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22 mai 2017 1 22 /05 /mai /2017 07:31
Les pauvres parents de Ludmila Oulitskaïa

Une auteure dont j’aime beaucoup l’écriture et en qui je vois une candidate très sérieuse pour le Prix Nobel de littérature. J’espère que l’Académie suédoise partage mon avis et que, comme moi, vous succomberez aux charmes de la plume de Ludmila.

 

 

Les pauvres parents

    Ludmila Oulitskaïa (1943 - ….)

 

 

Il y a presque vingt ans, j’ai laissé Ludmila Oulitskaïa avec « Sonietchka », enchanté de ma lecture et aujourd’hui je la retrouve dans ce recueil de neuf nouvelles avec la même écriture limpide, élégante, emplie de tendresse et de douceur, très élaborée, dans des textes empathiques qui emportent le lecteur aussi bien par la satisfaction artistique que par les sentiments. Ces textes d’une grande qualité littéraire lui ont déjà valu de belles récompenses et pourraient lui apporter, dans les années à venir, le prix suprême décerné aux écrivains.

 

Dans ces nouvelles, elle se démarque des nombreux auteurs russes que j’ai pu lire, elle ne geint pas, ne se révolte pas contre le régime, n’accuse pas les potentats locaux, elle se contente d’observer avec un regard acéré, de décrire avec beaucoup de talent, d’analyser avec finesse, pour raconter la vie des gens qui ont tous des problèmes souvent liés à la conjoncture et au contexte politique et social du pays comme le manque de place qui est un ennui fort et récurent dans toutes ses nouvelles.  Elle met en scène des personnages qui n’appartiennent pas aux classes dirigeantes, souvent des gens pauvres et même parfois très pauvres, toujours des gens que le régime apprécie peu, beaucoup de juifs, quelques orthodoxes pratiquants, des gens venus des républiques périphériques, des personnes ayant des parents émigrés, tout un petit peuple méprisé, résigné, mais toujours d’une grande dignité. Des personnages qui lui permettent de décrire en toile de fond à ses histoires très complexes où pointe un reliquat du romantisme slave du XIXe siècle, la Russie de la deuxième moitié du XXe siècle, la Russie issue de la deuxième guerre mondiale. Pour bien comprendre, il faut  rechercher, lire entre les lignes  du texte tout ce que doivent supporter ces pauvres parents empêtrés dans des situations souvent inextricables qui ne facilitent pas la résolution de leurs problèmes personnels déjà bien compliqués.

 

L’auteure essaie  de nous faire comprendre comment dans de telles situations ses héroïnes, il n’y a pas de héros, il n’y a que des héroïnes dans ce recueil, se débattent pour conserver leur dignité et mener une vie encore convenable malgré  les contraintes qu’elles ont à affronter. On rencontre dans ce recueil une petite pauvresse qui ne sort jamais de son cagibi mais accouche quatre foi dès l’âge de 14 ans ; une jeune mère d’une fille mongolienne qui apprend qu’il ne lui reste pas plus de six ans à vivre et qui organise alors la vie future de sa petite handicapée ; une femme qui tape chaque mois sa cousine pour donner le fruit de sa quête à une plus pauvre qu’elle ; un enfant surdoué né trop tard et parti trop tôt ; une maman qui devient folle quand elle découvre que sa fille couche avec son amant… Des histoires inextricables qui se déroulent dans un contexte de fortes contraintes, des histoires slaves, des histoires réalistes, jamais larmoyantes, des histoires où la résilience et l’espoir gardent toujours une place, comme pour laisser penser qu’il y a une issue possible à toutes les situations qu’elles soient personnelles ou sociales.

 

L’éditeur la considère comme une héritière de Tchékhov, je ne connais pas suffisamment cet auteur pour émettre un avis à ce sujet, je me contente de croire que Ludmila Oulitskaïa est une grande plume de la Russie d’aujourd’hui, qu’elle fait honneur à ses célèbres prédécesseurs et qu’elle restera probablement comme une auteure de référence dans les lettres russes de notre époque.
 

Denis BILLAMBOZ

 

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Ludmila Oulitskaïa

Ludmila Oulitskaïa

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES COUPS de COEUR de DENIS
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commentaires

billamboz denis 25/05/2017 21:08

J"avis déjà lu, avant ce recueil de nouvelles, un roman de cette auteurs, il m'avait enchanté. j'aime beaucoup son écriture très élégante et pleine de sensibilité.

Loic 22/05/2017 21:07

Un tres grand ecrivain. Une plume precise et elegante.

Edmée De Xhavée 22/05/2017 20:16

"Mordant", je dirais. Pas de jérémiades, juste la dureté du quotidien et comment on s'y émousse mais ne s'y coupe pas....

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