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14 août 2017 1 14 /08 /août /2017 08:46
Amour, gloire et dentiers de Marc Salbert

L’histoire d’un vieillard fantasque qui perturbe joyeusement la vie dans une maison de retraite. Une satire drôle mais acide sur la vie dans ces institutions et sur la façon dont notre société se débarrasse de ses aînés.

 

 

Amour, gloire & dentiers

Marc Salbert (1961 - ….)

 

 

Les lecteurs de ma génération, celle qui vient juste après celle mise en scène dans ce roman, reverront inéluctablement en lisant ce texte Jean Gabin, Pierre Fresnay, Noël-Noël  et  compagnie déguisés en vieux campagnards marchant sur le chemin de Gouillette pour accomplir leurs espiègleries, sottises et autres forfaits, tous plus désopilants les uns que les autres, dans le célèbre film de Gilles Grangier « Les Vieux de la vieille ». Marc Salbert a la même verve que ce réalisateur, il dessine des personnages tout aussi truculents, hauts en couleur, au langage fleuri, au verbe haut, prompts à exploiter  les faiblesses de notre société afin d’échapper à la condition qu’on tente de leur imposer pour qu’ils encombrent le moins possible la vie de leur progéniture devenue grande et pensant être la partie la plus raisonnable de la population.

 

Dans un coin perdu du Pays d’Auge, par un beau matin, Stanislas débarque au Jardin d’Eden, une maison de retraite plutôt confortable dirigée par son fils qui ne l’attendait pas, n’ayant pas vu son père depuis bien longtemps et n’ayant aucune envie de renouer avec ses frasques et sa mythomanie. Stanislas n’a plus que cette solution. Accusant son associé de l’avoir spolié, largué par sa dernière, jeune, comme toujours, maîtresse à laquelle il avait promis un rôle qu’il ne pouvait plus lui donner - car Stanislas est réalisateur de films tournés avec des budgets semblables à ceux dont dispose Jean-Pierre Mocky pour ses dernières productions - il ne peut plus envisager que de se faire héberger par "Le jardin d'Eden". Les films de Stanislas pourraient sans aucun problème figurer dans l’inventaire dressé par Christophe Bier dans « Obsessions » (qui parait le même jour que le présent roman), un recueil des chroniques qu’il diffuse sur les antennes de France Culture depuis près de vingt ans dans l’émission « Mauvais Goût ». Stanislas a surfé sur toutes les vagues, profitant de l’engouement des spectateurs pour tourner des sous-produits de films à la mode : péplums, films d’action, films érotiques, etc…, utilisant les multiples ficelles du racolage dans le souci d’attirer quelques spectateurs et tous les boniments des meilleurs camelots pour vendre ses films aux producteurs. Une vie de fastes lorsqu'il avait de l’argent à flamber mais aussi une vie de vaches maigres quand la roue tournait dans le mauvais sens. En règle générale, une existence trop compliquée pour s’occuper de l’enfant qu’il avait fait à l’une de ses premières conquêtes qu’il souhaitait, comme les suivantes, transformer en reine de l’écran.

 

Au Jardin de l’Eden, Stanislas met rapidement de l’ambiance en racontant des histoires toutes plus fantasmées les unes que les autres sur sa carrière de cinéaste et les relations qu’il a nouées avec les grandes vedettes de l’écran. Son imagination débordante et sa débrouillardise se conjuguent magistralement pour inventer en catimini toute sorte de combines de manière à échapper à la rigueur de la vie austère de la maison de retraite qui devient vite un lieu de plaisir au grand dam de l’ancien légionnaire surveillant ce petit monde. Son fils ne s’indigne pas longtemps, les charmes de la pétulante femme, médecin de l’institution, l’occupent trop pour qu’il s'intéresse aux turpitudes de son père et de sa bande de dévergondés.

 

Marc Salbert conseille ce texte comme remède contre la « déprimitude » ambiante et j’abonde dans ce sens. Si vous le lisez, vous vous sentirez déjà mieux. « Le rire étant le propre de l'homme » selon François Rabelais, pour ceux de mon âge, c’est déjà une petite lueur d’espoir que nous pourrons rallumer le jour où on nous accompagnera dans une quelconque résidence destinée aux vieux adultes dont on ne sait plus que faire. L’ouvrage  a aussi une autre face, celle qui évoque le problème des personnes âgées dans notre société, la place qu’on leur réserve et l’attention que nous leur prêtons.

 

Au final, un livre drôle, désopilant, truculent, amoral, démolissant  les tabous sur la vieillesse, car  on aime à tout âge, on s’amuse à tout âge, on fait des bêtises à tout âge, mais on a aussi du cœur, de la tendresse et de la générosité à tout âge. Une leçon d’optimisme assaisonnée d’un filet d’amertume.

 

Denis BILLAMBOZ

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES COUPS de COEUR de DENIS
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