Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
19 octobre 2020 1 19 /10 /octobre /2020 08:46
Le ciel sous nos pas de Leïla Bahsaïn

Leïla fait partie de cette génération à cheval sur deux cultures et confrontée aux interdits de l’une et de l’autre. Dans ce texte, elle dénonce ceux qui profitent de cette situation et prouvent qu’avec un peu d’opiniâtreté, un minimum d’instruction et beaucoup de courage, il est possible de trouver sa place dans les deux sociétés.

 

 

Le ciel sous nos pas

Leïla Bahsaïn (1982 - ….)

 

 

Cette histoire, inspirée peut-être de celle de l’auteure, raconte la vie qu’une jeune fille marocaine a menée entre la Place de la Dame Libre, où elle résidait dans une ville du nord du Maroc, et la cité des Petits Nègres où, après le décès de sa mère, elle échoit  auprès de sa sœur dans la région parisienne. La vie entre la liberté que sa mère célibataire revendiquait malgré les contraintes sociales et religieuses imposées par la société marocaine, et la vie dans la discrimination qu’elle a découverte à Paris, dont elle avait longtemps rêvé et qu’elle considérait comme le « nombril du monde ».

 

L’auteure raconte sa mère, femme libre, trafiquante, éducatrice sévère, intraitable sur l’instruction et sa sœur très vite mariée avec un jeune homme de l’émigration qui l’emmène de l’autre côté de la Petite Mer. Elle était bonne fille et bonne élève mais n’était pas très obéissante, elle se permettait des libertés que la mère n’aurait jamais acceptées. La mort, de cette dernière, l’oblige à rejoindre sa sœur qui réside dans un quartier populaire. Elle découvre alors la vie dans les cités parisiennes ou de la proche banlieue, sans se laisser intimider, toujours aussi déterminée et décidée à s’en sortir grâce aux  études. Il lui faut alors conjuguer les règles du quartier, de la communauté et de la société avec ces fichus hormones que les filles doivent maîtriser mais que les hommes peuvent laisser déborder. Elle croit cependant en la liberté même si « la liberté ne se vend pas sur un rayon de supermarché non plus. La liberté se gagne et se paye à la sueur du corps ».

 

Cette histoire, en partie autobiographique, décrit une société où la politique et la religion sont étroitement mêlées sans jamais  pouvoir définir leurs territoires et compétences respectifs. D’autant plus que la société de consommation à outrance, qui sévit au Maroc comme ailleurs, perturbe encore plus les mœurs et les coutumes. Cette confusion, les expatriés et les migrants l’ont transportée dans les cités où ils ont été entassés sans autres formes d’intégration. C’est l’histoire de la débrouille, du fort contre le faible, mais aussi celle de l’intégration par l’instruction et la culture et, hélas, aussi celle de la manipulation des faibles et des incultes par les extrémistes. Triste sort des pays et des cités où « On vous sert une éducation dépouillée de toute culture, … ! On vous enfonce dans le culte de la consommation et on vous enferme dans une pensée prête à porter ».

 

Leïla rédige son texte avec verve, gouaille, humour, dérision, évoquant le langage imagé, vif, rapide des cités, les formules fulgurantes fusent à longueur de pages, mais elle les enrobe dans une belle culture littéraire, elle connait ses classiques, elle connait la langue et ses formules de style, j’ai remarqué quelques allitérations et zeugmes fort bien venus. Leïla ne fait aucune concession, elle dit ce qu’elle voit, ce qu’elle vit, ce qu’elle pense, la réalité de la situation que les émigrés connaissent aujourd’hui. Elle ne cherche pas à défendre l’un ou l’autre, elle dénonce  ce qui ne marche pas, elle réfute  les faux semblants et hypocrisies d’où qu’ils viennent. Elle n’évoque qu’une croyance, celle en l’instruction qu’elle dévoile en évoquant son investissement pour l’alphabétisation des femmes dans son pays natal. « Chaque écrivain est un poète qui livre une vérité du monde. Le mot écrit n’a rien à voir avec le mot dit. Le mot dit est volatil, il bascule vite dans la grande consommation et le fast-food ».


Denis BILLAMBOZ


Pour consulter la liste de mes précédents articles, cliquer  ICI


RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL


 

Le ciel sous nos pas de Leïla Bahsaïn

Partager cet article

Repost0

commentaires

Présentation

  • : Le blog interligne d' Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • : Grâce au pouvoir des mots, une invitation à voyager sur les lignes et interlignes.
  • Contact

TEXTE LIBRE

 4016234704 (Small)

Un blog qui privilégie l'évasion par les mots, d'abord, par l'imaginaire...toujours.

LES MOTS, nous les aimons pour eux-mêmes, leur sonorité, leur beauté, leur velouté, leur fraîcheur, leur hardiesse, leur insolence, leur curiosité, leur dureté, leur volupté, leur rigueur.
Différemment des notes et des couleurs qui touchent d'abord notre sensibilité, ils ont vocation à transmettre, informer, émouvoir, expliquer, séduire, irriter, formuler les idées, forger les concepts, instaurer le dialogue.
Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

La vie doit être vécue en regardant vers l'avenir, mais elle ne peut être comprise qu'en se tournant vers le passé.

 Soëren Kierkegaard

 

Je réponds ordinairement à ceux qui me demandent raison de mes voyages : que je sais bien ce que je fuis, et non pas ce que je cherche.

   Montaigne

 

Veux-tu vivre heureux ? Voyage avec deux sacs, l'un pour donner, l'autre pours recevoir.
   Goethe

 

 MES DERNIERS OUVRAGES PUBLIES ( cliquer sur l'icône pour accéder à leur présentation )


1184097919 profil de la nuit  2851620614

les signes pourpres  3190-NEL i 978-3-8417-7335-7-full

 

SI VOUS PREFEREZ LES IMAGES et le 7e Art, RENDEZ-VOUS SUR MON BLOG : 

 

Bannière pour Armelle 1 

 

ET SI VOUS AIMEZ LES ANIMAUX, RENDEZ-VOUS SUR " MEMOIRE D'EAU" :

 

P1080160.JPG

Recherche