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19 août 2019 1 19 /08 /août /2019 08:38
A  la cime des montagnes de Chi Zijian

Avec ce roman, je vous invite à un long voyage vers l’extrême nord de la Chine, là où elle jouxte la Sibérie, pour découvrir l’histoire de cinq familles qui animent un petit village perdu dans la montagne avec des intrigues qu’elles nouent, dénouent, emmêlent, démêlent entre elles. Un regard sur la Chine rurale au temps de Mao.

 

 

A la cime des montagnes

Chi Zijian (1964 - ….)

 

 

A la pointe extrême du nord de la Chine, là où elle côtoie la Sibérie, là où le froid et la neige n’incitent pas les populations à venir se fixer, est née Chi Zijian, l’auteure de ce vaste roman qui raconte l’histoire d’un village perché au sommet d’une montagne à l’époque où Mao tenait fermement le timon du pays. En lisant les premiers chapitres de l’ouvrage, j’ai eu l’impression de lire un texte d’une héritière des grands classiques chinois : Lu Xun, Mao Dun, Shen Congwen, Yu Hua ou d’autres encore qui ont raconté l’histoire des campagnes chinoises dans un style assez lent, peut-être imposé par l’utilisation de nombreux idéogrammes longs à dessiner, très descriptif, soucieux des détails et de la vie dans la nature. Mais après ces premiers chapitres, j’ai constaté que Chi Zijian a une vraie culture littéraire occidentale, elle connait très bien les problèmes de nos civilisations qu’elle n’hésite pas à glisser dans son récit, même si je ne suis pas convaincu qu’ils appartiennent particulièrement aux préoccupations des Chinois et de leurs dirigeants. Par ailleurs, l’auteure a puisé son inspiration dans la nature qu’elle a souvent parcourue et dans les nombreuses légendes que sa grand-mère lui a racontées quand elle était enfant, tout en y ajoutant les fruits de sa culture personnelle.

 

Chi Zijian construit son texte autour de l’histoire de quatre familles principales et de quelques individus particulièrement caractéristiques. Il y a la famille Xin dont le grand-père est accusé de désertion lors de la guerre contre les Japonais et, surtout, Xinlai, le petit-fils adoptif, meurtrier, qui occupe une large place dans le roman ; la famille Shan de Belle-sœur Shan abandonnée par son mari , qui élève seul son enfant un peu débile ; la famille An qui prend une large place notamment avec Brodeuse, la grand-mère qui s’occupe de tout, et ses enfants Ping, exécuteur des basses œuvres, Tai père de Daying qui décède tragiquement, et surtout sa petite-fille Neige, une naine aux pouvoirs miraculeux ; la famille Tang avec Hancheng le maire de la commune et quelques autres personnages ayant d’importantes fonctions les exposant à la corruption. Comme nous pouvons le constater, cette population comporte de multiples personnages peu banals qui se rencontrent, comme dans un roman d’Hugo, pour nouer moult intrigues et qui, à la fin, se rassemblent pour aboutir à une solution. J’ai eu l’impression, en lisant ce livre, comme je le dis plus haut, que l’auteure connait bien le roman européen.

 

Dans ces histoires qui se coupent, se croisent, s’emmêlent et, à la fin, se démêlent, Chi Zijian narre le quotidien d’un village de la campagne chinoise de l’extrême nord du pays. Elle met en scène des êtres souvent cruels, cyniques, violents, corrompus, ayant peu de compassion et de charité. Elle laisse croire que la société chinoise est très préoccupée par les intérêts personnels et que l’intérêt collectif, prôné par le régime, n’a pas franchement pénétré les campagnes. Comme dans de nombreux romans chinois, l’honneur et l’image projetée ont un intérêt capital, il faut pouvoir marcher la tête haute pour exister et ne pas s’exposer à la moquerie ou à la violence des autres. Le paraître l’emporte toujours sur l’être. Elle ne parle pas, ou presque pas, de politique et du rôle des institutions, par peur de la censure - peut-être ? - ou parce que la ruralité est restée très marquées par les traditions et les légendes anciennes et n’a pas été gagnée par les préoccupations d’ordre politique. C’est du moins l’impression que j’ai eue de cette lecture qui dégage, malgré tous les vices qu’elle évoque, beaucoup d’humanité et de culture.

 

Chi Zijian a une véritable maîtrise du roman, des histoires, qui s’entrelacent, et de vastes connaissances. Il faut féliciter les traducteurs qui ont su conserver à ce texte tout son sens et sa saveur. Et également à l’éditeur qui gratifie le lecteur de l’arbre généalogique de chaque famille, ce qui aide celui-ci à suivre les tribulations des protagonistes des diverses intrigues que l’auteure noue dans son récit.


Denis BILLAMBOZ


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