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6 octobre 2020 2 06 /10 /octobre /2020 15:14
Pourquoi ai-je choisi la poésie ? Pour excéder le rêve ou  aggraver l'énigme ?

Au commencement était la poésie. Elle a illuminé mon enfance et, dès que j'ai su écrire, elle a été mon premier lieu d'expression, ma terre d'accueil et une évasion privilégiée pour l'enfant unique que j'étais, souvent livrée à la solitude. A 18 ans, alors que je suivais les cours de l'école du journalisme, je rédigeais Terre Promise que l'année suivante j'osais lire à mon père. Ce dernier m'encouragea à adresser le manuscrit à des éditeurs. C'est ainsi que je fis mes premiers pas dans le monde littéraire. J'avais 20 ans.

  

TERRE PROMISE      Ed. REGAIN 
 

Ce long poème a charge de rendre compte du regard qu'une adolescente pose sur le monde et la vie, d'énoncer l'interrogation qui se précise, d'exprimer le duo, quasi inséparable, de l'inquiétude et de l'enthousiasme. Comment naître à soi, comment se réapparaître dans le miroir trompeur où les apparences mènent le bal ? Apparences qui nous résument si mal que l'enfant -poète préfère jeter la sienne dans le fleuve, afin qu'elle coule avec la ville et ses bruits. Créer, n'est-ce pas d'abord se créer ? L'adolescente sait également que l'on ne peut exister sans les autres, qu'on ne se sauve pas seul. Terre Promise ne se réduit pas à une quête égocentrique du soi, mais se veut une quête de soi dans le regard de l'autre. Le qui suis-je devient alors le qui suis-je pour l'autre ? Ou mieux : puis-je être sans l'autre ?

 

" Je regarde cette rue de village
 Où erre la lueur vagabonde
 Et ce chat maudit perdu sur la chaussée
 Devenue immense,
 Sanctuaire d'ombre et d'épouvante.
 Je regarde les façades closes, lisses et immobiles,
 Et je me regarde marcher seule, toute seule,
 Mon pas inscrit des révoltes.
 J'irai au bout de la rue
 Et je serai au bois obscur,
 Là où prophétisent des dieux de mousse
.

 Je me réfugierai dans l'insouciance
 Et les cloches des villages
 Blasphémeront horriblement.
 La musique de foire fait pleurer
 Et les hommes, dans la plaine, marchent
 Comme des géants.
 C'est l'heure des tavernes magiques
 Et des prières basses
 Et c'est le grand soir de la fin du monde.
 Les routes ont mêlé leurs origines
Et l'horizon a confondu les éléments.
Je me suis assise sur un banc
Derrière Notre-Dame
Et je regarde passer la Seine.
Je me souviens alors de t'avoir rencontré.
Je suis de celle pour qui le soir est un retour."

 

Ce poème a été entièrement repris dans  PROFIL DE LA NUIT  ( voir plus bas comment se le procurer )


 

INCANDESCENCE       Ed. St GERMAIN- des-PRES  (1983 )   

                                          

Ce recueil cherche à replacer l'homme dans sa dimension spirituelle.
Confronté à la guerre, à l'usure du temps, il est gagné par le sentiment de l'irrémédiable. Ces poèmes sont empreints d'une grande mélancolie. Ce, d'autant plus, que le silence de Dieu  ajoute encore au doute qui étreint le poète. Jusqu'à ce que la parole humaine, retrouvée neuve au fond de l'irrémédiable, s'identifie, sans  se confondre, avec la parole divine. Un espoir vague est alors proposé aux hommes que nous sommes, secoués dans les tempêtes et les ténèbres de l'Histoire.  Car, au-delà ou en-deçà de la Parole retrouvée demeure la Source de la Parole et, de façon ultime, la source de toute parole divine et humaine.

 

O terre, il était écrit dans le livre sacré
à la page où se lèvent les aurores
que tu serais pour le promeneur attardé
un havre de repos et de paix
un lieu privilégié, un jardin
où les fleurs par grappes s'épandent
Où agenouillés dans l'intensité de nos prières
nous accordons nos coeurs et nos pensées.


O terre que ravinent fleuves et affluents,
cluses profondes et rides altières à ton front,
Tu fermentes les germes de tes phantasmes
et tes marnes te font l'haleine mauvaise.
Tu as l'âge de tes fièvres et de tes cancers.


Homme, ô homme, sauve-toi de ton humanité.
C
e vêtement étroit te rend le coeur amer.
La terre te fut donnée comme un poste avancé
aux confins des déserts, au centre le plus au centre
du cosmos ramassé sur cette seule pierre.
Ton esprit sur les flots se devait de souffler
et les villes naissaient comme autant de sanctuaires.
Des prières savantes aux lèvres pharisiennes
se brodaient d'adjectifs et de superlatifs.
Les pauvres se taisaient.


Peuple, il n'est plus de larmes pour pouvoir te pleurer,
il n'est plus de révolte pour vouloir te venger.
Les semailles formeront de grandes gerbes d'or,
les épis moissonnés feront vide le champ
et le grand chant du monde ne sera pas chanté...

 

  

LE CHANT de MALABATA                                                                 

Ed. Guy CHAMBELLAND / LE PONT de l'EPEE  ( 1986 )
    Couronné par L'ACADEMIE FRANCAISE en 1987
Réédité par LES CAHIERS BLEUS en 2001
Interprété au château du BARRY à LOUVECIENNES en
Mai 1987.

 

Au commencement, rejeté par la vague océane, Malabata, l'Adam éternel, gît, vassal de la terre et de la nuit. Seul. Des ténèbres qui embrument son âme, il cherche à percer le mystère. Il appelle et croit entendre :  Un pas léger, un glissement sur le sable / Quel coeur m'appelle, quel coeur semblable ?  Quel homme n'est pas en attente d'un ailleurs idéal, qui ne soit pas seulement un rêve ou qui ne déçoive pas son rêve le plus ardent ? Or voici que  dans l'aurore radieuse et  l'envol blanc des mouettes belliqueuses - une femme s'avance. Elle se nomme Géha. L'homme la découvre, la contemple. L'amour comme un parfum s'épand ou plutôt comme une haute vague s'élance. Et Géha,  femme aux rives immortelles, l'accueille. L'amour éclate dans toute sa plénitude et le secret de la chambre nuptiale. Mais, déjà, la nouvelle Eve a compris que cette offrande ne suffirait pas à combler leurs âmes exigeantes. La lumière s'attise à de plus hauts flambeaux...Ensemble nous dépasse(rons ) nos visions éphémères. Car Géha n'est pas seulement l'épouse de Malabata, elle est aussi la Femme éternelle, voulue par Dieu pour accomplir la promesse de l'amour ... à la fin des Temps. L'homme ne le comprend pas. Il s'afflige et se révolte de cet  amer exil  qui le mutile dans sa chair, avant que ne viennent l'apaisement et la célébration de la beauté.  Cet embrasement, surgi du tréfond de lui-même, va lui ouvrir les yeux sur  l'aurore nouvelle et la finalité d'un amour qui dépasse de beaucoup la finitude de la condition humaine.

 

Je t'ai couchée ce soir dans ma mémoire
et ton sommeil oscille, douce lumière qui veille.
Tes paupières ont enclos l'infini sous leurs ailes,
je me délecte à la seule vue de ta beauté.
Sur la vie tu règnes, plus faste qu'un été,
irradiant de fraîcheur une terre assoiffée.
Songeuse, tourne un peu ton visage.
Mais tu dors ? Oui, repose, qu'à tes pieds
je puisse, sans te faire de tort,                                            
déposer mes présents de pure gratuité.
 
Je ne connais plus la couleur de tes yeux,

ouvre-les un instant, un instant pour nous seuls,
que je m'y perde un peu et que je me souvienne.
Ton regard, rends-le moi, l'éternité y coule
lentement ses eaux bleues.
Pour un pacte d'amour qui n'a plus de durée,
je romps le cercle de servitude
où notre histoire s'enlise et où l'ingratitude                     
cueille les fleurs pauvres de l'infidélité.
Vers quelle source obscure en moi-même supposée,
remonterai-je en vain ?
Quelque chose se déchire, se brise à tout jamais,
une écluse relève ses vannes de tristesse
et libère mon être de sa charge de doute et de perplexité.
  

 

       Chant de Malabata - Stance III 

  

Ce poème a fait l'objet d'une lecture radiophonique et d'un spectacle au château du Barry de Louveciennes en 1986.

 

 LE CHANT DE MALABATA a été entièrement repris dans PROFIL de la NUIT.

 

 

CANTATE POUR UN MONDE DEFUNT

 

Editions des Cahiers Bleus / Librairie Bleue 1991

 

Poème lyrique, il raconte l'épopée des hommes en quête de destin. La terre, qu'ils ont aimée et cependant réduite à n'être qu'une hôtesse servile, retrouve - grâce à la parole innovante du poète - sa virginité native et redevient le lieu de toutes les mémoires, de toutes les promesses. Si bien qu'à bord de cette terre, soudainement détachée du Vieux Continent, s'effectue le passage salvateur entre l'ancien et le nouveau monde.

  

Vint le poète,
celui qui habitait sur l'autre rive,
le colporteur de mots, le convoyeur de songes.
Il connaissait les mystères du langage,
les messages des vents,
des eaux la pente au dur partage.
Il ouvrait une faille à la mémoire,
sondait l'invisible et les âmes.
Il arguait sur le devoir,
sur la souffrance et sur le mal.
Cet homme parlait de ce qu'il savait,
des vendanges, des moissons et des semailles.

Il venait de l'autre rive,
celle minérale et réflectante et aveuglante du désert.
Il y avait marché longtemps
dans les oscillations des dunes et des nuages,
le poudroiement de l'or et des étoiles,
à l'écoute de l'ample choeur symphonique
des orgues de basalte et de grès.
L'écho du vent tissait ses vocables
dans ce décor rendu à son épure d'éternité.
Il avait connu aussi la marche lente des caravanes
et les ergs
et la méditation grave de l'espace.

Il parlait une langue
qu'aucun des hommes présents
ne se souvenait avoir entendue, nulle part.
Ni dans les colloques des princes,
ni dans les grands amphithéâtres,
ni même dans les conclaves...
Peut-être en avaient-ils saisi des bribes
dans le murmure plaintif des galets.
Et cet homme avouait :

je suis venu assumer l'inexprimable. 

( ... ) 

Je vous prends tous à témoins,
amis et frères, entendez-moi !
Ne vous est-il jamais arrivé, un soir,
en remontant dans les vibrations de l'herbe
et le chant mélodique des cigales,
de l'avoir contemplée dans la jubilation du pampre,
la blancheur des amandaies,
elle, la bien-aimée des hommes,
elle, la belle épouse féconde,
terre qui n'était point de jachère
mais terre à blé, terre d'amarante,
façonnée dans l'argile simple du rêve
et qui se présentait à vous dans le rythme des combes,
le vallonnement des courbes pleines,
les hauts plateaux qui lui faisaient l'épaule ronde,
l'allure altière et sa tête rejetée dans les nuées.
Fiancée de l'universel, l'âpre désir à cette approche,
ce renouement aux flancs qu'enfièvre le temps seul.


 ( ... )

Passé le dernier amer, le dernier cap,
la salutation des astres,
ils allaient selon l'allure du vent,
à son amble,
portés par les bras de la terre en croix,
portés par la lame intarissable de l'histoire.

 

Pour se procurer l'ouvrage, cliquer    ICI

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