouvelle s’y ajoutait, et quand nous arrivâmes à l’octroi de Doville, l’éperon de falaise qui nous avait caché jusque-là une moitié de la baie rentra, et je vis tout à coup à ma gauche un golfe aussi profond que celui que j’avais eu jusque-là devant moi, mais dont il changeait les proportions et doublait la beauté. »

 

 

Malheureusement les pommiers n’étaient pas en fleurs. Autrement, poursuivant notre promenade sur la colline, qui ne cesse de nous découvrir de merveilleux horizons, ceux-ci ne cessant de se parer des lumières les plus diverses, nous aurions pu admirer, comme Proust le fît, les pommiers dans leur efflorescence :

 

«  L’horizon lointain de la mer fournissait aux pommiers comme un arrière-plan d’estampe japonaise ; si je levais la tête pour regarder le ciel entre les fleurs, qui faisaient paraître son bleu rasséréné, presque violent,  elles semblaient s’écarter pour montrer la profondeur de ce paradis. Sous cet azur, une brise légère mais fraîche faisait trembler légèrement les bouquets rougissants. Des mésanges bleues venaient se poser sur les branches et sautaient entre les fleurs, indulgentes, comme si c’eut été un amateur d’exotisme et de couleurs qui avait artificiellement créé cette beauté vivante. »

 

 

Cette visite de nos deux amies était donc frappée du sceau de la littérature et comment en aurait-il été autrement pour des amoureuses de cet art qui donne des ailes aux mots tracés, du cœur aux phrases suspendues, de l’encre aux souvenirs assoupis dans la mémoire. Ainsi la journée s’est-elle achevée avec le soir qui descend doucement sur la mer, avec les lueurs vespérales qui apaisent les reliefs et fondent en une douceur voluptueuse les clartés trop vives du jour. A l’année prochaine, chères amies, et que la vie vous soit douce et sereine …

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Manoirs de la Cour-Brûlée et des Mûriers où Madame Straus, veuve de Bizet, demeura et tint son salon d'été.
Manoirs de la Cour-Brûlée et des Mûriers où Madame Straus, veuve de Bizet, demeura et tint son salon d'été.

Manoirs de la Cour-Brûlée et des Mûriers où Madame Straus, veuve de Bizet, demeura et tint son salon d'été.

Manoir des Frémonts et dessein de Jacques-Emile Blanche exécuté aux Frémonts en 1891.
Manoir des Frémonts et dessein de Jacques-Emile Blanche exécuté aux Frémonts en 1891.

Manoir des Frémonts et dessein de Jacques-Emile Blanche exécuté aux Frémonts en 1891.

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Published by Armelle BARGUILLET - dans ARTICLES ME CONCERNANT
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commentaires

Tania 24/08/2016 11:35

Quelle belle rencontre, merci de la partager avec nous, & je salue votre amitié.

Alain 23/08/2016 22:05

Un bien bel article qui en dit long sur vos richesses communes. Et si j'en crois Edmée, Globulette et Nautilius, ont aussi des capacités d'accueil tout à fait féériques ! J'en suis heureux pour vous. À bientôt.

armelle 24/08/2016 09:55

Il ne manquait que vous, cher Alain. Aussi avons-nous évoqué, en levant nos coupes de champagne, votre amitié si précieuse, votre sensibilité, la qualité de vos articles. Oui, il ne manquait que vous.

niki 23/08/2016 14:34

un article émouvant et intéressant, dont vous avez le secret armelle :à

armelle 23/08/2016 13:50

Oui, Edmée, nous avons passé une journées merveilleuse. J'en conserve un souvenir ému, tout parfumé d'été. Je viens de mettre une photo plus représentative du manoir de la Cour-Brûlée prise de mon balcon.

Edmée De Xhavée 23/08/2016 13:07

Merci chère Armelle pour ces heures si douces et gaies (savoureuses aussi...) passées chez vous, et pour les belles prestations chorégraphiques de Globulette et Nautilius qui nous ont accueillies avec un bel entrain! J'ai adoré cette promenade que nous avons faite et l'escalade d'Adèle pour "voler" un meilleur angle photographique :)

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