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12 septembre 2016 1 12 /09 /septembre /2016 07:53
Les demeurées de Jeanne Benameur

Un petit livre par la taille mais un grand livre par son sujet et la manière de le traiter. Jeanne Benameur, avec ce texte, a voulu rendre à ceux que nous prenons pour des « abrutis », leur juste place dans la société car s’ils n’ont pas l’intelligence académique, ils ont souvent une sensibilité très aiguisée qui est, elle aussi, une forme d’intelligence.

 

 

Les demeurées

Jeanne Benameur (1952 - ….)

 

 

Un tout petit roman, une longue nouvelle, un conte philosophique, je ne sais … ce petit livre est un peu tout ça à la fois. Il commence comme un texte de poésie en vers racontant la vie d’une mère et de sa fille affectées de la même tare, elles ne sont pas très intelligentes, elles sont même carrément demeurées, « abruties ». « Quand on s’adresse à La Varienne, elle s’agrippe du regard à la bouche de celui qui parle. Ses lèvres à elle marmonnent, imitantes et muettes. Luce ne supporte pas. Luce se tait. Le silence entre elles tisse et détruit le monde ». Le livre évolue progressivement, même le style change, la poésie s’étiole pour faire place à un discours plus moral, plus prosaïque, qui évalue, plaide, juge. On pourrait penser que ce livre a été écrit  en deux temps, l’auteure aurait laissé une première version dans un tiroir avant de la reprendre pour la conclure dans un style moins elliptique, plus direct, plus concret, plus démonstratif.

 

 

Ce texte, c’est l’histoire de La Varienne et de sa fille Luce. Elles sont toutes les deux, selon le terme même de l’auteure : « abruties », à la limite de l’autisme et de l’anorexie pour la fille : « La Varienne pousse les tartines plus près du gros bol plein, comme on donne aux bêtes à l’étable. Mais la petite n’a qu’un seul estomac et l’appétit de l’alouette du matin ». Elles vivent esseulées au bout de village. La mère travaille chez des bourgeois pendant que sa fille laisse couler le temps en jouant avec des petits riens, en regardant le monde qui l’entoure sans s’interroger, juste en regardant. Cette vie sans histoire et sans relief butte sur la loi, la loi est formelle, la petite doit-être scolarisée. La mère accompagne donc sa fille à l’école où l’institutrice est résolue à l’instruire, à lui apprendre à lire. Mais, l’enseignante butte sur le mur de l'incompréhension totale, sur le manque de volonté absolu. Luce ne veut pas apprendre, les mots lui font mal, elle tombe même très malade. Ce blocage physiologique détruit les belles convictions que l’institutrice a apprises à l’école des maîtresses, elle n’accepte pas cette défaite. A son tour, elle somatise son échec. La fillette a cependant enregistré ce qu’elle a appris et elle peut le restituer par le dessin ou la broderie. L’enseignante comprend alors qu’il n’y a pas que le savoir académique, d’autres formes de savoir existent. La Varienne connait les plantes, elle est un peu guérisseuse ; la petite est habile de ses mains et elle a une bonne mémoire.

 

 

Un texte qui remet en question les fondamentaux de l’école primaire. Cette femme et sa fillette ne sont peut-être pas intelligentes à la manière définie par l’Académie, mais elles ont une intelligence innée, animale, une intuition aiguisée, elles connaissent la nature et ses secrets, elles transmettent par une sensualité affective ce que d’autres transmettent par la parole. « A l’intelligence, il faut un espace pour se poser. Il faut des mains, de l’air pour la craie et l’encre. L’abrutie n’a rien ». Elles ne disposent pas dans leur cervelle de cet espace mais elles ont une sensibilité très fine qui leur permet de déchiffrer, d’apprendre et de transmettre différemment. L’auteure s’applique à nous faire comprendre que l’humanité n’est pas coulée dans un seul moule, qu’il y a des êtres différents qui méritent eux aussi notre considération et notre respect.

 

Denis BILLAMBOZ

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES COUPS de COEUR de DENIS
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