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30 septembre 2013 1 30 /09 /septembre /2013 07:38

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Encore un livre qui évoque, plus de cinquante ans après, la lourde chape de silence qui s’est abattue sur la plupart des familles allemandes après la deuxième guerre mondiale, laissant toute une génération devant une montagne de questions très douloureuses. Victime de ce non dit, Uwe Timm essaie de comprendre pourquoi son frère a choisi de s’engager dans la pire troupe du deuxième Reich, comme moi, à travers mes lectures, j’essaie de comprendre comment un tel régime à pu exister dans un grand pays comme l’Allemagne.


 

A l’exemple de mon père

Uwe Timm (1940 - ….)

 

Plus d’un demi-siècle après la mort de son frère aîné sur le front russe, après le décès de sa mère, Uwe Timm peut enfin évoquer la disparition de ce frère âgé de seize ans de plus que lui qui s’était engagé dans la Waffen-SS et qui lui manque tellement. Ce livre témoignage montre une nouvelle fois le profond malaise ressenti par les enfants allemands, nés pendant et après la guerre, qui  peinent tant à savoir ce qu’ont été et ce qu’on fait leur père, leur frère, leur oncle,… dans la triste épopée nazie. « Pour la génération des pères, la génération des protagonistes, vivre c’était raconter ou, au contraire, passer sous silence. » Ils ont eu droit, dans la plupart des cas, à la chape du silence.

 

Uwe Timm n’obtient qu’au décès de sa mère un carnet de notes succinctes écrites par son frère avant de mourir en Ukraine en 1943. Avec ces notes, quelques lettres rédigées par son frère, son père ou sa mère, quelques confidences récoltées, quelques témoignages arrachés dans son environnement, il essaie de reconstituer ce que fut la vie de soldat de son frère, son niveau d’engagement dans la funeste division Totenkopf, son niveau de responsabilité.


Né en 1940, après une sœur totalement délaissée, ce n’est qu’une fille inutile, et un frère pas très viril qui fait cependant tout ce qu’il peut pour satisfaire son père qui, lui, s’est engagé dès le début des années vingt dans les corps-francs, Uwe reconstitue la vie de son père, de sa mère, de son frère, de sa sœur, de sa famille pour essayer de déceler ce qui a pu conduire ce frère adulé à s’engager dans l’une des plus sinistres divisions de la Waffen-SS. « Mon frère, c’était le garçon qui ne mentait pas, qui marchait toujours droit, qui ne pleurait pas, qui était vaillant, qui obéissait. Le modèle. » Sa mère n’aime pas la guerre qui lui a pris son fils mais est sensible au prestige de l’uniforme, la sœur est morose et lui n’est pas apprécié par son père parce qu’il n’est pas un enfant viril comme son grand frère essaie de l’être. Une famille nazie ordinaire qui se pose toujours la même question : « Que se serait-il passé s’il ne s’était pas engagé dans la SS ? » « La Wermacht, c’étaient les soldats qui n’avaient fait que leur de voir. Ceux de la Waffen-SS avaient fait plus que leur devoir. »


Ce livre pose clairement, et sans aucune concession, le problème de la responsabilité collective du peuple allemand. « Presque tous ce sont détournés et tus lorsque les voisins juifs ont été cueillis à leur domicile et ont disparu comme par enchantement, et la plupart se sont tus une autre fois, après la guerre, lorsqu’on apprît où l’on avait fait disparaître les disparus ». «On ne le savait pas – on n’avait pas voulu le voir, on avait détourné les yeux». Chacun fuit, du plus humble des mortels au Feldmarschall, devant sa part de responsabilité : la fameuse contrainte des ordres qu’il faut bien exécuter et qui convenait si bien aux faibles qui avaient envahi les postes à responsabilité, ne connaissant que l’obéissance aveugle, jusque dans leur vie intime, incapable de mettre en cause la parole du chef. Cette médiocrité qu’Hannah Arendt avait si bien comprise au procès d’Eichmann, mais aussi cette « … propension à relativiser sa propre faute, à se décharger de sa propre culpabilité sur les vainqueurs, à faire d’eux des complices. ». La dictature de l’obéissance leur a servi d’impunité. « En vertu de cette contrainte, les meurtriers de masse purent courir librement après la guerre, redevenir juges, médecins, policiers, professeurs. » Alors que le courage aurait été de ne pas obéir à des ordres ignobles et de refuser de commettre l’horreur malgré les risques encourus.


Et quand l’horreur devient banalité quotidienne, chacun fuit sa responsabilité, il ne reste aux familles qu’à mesurer le degré d’implication des leurs dans l’accomplissement de l’abomination, seulement un problème d’échelle de gravité dans la mesure de l’ignominie. Et quand le frère met un terme définitif à son journal, on comprend qu’un échelon dans l’indicible a été gravi : « Je mets ici un terme à mon journal, estimant absurde de rendre compte de choses aussi atroces que celles qui se produisent parfois. »


Denis BILLAMBOZ

 

Pour consulter les listes de mes précédents articles, cliquer sur les liens ci-dessous :

 

Liste des articles "Les coups de coeur de Denis "

 

Liste des articles : LES VOYAGES LITTERAIRES DE DENIS

 


 

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES COUPS de COEUR de DENIS
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commentaires

"Denis.Billamboz 08/10/2013 22:03

Salut Pascal,

Excuse mon retard mais j'ai fait un détour dans la grande région parisienne, je ne suis rentré que ce soir. C'est un plaisir de te retrouver ici.

Ce livre soulève un problème resté longtemps dans l'ombre, les enfants de la guerre n'ont pas connu, en général, les états de service de leurs parents, et beaucoup se demandent ce qu'ils ont fait,
jusqu'où ils ont plongé dans l'horreur. Ils restait peu d'hommes valides et il y avait un pays à reconstruire alors les parents se sont tus, il a fallu attendre la fin du siècle pour soulever un
coin du voile et découvrir certaines choses restées secrètes.

Ce problème est crucial pour certaines familles, j'en reparlerai plus tard, en attendant amitiés à toi et à ta famille.

Pascal 03/10/2013 13:46

Salut Denis,

En général lorsque tu parles avec un Allemand d'après la guerre, il se garde bien d'aborder le sujet et pour cause, il est un citoyen de la nouvelle Allemagne forte et rassurante. Quant aux autres,
qui sont âgés aujourd'hui, c'est le black-out, une mauvaise conscience ou une inconscience je ne saurai dire mais cela cache un réel malaise.Je note ce livre que je vais essayer de me procurer car
cela m'intéresse.
A + Denis. Porte-toi bien et bravo pour tes articles qui nous tiennent au courant de la production actuelle.

Denis Billamboz 30/09/2013 14:26

Depuis très longtemps, j'essaie de comprendre comment le peuple allemand a pu vivre une telle horreur, quelle est la part qui lui est imputable. J'ai ainsi découvert un autre aspect cette question
concernant ceux qui sont nés juste avant, pendant ou après la guerre qui, devenus adultes et ayant fait leur vie, ce sont un jour demandé ce que leurs parents avaient fait pendant la guerre. Le
couvercle est resté longtemps fermé et ce n'est que vers la fin du XX° siècle que certains ont posé officiellement cette question dans la presse et dans la littérature. Les réponses sont rarement
venues et elles ont été parfois très dures à entendre.

armelle 30/09/2013 13:32

Oui, Edmée, cela a été très pénible pour certains. Je me souviens lorsque nous étions en Allemagne, de passage dans la famille qui recevait notre fils qui avait pris pour première langue
l'allemand, combien ce jeune couple, qui n'était pas né à l'époque de la guerre, nous disait leur honte et leur souffrance en évoquant le passé récent de leur pays. Cela leur empoisonnait la
vie.Nous évitions d'en parler évidemment, mais eux semblaient obsédés par cela.

Edmée De Xhavée 30/09/2013 10:26

J'ai souvent pensé à cet héritage effroyable que les Allemandes de mon âge ont reçu...

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