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7 octobre 2016 5 07 /10 /octobre /2016 07:52
Chère tante Yvonne

 

Elle nous a quittés à l’âge de 94 ans, sans avoir  jamais été  malade, parfois seulement un peu lasse ou un peu distraite. Elle fut sans doute la vieille dame la plus charmante, après avoir été l’une des plus belles jeunes filles de Nantes, de ces êtres qui traînent tous les cœurs à leurs basques. On aurait pu écrire à son sujet un traité sur l’art de vieillir avec grâce. Il est vrai que la grâce, elle l’avait reçue à la naissance, ainsi que trois autres dons magnifiques : la beauté, la santé et la gaieté. Descendante d’une famille austère, elle avait le goût du bonheur, mais sut respecter deux principes essentiels de la tribu : être digne et jamais se plaindre. Le goût de la vie, elle l’avait tellement en elle, qu’elle ne fût jamais tentée de céder à l’ennui ou à la morosité.  Malgré les épreuves, qui ne l’ont pas plus épargnée qu’une autre, un divorce et deux veuvages, elle avait une fois pour toute peint son existence de couleurs éclatantes. Elle appartenait à cette espèce de gens rares qui font vibrer la lumière autour d’eux.  Ce qui ne l’empêchait nullement d’avoir du caractère. Indépendante, elle savait, comme ses ancêtres, décliner les verbes résister et durer.

 

Ma tante eut néanmoins la faiblesse de s’incliner devant deux passions – je ne parle pas  des passions amoureuses qu’elle suscita, ô combien ! – mais de celles qui sollicitent la curiosité et l’intérêt : la nature et les voyages. Il est vrai qu’en ce qui concerne la nature, elle avait été gâtée puisqu’elle avait eu – comme sa jeune soeur, ma mère – le privilège de naître au cœur d’un parc paysagé, l’un des plus beaux qui soit, dessiné par un père qui, en ce domaine, était un magicien.  N’avait-elle pas grandi au milieu des fleurs et des bosquets et, malgré la Grande Guerre, traversé son enfance sans être privée de grand-chose.

 

C’est à l’adolescence que ses parents, ayant eu la mauvaise idée de se séparer, les difficultés se succédèrent sans rien enlever de son appétit de vivre et de son énergie. Quant aux voyages, elle en fit beaucoup et jusqu’à un âge avancé, ayant osé aussitôt après la Seconde Guerre mondiale parcourir seule, et à vélo solex, une grande partie de l’Espagne encore sous le régime de Franco. C’est son goût de l’aventure et de la liberté, qu’elle avait chevillé au corps, qui lui fit commettre quelques folies, mais que serait une vie sans elles !

 

Elle s’est éteinte comme une petite bougie au bout de sa flamme dans la quiétude de son grand âge, sans avoir jamais connu l’amertume ou l’acrimonie et avoir pleinement savouré les lendemains qui chantent. Aussi était-il inévitable qu’un jour le désir lui prenne de programmer un voyage dans l’au-delà, elle qui avait usé plus d’une paire de souliers à parcourir la planète terre. Si bien qu’après le Maroc et ses palais, la Norvège et ses fjords, la Turquie et ses harems, la Hollande et ses tulipes, la Suisse et ses grasses prairies, elle a choisi pour destination l’éden, ce jardin qui, par ses innombrables beautés, surpasse encore ceux créés par son père, un jardin idyllique où l’on goûte aux béatitudes éternelles. Nul besoin d’avion ou de de TGV pour s’y rendre, les anges s’en chargent d’un coup d’aile. Je l’imagine aujourd’hui toujours aussi souriante et gracieuse, se promenant en paix dans un éther où volettent les colombes, où s’épanouissent les corolles, où les aubes se lèvent à tout moment et où les clartés du soir sont pareilles à des confidentes qui s’attardent. Cette femme, qui aimait la joie, est partie sans regret ; elle me disait : le bonheur s’apprend comme le reste.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Ma tante au mariage de sa fille. Ma mère est la dernière, au fond, à droite.

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Published by Armelle BARGUILLET - dans ARTICLES ME CONCERNANT
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commentaires

Loic 11/10/2016 22:08

Tres belle femme !

armelle 12/10/2016 10:06

C'est vrai Loïc, elle était très belle.

Adèle Girard 07/10/2016 15:51

Un bel hommage à une tante surement chérie et qui su susciter votre admiration.

armelle 07/10/2016 19:55

Oui, Adèle, je l'aimais beaucoup. Et je l'ai d'autant plus appréciée dans sa vieillesse tant elle était gaie et exquise. Une si jolie vieille dame.

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Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

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