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23 janvier 2017 1 23 /01 /janvier /2017 09:47
Copies de Thierry Radière

Thierry Radière est un grand écrivain qui n’a pas encore rencontré la notoriété, je ne suis pas convaincu que ce soit son plus grand souci, il a contracté l’amour de la littérature, il y a bien longtemps, et il a rencontré l’amour de sa vie, il y a beaucoup moins longtemps, alors…

 

 

                                                              Copies

Thierry Radière (1963 - ….)

 

 

Il aimait Françoise et la littérature comme Jennifer aimait Mozart et les Beatles, mais le drame qui entachait sa love story  n’était pas aussi tragique que celui de la jeune femme du film, il consistait simplement en une pile de copies, une véritable falaise entre lui et le monde qu’il devait corriger dans le cadre du bac de français. Evidemment, comme tout bon professeur de lettres, il nous explique que les élèves d’aujourd’hui n’ont rien compris à cette matière, qu’ils se désintéressent totalement de la langue, de l’écrit et par conséquent de la littérature. Et pourtant le sujet proposé était particulièrement alléchant, il nous  le propose en introduction à cet ouvrage : quatre textes, écrits chacun par un grand maître des lettres : Chateaubriand, de Nerval, Mallarmé, Julien Green, soumis à la sagacité des candidats.

« Je sens déjà dans les copies que je lis, le silence du vertige, la paraphrase de l’indicible, le contresens de l’incompréhension, le faux-sens de la sous-interprétation, et le non-sens du néant total s’enchaîner les uns aux autres dans la plus naturelle des compositions ».

 

Le narrateur est rompu à ce genre d’exercice depuis de nombreuses sessions mais cette année tout est nouveau pour lui, il est amoureux et le monde s’est transformé, rien n’est plus comme avant, sauf les copies qui sont toujours aussi insipides, mais il les lit différemment, il a même l’impression de les évaluer autrement.

 

Ce texte emmène le lecteur dans la vie du narrateur avec une grande empathie, on partage le mélange de sentiments qui l’habite : son amour pour Françoise, son amour pour les lettres, notamment pour les extraits proposés à l’examen, son agacement à l’endroit des candidats, une certaine forme de désabusement envers son métier et une pointe d’animosité à l’endroit de ses élèves qui ne font aucun effort pour essayer de comprendre les textes proposés pourtant tellement riches.

« Lire c’est apprendre à vivre. Lire c’est approcher d’un peu plus près les zones obscures de l’humanité, les coins inexplorés du vécu… »

 

J’ai lu ces textes, vite, trop vite, j’y ai vu surtout l’expression du temps qui coule inexorablement comme le sable entre les doigts, ce qui évidemment génère la nostalgie de ce qui fut et ne sera jamais plus. Le narrateur nous interroge sur ce qu’est la mémoire : « La mémoire n’est-elle qu’un miroir déformant d’une partie de nous-mêmes ensevelie par les années ? Son image trouble remontant à la surface du temps cache l’incertitude de l’avenir et l’angoisse du présent qui l’ont fait naître, cette représentation du passé ». Ne passant pas le bac de français, je ne voudrais pas répondre à cette question, je voudrais seulement dire que la mémoire, l’âge avançant, fait remonter à la surface un passé de moins en moins sûr et cache de moins en moins un avenir de plus en plus incertain. A vingt ans on n’a pas de passé et le présent c’est déjà l’avenir, à quarante ans le présent c’est déjà le passé et l’avenir se conjugue de plus en plus au présent, et à partir de soixante ans, le présent se dissout dans un passé de plus en plus flou alors que l’avenir devient de plus en plus certain, la fin se matérialisant chaque jour davantage.

 

Ce texte pourrait être le roman d’un professeur oubliant son aigreur professionnelle dans un amour un peu tardif, un essai sur le temps qui fuit, sur la mémoire et ce qu’elle représente, et aussi un cours de lettre sur la compréhension et l’interprétation des beaux textes. Chacun le lira selon ses inclinations, pour ma part, je n’ai pas essayé de dissocier ces différents  aspects, parce que la vie est ce mélange entre nécessité professionnelle, inclinaison artistique, appréhension philosophique de l’existence et surtout amour qui peut transcender tout ce qui précède.

 

Denis BILLAMBOZ

 

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Copies de Thierry Radière

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES COUPS de COEUR de DENIS
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Binh An 24/01/2017 18:42

Merci Françoise ! Le monde est toujours le monde, il n'y a que notre oeil qui change. Heureusement, l'amour a changé la vision du professeur, pour le bonheur des élèves.
Merci de nous faire lire ce doux billet.

billamboz denis 25/01/2017 17:42

S'il n'y avait pas l'amour ...?

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