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13 mars 2017 1 13 /03 /mars /2017 08:47
Les nuits de Williamsburg de Fréderic Chouraki

Un auteur sans lecteurs plaque tout pour s’installer à New-York dans le quartier de Williamsburg où il vit des aventures aux allures d’épreuves initiatiques qui lui font comprendre que le monde va à sa perte et que les dirigeants actuels n’ont rien compris à la situation. Une diatribe sur fond de nostalgie des sixties, du cinéma et de la musique de cette époque dorée.

 

 

Les nuits de Williamsburg

     Frédéric Chouraki (1972 - ….)

 

 

Sammy écrit des livres mais ils ne se vendent pas, aussi son éditrice ne se gêne-t-elle pas pour l’éjecter de la maison d’édition en mettant le doigt là où ça fait mal, elle a d’autant moins de scrupules qu’elle comptait bien profiter des charmes du beau quadra qui, hélas pour elle, c’est avéré être homo. « Encore des Juifs, encore des gays ! Je n’en peux plus, Samuel ! Ecoute, tu tournes en rond. Et ce n’est pas crédible ! Qui peut imaginer un seul instant que l’on puisse passer ses journées à prier à la synagogue et ses nuits dans des … backrooms ! » Lassé de sa famille trop juive, blasé de ses déambulations dans les milieux homosexuels du Marais, déçu par ses amis carriéristes, privé de son moyen d'existence et de moins en moins enclin à chercher un job, Sammy saisit l’opportunité du départ d’un pote vers New- York pour partir à son tour vers la Grosse Pomme dans le quartier de Williamsburg dont il savait seulement que Kerouac y avait vécu.

 

A Williamsburg, il lui faudra accomplir un pénible parcours initiatique avant de comprendre ce qui cloche dans sa relation au monde actuel. Il  s’épuisera, dans un premier temps, à faire la plonge dans un restaurant italien, puis il échouera « au test de la sainteté hassidique et de l’hétérosexualité débonnaire » au contact d’un rabbin intégriste et entre les jambes de sa fille nymphomane avant, un soir d’errance et de désespoir, entendre souffler l’esprit de la beat generation, la voix de son gourou de jeunesse, la voix du grand Jack Kerouac. Alors il comprendra qu’une nouvelle classe est en train de ruiner le monde. « Leur idéologie rance se résumait à une somme syncrétique et bancale de fausses bonnes idées : écologie, éthique, partage, production locale, art en mineur, progressisme sociétal et libéralisme économique honteux ».

 « Même s’il s’en défendait, Sammy avait toujours jugé le milieu gay de même que la communauté juive avec contemption pour ne pas dire un dédain certain. » Il leur reprochait de faire partie de cette nouvelle classe coupable de conduire l’Occident malade vers une nouvelle phase de déclin, d’appartenir à « cette vermine complaisante pseudo-progressiste et ahistorique qui ne croit que dans la tiédeur et le mélange. »

 

Avec ce texte empreint d’une réelle nostalgie du bon vieux temps de la beat generation, de la liberté sexuelle, de la liberté de penser et toutes les autres libertés du bon vieux temps où le monde n’était pas encore totalement englué dans les notions de profit, de rentabilité et d’égalitarisme mou, Frédéric Chouraki achève son texte par une véritable diatribe à l’encontre de ceux qui nous dirigent. Ce livre n’est cependant pas un pamphlet politique, c’est un roman gouleyant, drôle, enrichi de très nombreuses références cinématographiques et littéraires, notamment. Un texte écrit d’une plume vive, actuelle, colorée, gouailleuse comme de l’Audiard ou du Blondin qui aurait macéré dans  le bouillon culturel de la Beat Generation assaisonné au sel de la sémantique gay et juive. Il faut connaître au moins un peu le langage juif et des bribes de parisien du Marais pour ne pas laisser échapper les allusions et insinuations glissées par l’auteur.

N’y aurait-il pas, « dans la marge de la production pléthorique qui encombrait (bre), chaque automne, les tables des librairies, l’espace pour une voix fantaisiste et légèrement anarchique ? »

 

Denis BILLAMBOZ

 

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Les nuits de Williamsburg de Fréderic Chouraki

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES COUPS de COEUR de DENIS
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armelle 14/03/2017 10:24

Merci de votre visite, Alain. Je sais que votre temps est compté et cela me fait d'autant plus plaisir. Je vais moi aussi assez régulièrement sur votre blog relire un article. J'espère que vous pourrez le reprendre un jour lorsque vos malades iront mieux, que vous pourrez vous appartenir un peu plus. Bon courage, cher Alain. Et à bientôt.

Alain 13/03/2017 11:56

Merci pour cet article. Je suis dans mes "jours de commandes", voilà un livre qui va en faire partie, grâce à vous. .

billamboz denis 16/03/2017 12:54

Vous ne serez pas déçu si vous avez un quelconque attrait pour la beat generation. merci de votre message, cordialement !

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