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6 mars 2017 1 06 /03 /mars /2017 09:00
Le jardin Arc-en-Ciel  de Ito Ogawa

Le mariage et la filiation homosexuels préoccupent les Japonais tout autant que les Occidentaux, aussi, dans ce roman, Ito Ogawa expose-t-elle son point de vue sur le sujet sans militantisme forcené mais avec une grande ouverture d’esprit, n’éludant aucun aspect de la question. A cette fin, elle constitue une famille atypique : une femme divorcée et son fils, une jeune fille qui ne sait pas encore qu’elle est enceinte, quatre personnes qui, tour à tour, racontent un morceau de la vie qu’elles essaient de construire ensemble.

 

Dans une gare de Tokyo, Izumi, mère de famille en cours de divorce, est attirée par une jolie jeune fille, encore lycéenne, qui semble en plein désarroi, elle craint qu’elle cherche à se jeter sous un train et accourt auprès d’elle pour l’en dissuader. Elle l’emmène chez elle pour la rassurer et la convaincre que la vie peut être encore belle pour elle aussi. Une relation sentimentale se noue rapidement entre les deux femmes qui, ne voulant pas d’une histoire d’amour intermittente, décident de vivre ensemble mais pour cela elles doivent quitter la ville car la famille de Chiyoko, la jeune fille, ne supporte pas cette union qu’elle juge préjudiciable à son image et sa notoriété.

 

Avec le fils d’Izumi, les deux femmes partent alors pour le pays des étoiles, un coin de campagne perdu au pied de la montagne où elles se réfugient dans un ancien atelier délabré qu’elles arrangent pour le mieux. Petit à petit elles construisent une vie, une vie familiale comme n’importe quelle autre famille japonaise. Izumi raconte la rencontre, la fuite, l’installation au Machu Pichu, le nom qu’elles ont donné à ce coin de campagne aussi difficile d’accès que la célèbre montagne andine. Chiyoko raconte, elle, la construction de la famille, le projet professionnel des deux femmes, la possibilité de former un vrai couple. Et les enfants, à leur tour, prennent la parole pour évoquer, à travers leur regard d’enfant, cette famille atypique, comment ils vivent et ont vécu cette différence, comment ils se projettent dans l’avenir.

 

A mon sens ce roman n’est pas un livre militant pour une cause quelconque, c’est juste un texte sur la tolérance et l’acceptation. L’auteure nous laisse penser que chacun doit s’accepter comme il est et que chacun doit accepter les autres comme ils sont. « Quoi qu’il arrive l’important c’est d’accepter et de pardonner ». Dans cet ouvrage, on rencontre aussi des personnes différentes, non seulement par le sexe et les pratiques sexuelles qui sont plus ou moins bien acceptées par leur entourage, et la société en général. Ito Ogawa propose une jolie parabole pour expliquer la différence et son acceptation : « Elles (les fleurs) ont beau trouver la teinte de la fleur voisine plus jolie, et l’envier, elles ne peuvent pas modifier à leur guise la couleur qui leur a été dévolue. Alors, il ne leur reste plus qu’à vivre cette couleur de toutes leurs forces ».

 

Ce roman est aussi un joli plaidoyer pour la vie familiale qui devrait être accessible à chacun quelque soit son sexe et ses mœurs, l’auteure conseille vivement à celles et ceux qui se sentent rejetés de construire une famille avec celles ou ceux qu’ils aiment. « Vous n’avez qu’à construire une famille à vos couleurs, en prenant votre temps. Parce que les liens du sang ne font pas tout. » Au Machu Pichu, "Une famille, ce n’était pas une question de sexe ou d’âge", c’était de l’amour, des disputes, de la douleur, de l’humiliation, des amis, la maladie et tout ce qui fait la vie de tout un chacun mais avec un peu plus de contraintes encore.

 

Au Japon, l’homosexualité semble être encore moins bien acceptée qu’en Occident, c’est du moins ce qui ressort de ce roman écrit avec beaucoup de finesse et de pudeur, les personnages sont disséqués avec délicatesse jusqu’au fond de leur âme. L’auteure ne prend qu’un parti celui de la tolérance, de l’ouverture d’esprit, de l’acceptation et du droit de chacun à disposer de son corps et du sens qu’il souhaite donner à son existence. La famille, qu’elle a créée, n’est peut-être pas très crédible mais elle rassemble en son sein toutes les questions qui ont été soulevées autour de l’union homosexuelle dans des scènes où la description des plus petits détails apporte un supplément de vie.

 

Denis BILLAMBOZ

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES COUPS de COEUR de DENIS
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commentaires

Georges Gillet-Yant 07/03/2017 09:49

C’est bien l’autenticité de cette civilisation qui la rend si ‘gayijin’ [étrangère au cercle trop fermé] de notre culture française Il me semble que nous aurions mal compris, ici, la grande finesse d’Ito Ogawa quand elle nous démontre au contraire la tolérance induite dans son pays par la diversité des nids offerts aux amours plus précis.

Edmée De Xhavée 06/03/2017 10:14

Un thème difficile... et au fond, ce qui a été aussi dommageable à l'homosexualité, c'est le "mariage pour la procréation". Sans ça, on ne jugerait pas les gens par affinité sexuelle, ça n'aurait aucun intérêt. Mais procréer est le devoir édicté par la société, et "procréer dignement" :)

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