Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
16 décembre 2016 5 16 /12 /décembre /2016 10:30
De l'âme de François CHENG

Je viens de refermer un livre qui n’est ni un roman, ni un essai, mais une méditation sur l’âme, méditation sous la forme de lettres adressées à une âme sœur, à une bien-aimée lointaine. Cette méditation, à une époque où celle-ci est tombée en totale désuétude, a quelque chose de revigorant ou, mieux, de réconfortant. Quelqu’un, de nos jours, ose ainsi nous entretenir de ce vocable désuet qui n’est plus guère d’actualité en France, « ce coin de terre censé être le plus tolérant et le plus libre, où règne néanmoins comme une « terreur » intellectuelle, visualisée par le ricanement voltairien » – précise l’auteur.

 

Et quel est cet auteur qui prend la liberté de donner à son ouvrage un titre "De l'âme" qui n’est pas sans évoquer le traité d’Aristote et peut impressionner les éventuels lecteurs ? Que ceux-ci se rassurent : le livre se lit avec bonheur parce qu’il ravive en nous les souvenirs les plus purs, les aspirations les plus hautes, les sentiments les plus nobles. Les mots tombent sur nous pareils à une rosée et les phrases parlent comme une merveilleuse symphonie musicale pour la simple raison que l’écrivain, à qui l’on doit ces quelques 156 pages illuminantes, est d’abord un poète avant d’être un romancier, un philosophe, un essayiste et un critique d’art. Pas moins de 34 ouvrages à son actif et plusieurs prix à son palmarès dont le Grand prix de la francophonie de l’Académie française (2001), le prix Fémina (1998), le prix André Malraux (1998) et le prix Roger Caillois (1998).

 

Cet homme est Cheng Chi-Hsen, né à Nanchang en 1929 et naturalisé français en 1971 sous le nom de Cheng et le prénom de François, en hommage à St François d’Assise. Après des études commencées à l’université de Nankin, il suit ses parents à Paris, son père venant d’obtenir un poste à l’Unesco. Mais alors que sa famille émigre bientôt aux Etats-Unis, le jeune Cheng, définitivement séduit par la culture française, reste seul dans notre capitale afin de poursuivre, dans des conditions très difficiles, des études universitaires de lettre, tout en traduisant, de façon à subvenir à ses besoins, des poètes chinois en français et des poètes français en chinois ? Taoïste et chrétien, il est aujourd’hui membre d’honneur de l’Observatoire du patrimoine religieux, association multiconfessionnelle qui œuvre pour la préservation et le rayonnement "cultuel" français, à une époque où tant de nos ressortissants s’offusquent que l’on puisse encore installer une crèche dans un de nos lieux publics. De même qu’il est le premier asiatique à être élu à l’Académie française (juin 2002). Parcours exceptionnel et écrivain exceptionnel d’une œuvre qui saisit par sa profondeur, son élévation, sa délicatesse, alors que tout ce qui relève de la spiritualité est volontiers traité de ringard et relégué dans les oubliettes par une intelligentsia convertie à la seule dualité corps/esprit.

 

« Je ne voudrais surtout pas que vous vous mépreniez sur la portée de mes propos : je ne cherche en rien à diminuer l’importance de l’esprit. Disons qu’au niveau d’un individu, l’esprit est grand et l’âme essentielle, que le rôle de l’esprit est central et celui de l’âme fondamental ». Et plus loin, François Cheng poursuit : « L’âme ne peut être négligée ou mise en sourdine, escamotée voire ignorée par le sujet conscient, elle est là, entière, conservant en elle désir de vie et mémoire de vie, élans et blessures emmêlés, joies et peines confondues. »

 

De cette lecture, où l’on rencontre, pour n’en citer que quelques-uns, Gaston Bachelard, Krishna, Platon, Maître Eckhart, Léonard de Vinci, Hildegarde de Bingen le poète persan Attar, Pascal, Simone Weil, nous côtoyons en permanence les esprits les mieux à même de nous éclairer dans les catacombes que nous traversons. L’auteur n’oublie pas de souligner que corps et âme sont solidaires. Sans âme, le corps n’est pas animé ; sans corps, l’âme n’est pas  incarnée. Et il nous rappelle également les beaux vers de Pierre Emmanuel :

 

Toute âme ayant brisé la prison où la peur d’être aimée l’enferme

Est sur le monde comme un grand vent, une insurrection d’écume et de sel

Une haute parole de vie dans et contre le corps éphémère

(…)

Qui monte dans l’humilité triomphale comme une grappe de cieux superposés.

Je te laisse, dit Dieu. Tu es heureux. Je te laisse car tu es certain.

Toi, premier sauvé de Babel, non par verbe singulier

Mais simplement parce que tu aimes. »

 

Ainsi, avec François Cheng, naviguons-nous en altitude avec une vue panoramique sur les espérances humaines et ses constants prolongements spirituels, fouetté par un souffle qui nous libère de nos entraves provisoires et ranime au fond de nos âmes délaissées la lumière vacillante de « l’éternel désirant ». Puisque « l’esprit raisonne alors que l’âme résonne, que l’esprit se meut tandis que l’âme s’émeut, que l’esprit communique là où l’âme communie »

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique LITTERATURE, cliquer  ICI

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

De l'âme de François CHENG

Partager cet article

Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET - dans LITTERATURE
commenter cet article

commentaires

Armelle 31/12/2016 19:24

Merci Gabriel. Moi aussi j'apprécie énormément l'oeuvre de Cheng. Elle nous donne une vision des choses très personnelle et toujours sensible et spirituelle.

Gabriel 31/12/2016 18:42

Et je vous écris aussi parce que je voudrais que vous sachiez, chère Armelle, combien j'ai apprécié votre article "Faisons un rêve", et son appendice sur les mots . Cet appendice me fait la liaison avec vos observations sur le dernier livre de Cheng, livre facteur d'espoir car on n'aurait guère espéré une telle parution qui eut un tel retentissement il y a quelques années . Et parce que Cheng est aussi un poète et un amoureux des mots.

Son livre sur "Le Dialogue" où il raconte sa découverte et son amour de notre langue, devenue également sa langue est une petite merveille de réflexions originale sur nos mots . Son amour du mot "sens", dont la monosyllabie , évidemment sensible pour une oreille chinoise, qui évoque trois niveaux essentiels de notre vie, la sensation, la direction, la signification . Sa présentation du mot "arbre" qui, pour lui, chinois, unit le graphisme et la phonétique en s'élevant d'abord, puis planant avec son B tout en hauteur avant de répandre l'ombre bienfaisante de sa descente !

En fait, j'ai découvert Cheng par son deuxième ouvrage sur la peinture chinoise "Le Vide et le Plein" où il présente l'approche, si différente des nôtres, de l'école chinoise de peinture des paysages, notamment de Shih-t'ao . Puis, rejoignant Hiltrud dans son étude de la littérature chinoise, avec son livre précédent, le premier, sur " l'écriture poétique chinoise " et son anthologie des poèmes des Tang et ses propres traductions . Nous aimons beaucoup, Hiltrud et moi, la poésie chinoise . La langue chinoise étant une sorte de juxtaposition d'idéogrammes imagés libérée de la grammaire, c'est au lecteur de se reconstruire sa propre vision des poèmes . Bien sûr, la qualité de la traduction y est essentielle .

Et puis, nous avons cheminé avec lui, son roman du retour sur sa vie passée, ses méditations sur l'éternité, sur la beauté, sur les âmes errantes ... et même son ouvrage commun avec Fabienne Verdier où s'entremêlent textes et calligraphies . Françoise Verdier est, elle aussi, un sacré personnage ayant affronté dix ans d'épreuves en Chine communiste pour y apprendre la calligraphie auprès des plus grands maîtres, méprisés par le régime .

Georges Gillet-Yant 16/12/2016 12:54

Sans évoluer un instant au royaume de la poésie, il est impossible de pénétrer l'empire de l'âme.
Quelle bonne idée, ce merveilleux Cheng de derrière les fagots. Merci, Armelle, fée des trouvailles suprenantes en fin d'année.

armelle 16/12/2016 19:25

Un livre qui tombe à point nommé en un moment où l'âme est aux abonnés absents. Cela remonte le moral.

Présentation

  • : Le blog interligne d' Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • Le blog interligne d' Armelle BARGUILLET  HAUTELOIRE
  • : Grâce au pouvoir des mots, une invitation à voyager sur les lignes et interlignes.
  • Contact

TEXTE LIBRE

 4016234704 (Small)

Un blog qui privilégie l'évasion par les mots, d'abord, par l'imaginaire...toujours.

LES MOTS, nous les aimons pour eux-mêmes, leur sonorité, leur beauté, leur velouté, leur fraîcheur, leur hardiesse, leur insolence, leur curiosité, leur dureté, leur volupté, leur rigueur.
Différemment des notes et des couleurs qui touchent d'abord notre sensibilité, ils ont vocation à transmettre, informer, émouvoir, expliquer, séduire, irriter, formuler les idées, forger les concepts, instaurer le dialogue.
Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

La vie doit être vécue en regardant vers l'avenir, mais elle ne peut être comprise qu'en se tournant vers le passé.

 Soëren Kierkegaard

 

Je réponds ordinairement à ceux qui me demandent raison de mes voyages : que je sais bien ce que je fuis, et non pas ce que je cherche.

   Montaigne

 

Veux-tu vivre heureux ? Voyage avec deux sacs, l'un pour donner, l'autre pours recevoir.
   Goethe

 

 MES DERNIERS OUVRAGES PUBLIES ( cliquer sur l'icône pour accéder à leur présentation )


1184097919 profil de la nuit  2851620614

les signes pourpres  3190-NEL i 978-3-8417-7335-7-full

 

SI VOUS PREFEREZ LES IMAGES et le 7e Art, RENDEZ-VOUS SUR MON BLOG : 

 

Bannière pour Armelle 1 

 

ET SI VOUS AIMEZ LES ANIMAUX, RENDEZ-VOUS SUR " MEMOIRE D'EAU" :

 

P1080160.JPG

Recherche