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4 octobre 2017 3 04 /10 /octobre /2017 06:39
Bruges ou la remontée du temps

Bruges a cela de merveilleux : le visiteur qui la découvre entre de plein pied dans le Moyen-Age tant la ville a su se protéger des méfaits de la modernité et conserver son authenticité et son charme envoûtant au bord de ses canaux, à l’endroit même où les Vikings avaient débarqué et s’étaient livrés au pillage. A l’époque, soit au 9e siècle, un bras de mer, le Zwin, avançait loin à l’intérieur des terres, endroit que les Vikings baptisèrent Bryghia, ce qui signifie « débarcadère » dans leur langue. Mais en 843, le traité de Verdun mentionne le partage du royaume de Charlemagne entre ses petits-enfants et Charles le Chauve hérite des Flandres, le plat pays qui venait de souffrir des invasions normandes. Aussi va-t-il s’empresser de construire une citadelle afin de protéger la côte flamande d’une nouvelle invasion. Bruges va naître de ce projet et se transformer au fil des ans en une cité prospère, une plaque tournante ouverte sur le commerce avec l’Europe. Son apogée, elle la connaîtra au XVe siècle, époque qui a laissé une empreinte indélébile due à la richesse du commerce et du tissage et a conduit la ville à devenir progressivement un centre mondial de la finance, un Francfort du Moyen-Age, cité où les artistes affluent et créent une école artistique incomparable, celle des primitifs flamands qui va irradier autant sur le sud que le nord de l’Europe, attirés qu’ils sont par le nombre de riches mécènes.

L'art religieux à Bruges et les tombeaux de Charles le Téméraire et de sa fille Marie de Bourgogne dans l'église Notre-Dame.
L'art religieux à Bruges et les tombeaux de Charles le Téméraire et de sa fille Marie de Bourgogne dans l'église Notre-Dame.
L'art religieux à Bruges et les tombeaux de Charles le Téméraire et de sa fille Marie de Bourgogne dans l'église Notre-Dame.
L'art religieux à Bruges et les tombeaux de Charles le Téméraire et de sa fille Marie de Bourgogne dans l'église Notre-Dame.
L'art religieux à Bruges et les tombeaux de Charles le Téméraire et de sa fille Marie de Bourgogne dans l'église Notre-Dame.
L'art religieux à Bruges et les tombeaux de Charles le Téméraire et de sa fille Marie de Bourgogne dans l'église Notre-Dame.
L'art religieux à Bruges et les tombeaux de Charles le Téméraire et de sa fille Marie de Bourgogne dans l'église Notre-Dame.
L'art religieux à Bruges et les tombeaux de Charles le Téméraire et de sa fille Marie de Bourgogne dans l'église Notre-Dame.

L'art religieux à Bruges et les tombeaux de Charles le Téméraire et de sa fille Marie de Bourgogne dans l'église Notre-Dame.

Mais un progressif ensablement éloigne la ville de son port et les marchands étrangers vont peu à peu quitter Bruges pour Anvers et contribuer à son déclin, si bien que, pendant quatre siècles, Bruges ne connaîtra pas de changements notables, figée dans sa grandeur d’antan et échappant par miracle à la révolution industrielle qui défigura tant de cités. Ainsi conserve-t-elle sa physionomie : celle d’une ville flamande assoupie comme la belle au bois dormant dans sa jeunesse éternelle. Ici l’atmosphère de jadis est si palpable que, dès le 19e siècle, Bruges se transforme en un centre touristique où, peu à peu, de nombreux anglais s’installent, séduits par la beauté des lieux et leur pouvoir  d’achat décuplé, si bien que la colonie britannique compte très vite plusieurs milliers de personnes qui vont permettre à la ville de sortir de sa léthargie, notamment dans le domaine culturel. Par chance également, l’intelligence d’un officier allemand amoureux des lieux, Immo Hopman, va durant la guerre de 39/45 la préserver des bombardements programmés et éviter de justesse que ne soit réduite en cendres cette perle architecturale.

 

Dès lors, chaque année, 3 à 4 millions de visiteurs viennent admirer ce magnifique musée à ciel ouvert, flâner dans les rues où s’alignent les maisons de la renaissance flamande et celles purement moyenâgeuses que les luxueuses boutiques d’aujourd’hui sont parvenues à ne pas défigurer. La place du Beffroi est le centre incontournable autour duquel s’enroulent les rues étroites et les charmantes petites places où se sont installées les terrasses des restaurants. La splendeur des demeures rappellent qu’au XVe siècle vivaient ici les ducs de Bourgogne dans un luxe sans égal. C’est la raison pour laquelle bon nombre de peintres du nord des Alpes furent attirés par cette Bruges artistique où l’art  se vivait au quotidien.

Photos Yves Barguillet. Quelques vues de la ville et du lac d'Amour prises des canaux.
Photos Yves Barguillet. Quelques vues de la ville et du lac d'Amour prises des canaux.
Photos Yves Barguillet. Quelques vues de la ville et du lac d'Amour prises des canaux.
Photos Yves Barguillet. Quelques vues de la ville et du lac d'Amour prises des canaux.
Photos Yves Barguillet. Quelques vues de la ville et du lac d'Amour prises des canaux.
Photos Yves Barguillet. Quelques vues de la ville et du lac d'Amour prises des canaux.
Photos Yves Barguillet. Quelques vues de la ville et du lac d'Amour prises des canaux.
Photos Yves Barguillet. Quelques vues de la ville et du lac d'Amour prises des canaux.
Photos Yves Barguillet. Quelques vues de la ville et du lac d'Amour prises des canaux.
Photos Yves Barguillet. Quelques vues de la ville et du lac d'Amour prises des canaux.
Photos Yves Barguillet. Quelques vues de la ville et du lac d'Amour prises des canaux.
Photos Yves Barguillet. Quelques vues de la ville et du lac d'Amour prises des canaux.
Photos Yves Barguillet. Quelques vues de la ville et du lac d'Amour prises des canaux.
Photos Yves Barguillet. Quelques vues de la ville et du lac d'Amour prises des canaux.
Photos Yves Barguillet. Quelques vues de la ville et du lac d'Amour prises des canaux.
Photos Yves Barguillet. Quelques vues de la ville et du lac d'Amour prises des canaux.

Photos Yves Barguillet. Quelques vues de la ville et du lac d'Amour prises des canaux.

Ainsi la Venise du nord est-elle devenue le centre de la plus ancienne école de peinture du pays, celle des primitifs flamands dont Jan van Eyck, Hans Memling et Rogier van der Weyden sont les plus prestigieux représentants. Passer 2 jours à Bruges ne laisse pas un instant de répit tant il y a à voir et à admirer. La promenade sur les canaux bien sûr et le spectacle qu'elle offre jusqu'au lac d'Amour et cette remontée du temps, ce retour vers le passé qui s'effectue ainsi de la façon la plus séduisante, comme si l'on entrait dans un autre monde fossilisé dans sa splendeur. Et puis les églises, celle du Saint-Sang et sa crypte romane aux voûtes basses qui reconduit dans l'intimité du coeur ; la magnifique église Notre-Dame qui recèle l'une des plus belle oeuvre d'art de Bruges, la Vierge à l'Enfant de Michel-Ange et les tombeaux d'apparat de Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, et de sa fille Marie morte très jeune des suites d'une chute de cheval, l'un de style gothique, l'autre de style renaissance ; la cathédrale Saint-Sauveur avec ses trois nefs et ses cinq chapelles rayonnantes qui racontent l'histoire fascinante de cet édifice sacral et où l'on découvre, au-dessus du jubé, l'imposant "Dieu le Père" du sculpteur Arthus Quellin (1682). Enfin l'on s'attarde volontiers dans le délicieux et reposant jardin du béguinage, béguinage qui fut fondé en l'an 1245 par Marguerite de Constantinople, lieu où des soeurs conventuelles vivaient en communauté, tandis que les béguines vivaient seules et gagnaient leur vie en lavant le linge de l'hôpital Saint Jean  tout proche ou la laine dans l'eau des canaux. Il est, par ailleurs, impératif d'entrer à l'hôpital Saint-Jean pour contempler l'admirable triptyque de Hans Memling représentant le mariage mystique de sainte Catherine qui, à lui seul, mérite que l'on se rende à Bruges.  Ce peintre témoigne de la culture courtoise de son temps dans un univers pictural qui respire la piété, la béatitude et la grâce. Rêveur et poète proche de Fra Angelico, il sut imprimer à ses toiles sa tendresse et sa foi. Sa châsse de sainte Ursule, considérée à juste titre parmi les sept merveilles de l'art de la peinture, se trouve là également, ainsi que d'autres oeuvres tout aussi admirables qui offrent un  panorama de l'excellence de son art du dessin et de la couleur.

La Vierge et l'Enfant de Michel-Ange, le Triptyque de Hans Memling et autres oeuvres de l'hôpital Saint Jean.
La Vierge et l'Enfant de Michel-Ange, le Triptyque de Hans Memling et autres oeuvres de l'hôpital Saint Jean.
La Vierge et l'Enfant de Michel-Ange, le Triptyque de Hans Memling et autres oeuvres de l'hôpital Saint Jean.
La Vierge et l'Enfant de Michel-Ange, le Triptyque de Hans Memling et autres oeuvres de l'hôpital Saint Jean.
La Vierge et l'Enfant de Michel-Ange, le Triptyque de Hans Memling et autres oeuvres de l'hôpital Saint Jean.
La Vierge et l'Enfant de Michel-Ange, le Triptyque de Hans Memling et autres oeuvres de l'hôpital Saint Jean.
La Vierge et l'Enfant de Michel-Ange, le Triptyque de Hans Memling et autres oeuvres de l'hôpital Saint Jean.
La Vierge et l'Enfant de Michel-Ange, le Triptyque de Hans Memling et autres oeuvres de l'hôpital Saint Jean.
La Vierge et l'Enfant de Michel-Ange, le Triptyque de Hans Memling et autres oeuvres de l'hôpital Saint Jean.
La Vierge et l'Enfant de Michel-Ange, le Triptyque de Hans Memling et autres oeuvres de l'hôpital Saint Jean.

La Vierge et l'Enfant de Michel-Ange, le Triptyque de Hans Memling et autres oeuvres de l'hôpital Saint Jean.

Le musée Groeninge réserve également quelques merveilles dont "La vierge au chanoine Van der Paele" de Jan van Eyck au réalisme inégalé, pièce maîtresse du musée, mais également un très beau portrait de Philippe le Bon par Van der Weyden  et des toiles de Petrus Christus, de Pieter Pourbus et de Gérard David dont le tableau cruel du "Jugement de Cambyse". Inutile de souligner que ces deux journées mettent à mal pieds et chaussures mais qu'importe ! une part de moules/ frites et une excellente bière vous requinquent et on oublie vite la fatigue tant le regard est constamment sollicité par la beauté des lieux et la richesse des oeuvres que cette ville, creuset de la culture et de l'intelligence, nous a léguées. Le soir est sans doute le moment le plus romantique, lorsque revenant à notre hôtel nous retraversons la ville illuminée au son des carillons dans la douceur de cette fin septembre et que le temps apparaît comme suspendu sur une possible éternité.
 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Musée Groeninge : Portrait de Philippe le Bon et oeuvres de Jan van Eyck et de Gérard David : " Le jugement de Cambyse".
Musée Groeninge : Portrait de Philippe le Bon et oeuvres de Jan van Eyck et de Gérard David : " Le jugement de Cambyse".
Musée Groeninge : Portrait de Philippe le Bon et oeuvres de Jan van Eyck et de Gérard David : " Le jugement de Cambyse".
Musée Groeninge : Portrait de Philippe le Bon et oeuvres de Jan van Eyck et de Gérard David : " Le jugement de Cambyse".
Musée Groeninge : Portrait de Philippe le Bon et oeuvres de Jan van Eyck et de Gérard David : " Le jugement de Cambyse".

Musée Groeninge : Portrait de Philippe le Bon et oeuvres de Jan van Eyck et de Gérard David : " Le jugement de Cambyse".

La ville le soir.
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Published by Armelle BARGUILLET - dans ESPRIT des LIEUX
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commentaires

Thérèse 10/10/2017 13:20

Grâce à ce récit détaillé et aux nombreuses photos, je revis un lointain séjour dans cette ville qui est comme vous le dites, Armelle, un magnifique musée à ciel ouvert. Mes mauvaises jambes ne me permettraient plus de voir toutes ces beautés mais j'étais jeune lorsque j'y suis allée et je galopais comme un lapin. Merci Armelle, vous m'avez remis de beaux souvenirs en mémoire.

Armelle 12/10/2017 11:43

Contente, chère Thérèse, que cet article vous ait rappelé de bons souvenirs. J'espère que votre santé ne vous donne pas trop de souci.

Edmée De Xhavée 05/10/2017 08:08

Très bel article agrémenté de bien belles photos... La ville est exceptionnelle, son histoire aussi... et on ne se lasse ni de visiter l'une ni de ré-apprendre l'autre!

Loic 04/10/2017 20:54

Je retrouve le style limpide et l'alliance du coeur et de l'esprit, ce qui explique que cette ville vous ait seduite et inspiree.

armelle 05/10/2017 10:10

Merci Loïc, toujours fidèle à ce blog, ce qui m'encourage beaucoup quand je traverse un coup de mou.

armelle 05/10/2017 10:08

Oui Edmée, on fait le plein de beauté.

niki 04/10/2017 12:41

merci pour ce bel article sur ma ville belge préférée, armelle

Georges Gillet-Yant 04/10/2017 09:50

Je comprends mieux le sens de l'expression « Venise du Nord » grâce à ce merveilleux article, tissé comme une dentelle par la main et le coeur. Grand merci.

armelle 04/10/2017 13:43

Merci Niki et Georges, il est vrai que mon mari et moi venons de passer deux journées merveilleuses à Bruges sous le soleil.

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