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10 juillet 2017 1 10 /07 /juillet /2017 07:58
Izo de Pascal de Duve
Izo de Pascal de Duve

Pour rendre hommage à Magritte, le célèbre peintre surréaliste belge à l’occasion du 50e anniversaire de sa mort, son éditeur «  Espace Nord » a décidé de rééditer « Izo », le magnifique roman écrit par Pascal de Duve, l’une des victimes de l’hécatombe causée par le SIDA dans les années 1990. Un texte plein de délicatesse, de finesse et de poésie qui pose des questions essentielles sur l’existence.

 

Izo

Pascal de Duve (1964 – 1993)

 

Izo, le personnage éponyme de ce roman, avec sa redingote noire, son chapeau noir et ses gros souliers noirs, semble directement sorti du tableau de Magritte "Le fils de l'homme" ( 1964 ) que l’éditeur a placé sur la couverture de cette réédition, conférant ainsi une nouvelle dimension à cette toile en inventant pour l’un des personnages, celui ayant eu la chance de choir directement sur une chaise du Jardin du Luxembourg à Paris et non, comme les autres, de se diluer dans le sable et les pelouses de ce jardin, un bout de vie éphémère prolongeant ainsi l’histoire racontée sur la toile.

 

Le narrateur se promenant un jour d’orage dans les Jardins du Luxembourg aperçoit, alors que le ciel déverse des torrents d’eau, un homme affalé sur une des chaises qui meublent ce jardin, un homme coiffé d’un anachronique chapeau melon noir et vêtu d’une tout aussi anachronique redingote noire. Il le secoue, le secourt et l’emmène chez lui pour le réconforter, s’attache au sort de cet étonnant personnage et s’occupe de lui procurer le gîte et le couvert. L’homme ne parle pas et ne prononce que quelques mots inintelligibles, l’auteur retient un énigmatique « Isobretenikkhoudojnika » et  décide de l’appeler ainsi mais en simplifiant cet imprononçable patronyme en un beaucoup plus pratique « Izo ».

 

Izo se révèle vite être une personne très douée, surdouée, dotée d’une mémoire fantastique et d’un esprit d’analyse et de déduction particulièrement impressionnant, elle découvre tout et  semble ne rien connaître, paraît venue d’ailleurs, son esprit est vierge comme celui d’un nourrisson ouvrant les yeux pour la première fois. Par ailleurs, elle se passionne pour des choses futiles, même insignifiantes, ou pour des choses beaucoup plus complexes, élaborées, matérielles ou intellectuelles comme le métro qu’elle considère comme un autre monde, ou les langues étrangères qui lui permettent de nouer conversation avec n’importe qui dans les rues de Paris ou par téléphone au hasard des numéros qu’elle compose de manière tout à fait aléatoire.

 

Izo c’est une page blanche sur le bureau de l’écrivain, un être qui n’a aucun sens des valeurs, rien ne l’a encore pollué, il a une merveilleuse faculté d’émerveillement qui le fait s’extasier devant la moindre babiole comme devant une définition très complexe pêchée dans l’une des encyclopédies qu’il ingurgite comme d'autres des verres de bière, sauf que lui retient ce qu’il absorbe. Son impressionnante culture, acquise en quelques semaines, sa faconde, son innocence, sa fraîcheur, son enthousiasme lui facilitent les contacts avec les personnes qu’il rencontre et avec lesquelles ils nouent des liens d’amitié. Il devient vite un habitué des cafés les plus prestigieux de la capitale où il connait le personnel et quelques clients ayant une certaine notoriété. Il devient ainsi quelqu’un de connu sans en avoir la moindre idée car il conserve sa fraîcheur et son innocence jusqu’à ce qu’il comprenne que la vie n’est pas linéaire, qu’elle évolue et donc qu’elle va vers un aboutissement qu’il aimerait comprendre. Commence alors pour lui une recherche de ce que pourrait être cet aboutissement et sa signification à travers les religions : le catholicisme, le protestantisme, l’islam et même le communisme pensé comme une forme de religion lui aussi. Mais, pour la première fois, ses étonnantes facultés buttent sur une énigme qu’il ne saisit pas.

 

Je retiendrai de ce texte outre bien sûr la grande maîtrise littéraire de l’auteur, la richesse de son vocabulaire, la fluidité et l’élégance de son style, quelques belles assonances, la qualité picturale de ses descriptions, tout est en couleur, surtout la capacité d’émerveillement du héros. Izo est un être irréel, venu d’ailleurs, enfant légitime de l’imaginaire matérialisé sur terre, découvrant un monde rempli de choses merveilleuses que nous ne voyons pas, ou plus. On dirait que Pascal de Duve cherche à nous délester des scories que l’histoire a accumulées sur nos épaules et dans nos têtes pour que nous redécouvrions un monde simple, candide, joyeux, sans aucune prétention, sans appât du gain, sans recherche du pouvoir, juste un monde où les gens vivraient en bonne intelligence. Cet émerveillement devant ce monde possible me suffirait mais l’auteur nous entraîne sur un autre chemin, il nous démontre que ce monde n’est qu’éphémère et qu’il faut penser à ce qu’il y aura après et, quand on pense à ce qui vient après la vie terrestre, on crée une religion, même si cet après n’a pas un ou des dieux, c’est déjà une pensée religieuse. Et, pour Izo, les religions conduisent à une impasse, alors faudra-t-il suivre l’auteur sur le chemin de la philosophie pour trouver les réponses aux fameuses questions qui obsèdent les êtres pensants ? J’aimerais, pour ma part, rester avec Izo sur le chemin merveilleux de l’innocence et de la découverte en jouant la politique de l’autruche.

 

« Izo » est plus qu’une lecture, c’est une réflexion philosophique, mais c’est également une ouverture à l’émerveillement.  « Mon apparition c’est le monde, je veux dire l’existence, cette chose magnifique à laquelle on ne pense jamais, et que je viens de découvrir. » Voilà tout est dit, l’auteur de ces mots plein d’espoir pouvait s’envoler quelques années plus tard, jeune, trop jeune, beaucoup trop jeune, vers le monde d’Izo où il a certainement trouvé son après.

 

Denis BILLAMBOZ

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES COUPS de COEUR de DENIS
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