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27 septembre 2017 3 27 /09 /septembre /2017 06:24
Le bal du comte d'Orgel de Raymond Radiguet
Le bal du comte d'Orgel de Raymond Radiguet

Incroyable maturité de la part de ce jeune écrivain qui, à peine âgé de 20 ans, écrit un roman en prenant pour sujet les sentiments les plus intimes d’une femme d’une trentaine d’années, nommée Mahaut d'Orgel, qui s’éprend d’un ami de son époux François de Séryeuse et dont l’auteur nous détaille les moindres émotions et passe au scalpel l’évolution du mécanisme psychologique qui la conduira à renoncer à cet amour par devoir. Par moments, on se croirait dans « La princesse de Clèves » de Mme de Lafayette ou dans « Le lys dans la vallée » de Balzac, revisités en ce début du XXe siècle par Raymond Radiguet qui mourra d’une typhoïde foudroyante en 1923 avant même l’édition de son ouvrage. C’est Grasset qui s’en chargera, après que le texte ait été relu et corrigé par Cocteau et Kessel. Oui, incroyable maturité de la part de l’auteur et incroyable roman que celui-ci à une époque où la fête était à l’honneur après la saignée de la guerre de 14 /18, ce qui pouvait laisser penser qu’un jeune homme de 19 ans devait avoir en tête bien d’autre sujet que celui-ci. Oui, nous assistons là au combat que se livrent un jeune homme et une femme mariée et plus âgée pour ne pas céder à la tentation et subir les tourments de l’amour sans faillir, puisque celle-ci est mariée au comte d’Orgel et entend honorer l’engagement qui la lie à lui. C’est par conséquent l’histoire d’un amour chaste, non dépourvu d’une tonalité moralisatrice, que choisit de rédiger ce tout jeune écrivain. Que s’est-il passé pour que Radiguet aborde un thème si peu en accord avec son époque, celle des Années Folles, et si peu dans le courant de son inspiration précédente « Le diable au corps » ?

 

Nous sommes là en présence d’un drame intérieur où rien ne se passe, si ce n’est l’analyse au microscope des diverses phases d’un sentiment dont on comprend bien qu’il est de part et d’autre sacrifié d’avance. Alors, comment se fait-il que l’on accroche à ce récit dépourvu de suspense où le devoir ne s’impose que par le souci constant des deux personnages à maintenir leur réputation dans un milieu mondain où les bons usages sont ceux imposés par le qu’en dira-t-on ? Oui, de quel philtre use l’auteur pour nous maintenir en lecture sur un sujet aussi mineur que la personne de cette madame d’Orgel, dont l’attachement éprouvé pour son mari tient davantage à la fortune de celui-ci et à la vie facile qu’il lui offre, et à celle de ce François de Séryeuse qui, s’il passe beaucoup de temps auprès de cette femme, le doit aux relations bienveillantes qu’il entretient avec le comte d’Orgel dont l’essentiel de la vie se consume  en mondanités de tous ordres. Le romanesque de l’histoire se concentre essentiellement sur l’étude fine et approfondie de la psychologie des personnages décrits d’une plume froide et rigoureuse, sans aucune sympathie particulière, avec une hauteur toute impartiale. D’où cette intelligence de style, cette implacable description à ce qui se passe en eux, à ce qui s’élabore dans leurs têtes, à ce qui les incite à espérer ou à désespérer, à leurs motivations et à leurs doutes jusqu’à cette confession que Mahaut d’Orgel fait à Madame de Séryeuse afin de condamner François à renoncer définitivement à elle. C’est le rêve du jeune homme qu’elle brise dans le seul objectif de maintenir sa place dans cette société de la noblesse et de la haute bourgeoisie d’entre les deux guerres.

 

 

Le dernier chapitre est la préparation d’un bal qui va mettre à nu les sentiments de chacun et où les diverses variations émotionnelles ou calculées semblent désuètes, voire ridicules, tandis que les menées dictées par l’intérêt le plus mercantile révèlent d’autant plus et mieux leur inaptitude à épouser les aspirations du cœur. C’est là aussi que l’on découvre l’importance des non-dits, la force de communication du silence, si présent dans l’ouvrage – les détours multiples, les hésitations qui suspendent une réponse - ces instants où l’on passe à côté de l’autre, tout en se méconnaissant davantage soi-même. Raymond Radiguet se livre à cette savante valse-hésitation des cœurs avec un brio incontestable comme s’il scrutait, fouillait au plus vif des replis intimes, des longues et lentes palpitations secrètes. L’aisance stupéfiante d’un surdoué.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Le bal du comte d'Orgel de Raymond Radiguet
Portrait de Radiguet par Modigliani

Portrait de Radiguet par Modigliani

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LITTERATURE
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commentaires

Edmée De Xhavée 27/09/2017 09:53

Je l'ai lu mais bien trop jeune pour le ressentir comme il le faudrait. Il y a pas mal de lectures que l'on "gâche" en les lisant trop tôt dans le temps, quand il y a des émotions que l'on n'a pas connues, des tentations jamais approchées, des redditions jamais faites :)

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