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15 novembre 2017 3 15 /11 /novembre /2017 09:32
Le cercle de famille

Chacun de nous a eu à un moment de sa vie, à la suite d'un changement de situation, d'un déménagement ou simplement du départ des enfants vers leur vie d'adulte, l'obligation de se désencombrer. Mais, entre ce qu'il est indispensable de conserver et sage de sacrifier, comment faire la juste part ? L'adieu aux choses s'auréole volontiers d'une mélancolie passagère dont je guéris aisément, parce que j'aime assez cette idée d'allègement, cette façon d'aborder l'avenir avec le moins de bagage possible. Oui, s'alléger, se délester me conviennent. Il y eut une époque où je me disais que j'aurais pu vivre à l'hôtel, être ainsi de passage comme quelqu'un en transit entre plusieurs destinations. Mais cela était impossible, dès lors que je fondais une famille, souhaitais des enfants. Il  y eut donc un havre plein de rires et de projets, un lieu d'accostage où il a fait si bon vivre ensemble. Puis les enfants sont partis. C'était normal : nous leur avions appris à nous quitter afin de devenir adultes, autonomes à leur tour.

 

Et mon mari et moi nous sommes retrouvés nomades, dans une parenthèse flottante, prêts à recommencer une nouvelle vie, à envisager d'autres escales. L'eau a toujours été présente. Enfant, ce furent les rives de la Loire, le bord des Mauves ; jeune femme, le lac d'Annecy avec ses courbes gracieuses, de toutes parts gaves et avens qui creusent plus profondément leur lit. Aujourd'hui, c'est la mer autour et devant moi, invitation permanente au voyage. Aussi est-il bon d'alléger la carène qui nous mènera un matin ou un soir au terme du périple.

 

L'appartement étant devenu un peu grand, nous avons jugé sage de réduire notre espace vital et de passer de 130m2 à 80m2. Pour y parvenir, nous avons trié, jeté, donné, classé documents, archives, lettres et surtout photos qui sont venues discrètement se réanimer dans mes mains : amours défunts, visages saisis au hasard des jours, papiers jaunis qui parlent d'une actualité ensevelie dans le suaire du temps, sourires fugitifs, regards qui semblent prolonger l'interrogation. Pour mieux appréhender l'immensité de ces absences, j'y ai volontiers attardé ma pensée. Nostalgie de ce qui n'a jamais cessé de s'éloigner et de se perdre, inquiétude face à la temporalité dans laquelle nous baignons, caravaniers des sables dont les traces s'effacent au fur et à mesure de nos pas et nous confinent à l'éphémère.

 

Il est vrai qu'il faut beaucoup de temps pour devenir adulte et peu pour devenir vieux. Nos existences sont en quelque sorte de longues histoires d'enfance. Soudain on se retourne et notre avenir d'éloigne. Aurions-nous tourné en rond ? Ce que l'on découvre sont des choses que, curieusement, nous reconnaissons comme si nous les portions en nous depuis toujours. Nous ne traversons plus l'inconnu mais l'une de ces bonnes vieilles terres qui nous colle aux talons. Sachons-le, nous venons du fond d'un âge, du fond d'une histoire dont les ondes poursuivent en nous leur éternel voyage. C'est la raison pour laquelle nous sommes les enfants d'une civilisation, d'un pays qui ont une âme et un visage et s'ordonnent autour d'un axe qui se nomme simplement "le cercle de famille". En feuilletant les albums, en nous attardant sur les témoignages et les photos, n'est-ce pas une ressemblance que nous quêtons, quelque chose d'indicible que l'objectif a fixé tant il est vrai que sans passé il n'y a pas d'avenir, point d'arbre sans racine, pas d'homme sans mémoire. Le tremblement des sourires, la gravité des expressions ne nous sont-ils pas étrangement proches ? Grâce à eux, nos vies ne sombrent plus dans l'oubli ainsi que des péninsules isolées. Elles deviennent des légendes profondes, des fleuves qui, de leur source à leur estuaire, laisseront une trace sur l'atlas immatériel du temps. Nous ne sommes pas apparus ici ou là par hasard, non! Notre existence prend un sens, s'inscrit dans une lignée, porte un message. Nous nous expliquons enfin à nous-même ce que nous sommes.   
                                         

Armelle BARGUILLET  HAUTELOIRE

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES QUESTIONS QUE L'ON SE POSE
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commentaires

Ysengrin 15/11/2017 17:46

Magnifique et touchant, bravo.
"Il faut beaucoup de temps pour devenir adulte, peu pour devenir vieux". tellement vrai ...

Edmée De Xhavée 15/11/2017 10:52

Quel beau, magnifique texte, et combien j'y adhère... d'ailleurs on ne se sépare jamais vraiment de ceux que l'on aime, on les a dans le coeur, dans les pensées, dans la ressemblance... Et adapter son espace et ses attachements avec le temps est comme remettre les coussins en place sur un confortable divan qui nous accueille encore et toujours, prenant nos dimensions...

armelle 15/11/2017 11:28

Oui, nous partageons Edmée cet attachement à nos racines. Cela nous a d'ailleurs valu des romans magnifiques de votre part.

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