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12 août 2019 1 12 /08 /août /2019 08:00
L'embâcle  de Sylvie Dazy

A travers les problèmes d’urbanisme d’un quartier pauvre d’une petite ville de France, Sylvie Dazy montre tous les problèmes qui affectent notre société de plus en plus urbanisée et les misères que nous pourrions être obligés d’affronter dans un futur proche.

 

 

L’embâcle

Sylvie Dazy

 

 

Ce roman, c’est l’histoire d’une petite ville de province comme il y en a tellement en France, elle est plutôt banale, sa plus grande originalité résidant dans sa situation au bord d’un fleuve qui peut la submerger dans ses plus fortes colères. Et, comme toutes les villes de France, elle fait l’objet des attentions des édiles locales, des urbanistes visionnaires, des promoteurs immobiliers et de divers spéculateurs cherchant à convaincre les populations qu’une rénovation urbaine bien conduite pourrait donner meilleure mine à la cité, offrir des conditions de résidence plus confortables et plus agréables aux habitants dans ces quartiers désuets, peu attractifs où l’hygiène n’est pas toujours reluisante. Celui de La Fuye attire plus particulièrement l’attention de tous ces gens, c’est un quartier qui n’a pas beaucoup changé depuis la guerre et ses bombardements, un lieu bien situé mais délabré, peuplé de personnes âgées et de gens peu fortunés notamment d’anciens cheminots qui travaillaient dans les ateliers proches.

 

Un promoteur, de connivence avec le maire, tente  de racheter les maisons et les commerces de La Fuye pour créer un quartier moderne, capable de séduire les bobos, les nouveaux riches qui cherchent un certain confort tout en exhibant leur nouvelle richesse. « La Fuye, nouveau quartier bobo de la ville, des tarifs bas alors que le centre est si proche, une vie de village avec sa vieille école et ses marronniers autour de la place, ses deux marchés hebdomadaires avec des maraîchers et du fromage local ». Il a surtout flairé l’occasion de réaliser une belle plus-value.

 

Mais La Fluye, ce n’est pas seulement un quartier désuet et de moins en moins salubre, ce sont aussi ses habitants, des résidents souvent enracinés ici depuis des décennies et qui ne souhaitent pas que l'on change leurs habitudes et leur cadre de vie. Pour évoquer cette tentative de mutation suggérée par ces quelques rapaces, Sylvie Dazy donne la parole, ou plutôt parle au nom de certains acteurs du dossier, habitants du quartier ou représentants des opérateurs immobiliers. Un cercle où tout le monde se connait plus ou moins. Ainsi fait-elle parler Louise, une assistante sociale, fille d’un cardiologue fortuné avec lequel elle n’arrive pas à s’entendre, Manon sa collègue de travail, petite amie de Théo employé par le promoteur pour acheter les bâtiments du quartier, Lucien, son grand-père décédé qui pourrait raconter encore bien des choses, Malik, le bistroquet, et certains autres encore. Chacun évoque son existence dans le quartier en laissant entrevoir ce qu’il pense de sa rénovation.

 

« La ville » donne elle aussi son avis mais c’est surtout Paul l’original du coin, Paul qui vit seul dans une petite maison où il héberge des animaux domestiques et stocke tout ce qui lui passe sous la main, le personnage central de l’histoire. Il ne jette rien, on le dirait tout droit échappé du célèbre roman d’E.L Doctorow : Homer & Langley, un parfait spécimen de la personne affectée du syndrome de Diogène. Il incarne, à la fois, l’écologiste le plus intégriste et le misanthrope le  plus absolu. « Je serai celui qui ne mange presque plus, un oisif sans désespoir, le philosophe des catastrophes conversant avec les morts mais bien plus vivants qu’il n’y paraît ». Ceux qui veulent changer la vie de La Fuye viennent ainsi buter sur l’enracinement le plus forcené.

 

Avec ce roman, Sylvie Dazy évoque les grandes questions d’urbanisme affectant les villes en France et ailleurs, et les problèmes d’écologie générés par la croissance démographique et la boulimie exponentielle des populations les plus riches de la planète. « L’histoire de l’Humanité, c’est l’histoire du gâchis. Moi je garde TOUT, Tout peut se réparer, s’offrir, se réemployer ». « L’indispensable est à portée de main, le reste est quelque part ». De la débâcle à l’embâcle : une vision cataclysmique de l’avenir de la planète à travers le possible devenir 'une petite ville.


Denis BILLAMBOZ

 

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