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28 octobre 2013 1 28 /10 /octobre /2013 08:43

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           VIDEO D'APOSTROPHES de Bernard PIVOT

 

 

Ce livre a été pour moi un moment de lecture très émouvant qui décrit, en un texte relativement court mais très beau, le drame que fut, et est encore pour certains, la vie en Algérie depuis la fin de la dernière guerre mondiale et les premiers soulèvements contre la colonisation.

 

 

Adieu ma mère, adieu mon cœur

Jules Roy (1907 – 2000)

 

C’était un 2 novembre, quand les gens vont fleurir les tombes des leurs, en 1994 ou en 1995 ou une autre année au début de cette décennie - il ne se souvient plus exactement que, Jules Roy, au soir de sa vie, en ayant marre de ne pas pouvoir fleurir la tombe de sa mère et de ceux qu’il avait laissés dans les cimetières algériens, décida, sous le coup de la colère, de retourner dans son pays natal malgré les dangers que cela représentait à cette époque- là.

 

Et c’est ainsi qu’il retrouvera Alger, Alger la blanche, Alger la putain, transformée par trente années d’indépendance et de guerre civile qui ne voulait pas dire son nom mais bien visible dans les rues envahies de policiers en armes et obstruées de barrages. Le FIS, le GIA, les islamistes, les barbus, les ninjas rivalisaient de violences et de cruauté, massacrant à tour de kalachnikovs des innocents sans raison, pour des causes futiles et même simplement pour le symbole qu’ils pouvaient représenter à leurs yeux. Les journalistes et les représentants de la moindre once de culture occidentale étaient des victimes de choix. Alger et sa région étaient devenus le terrain de jeux mortifères des ninjas et des barbus qui rivalisaient de cruauté et de sadisme.

 

La première et certainement la dernière fois que Jules Roy a pu se recueillir, sous la protection de la police, sur la tombe de sa mère et des siens après l’indépendance. Un dernier pèlerinage, avant la fin de sa vie, pour retrouver sa mère, son vrai père, celui qui lui a donné son nom, son frère consanguin, son frère utérin, l’oncle Jules, la grand-mère, la famille, les amis et Meftah, celui qu’on n’entendait jamais mais qui était toujours là quand on avait besoin de lui. Et surtout les souvenirs, un afflux de souvenirs, issus de l’enfance, de l’adolescence, des événements, de l’indépendance, de la fracture, des erreurs, des honneurs, du deuil jamais fait.

 

Un océan de nostalgie, un voyage dans le temps où l’Algérie était française, dans la famille de Jules Roy, dans l’histoire des relations franco-algériennes, dans un pays prospère où les colons méprisaient, le plus souvent les autochtones, où un fossé séparait déjà les deux communautés. Camus avait choisi sa mère au détriment de la justice, Jules Roy a choisi la justice, sa mère méprisait les bicots, « les troncs de figuiers », il s’excuse sur sa tombe de lui avoir donné tort mais il ne pouvait pas la suivre dans ses errements, il avait vu la guerre en Indochine et avait alors décidé d’abandonner l’armée sans cependant accabler ses compagnons d’armes. Les Arabes ont participé aux deux grandes guerres mais ont toujours été traités avec condescendance et mépris et la réconciliation et la fraternité n’ont jamais été possibles. Les deux communautés vivaient, et vivent encore, un amour impossible, une passion dévorante, une cohabitation et une séparation tout aussi impossibles. « Elle avait tort, ma mère, d’accabler les Arabes avec les mots qu’on employait dans toute ma famille et chez presque tous les colons d’alors ».

 

Avec son écriture brève, rapide, précise, juste, Jules Roy nous lègue, en héritage, dans ce livre-testament, un bilan synthétique d’un demi-siècle d’histoire franco-algérienne où le peuple algérien ne trouva jamais la paix car, comme disait sa mère : « Ils jouissent de voir le sang couler ». Le testamentaire pense, lui, que la responsabilité de la dégradation du pays incombe prioritairement à la colonisation, aux colons et au pouvoir corrompu qui a pris la suite. Il veut croire en un autre avenir même s’il a vu ces jeux morbides, qui dévastèrent le pays, trouver ensuite leur prolongement dans les violences de nos banlieues. La présence prégnante dans ses souvenirs de Camus, Amrouche et quelques autres intellectuels qu’il a fréquentés lorsqu’il était jeune en Algérie, l’incite à plus d’optimisme. Camus lui a fait découvrir l’homme arabe alors que Amrouche, précise-t-il, lui a appris à écrire.

 

Mais voilà qu’au début des années quatre-vingt-dix, quand Jules Roy accomplissait son pèlerinage, les extrémistes musulmans s’étaient dressés contre le pouvoir corrompu et, ensemble, s’étaient livrés à la destruction de ce qui restait du pays après la guerre d’indépendance et les exactions qui en ont découlé. Ce pays, qui était un véritable joyau et devait devenir un état riche, fut vidé de tout ce que l’Occident lui avait apporté, même l’instruction. Ainsi les Islamistes ont-ils ajouté les ruines aux ruines, l’obscurantisme à l’ignorance, la cruauté à la violence. « Pour les imams du FIS, les femmes existent pour fabriquer des futurs chômeurs que Dieu emploiera à tuer ceux qui ne se conforment pas aux préceptes de la religion. » Et, un jour « Dieu montrera qu’Il est puissant et le seul Dieu, et les machines volantes, réduites en monceaux de ferrailles brûlantes avec passagers et pilotes carbonisés, chanteront la gloire du Tout-Puissant. »

 

Un instant tenté par l’OAS afin d’éviter la fracture définitive, Jules Roy a fait le pari de l’humanisme, espérant que Français et Algériens pourront un jour proclamer comme Jean Amrouche, le poète : « La France est l’esprit de mon âme. L’Algérie est l’âme de mon esprit. »

 

Denis BILLAMBOZ

 

Pour accéder à mes précédents articles, cliquer sur les liens ci-dessous :

 

Liste des articles "Les coups de coeur de Denis "

 

 

Liste des articles : LES VOYAGES LITTERAIRES DE DENIS

 

 


 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES COUPS de COEUR de DENIS
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commentaires

"Denis.Billamboz 29/10/2013 12:51

Je l'ai découvert en passant par Taos Amrouche qui m'a fait rencontrer, littérairement, Jean Amrouche et Jules Roy avec Camus que je connaissais déjà, une belle phratrie. J'ai beaucoup apprécié ce
livre, plein d'émotion, qui propose une réflexion très intéressante sur la question algérienne jamais soldée.

Belle journée Armelle.

armelle 29/10/2013 10:59

Merci à toi Denis d' avoir consacré ce bel article à un écrivain altier et à la plume élégante mais combative. "Une oeuvre de soldat entièrement écrite par un esprit démobilisé". C'est très juste.
Roy avait été séminariste et militaire. Toute sa vie, il fut déchiré par les multiples conflits du XXe siècle et incapable de farder sa vérité, faisant preuve d'une honnêteté pamphlétaire qui ne
fut pas toujours du goût de tout le monde. J'ai lu autrefois "La femme infidèle" et son livre sur Vézelay dont il était devenu l'ermite.Les guerres d'Indochine et d'Algérie furent les deux drames
de son existence.

"Denis.Billamboz 28/10/2013 18:46

Merci Armelle pour cette superbe illustration sonore, c'est rare de pouvoir mettre un tête et une voix sur un texte.

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