Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
24 août 2011 3 24 /08 /août /2011 19:49

1217845447_alexandre-soljenitsyne.png    1918 - 2008

 

 

Par sa vie consacrée au service de la littérature, Soljenitsyne a été tout ensemble un témoin et un prophète.

 

C'est dans la nuit du 3 au 4 août 2008, dans sa datcha des environs de Moscou, que l'écrivain dissident Aleksandr Soljenitsyne a quitté à jamais l'empire des ombres, victime d'une insuffisance cardiaque. Alors que Hegel, Marx, Nietzsche avaient proclamé la mort de Dieu, que les campagnes russes, puis celles de Chine, de Cuba, du Cambodge avaient entériné la mort de l'homme, une voix s'était élevée dans le silence préservé par le rideau de fer, celle d'un homme qui venait d'échapper à l'enfer du goulag et entendait s'exprimer au nom des millions de victimes que le régime totalitaire soviétique venait de perpétrer en toute impunité. Et cette leçon ne devait pas valoir que pour l'indicible horreur de l'Est, elle allait s'appliquer au stupide bonheur de l'Ouest, à la sotte idolâtrie de l'Occident "qui confondait les biens et le Bien, l'argent et l'ordre, la jouissance et l'honneur", nous dit Jean-François Colosimo. Ce Dante des temps nouveaux, comme le nommait Philippe Sollers, a tour à tour enthousiasmé et irrité l'Occident, simplement parce qu'il refusait les opinions courantes, les consensus de bon aloi, les banalités médiatiques. Partout où il est allé - et aux Etats-Unis en particulier - il a dénoncé la violence révolutionnaire( parce qu'elle déchaîne les instincts de la plus élémentaire barbarie ) et exalté le courage, l'humilité, tout en rappelant les sages vertus qui concourent à la conception et l'organisation de la vie.

 

C'est probablement là que se trouve la source du malentendu entre l'écrivain et ses contemporains. Les uns ne voulant pas admettre que le communisme asservissait et détruisait l'homme, alors que Soljenitsyne - même s'il ne fut pas le premier - s'employait  avec L'archipel du goulag à l'ébranlement décisif de ce régime, ce qu'ils ne lui pardonnèrent pas. Quant aux autres, qui auraient aimé voir l'écrivain se transformer en un chantre du libéralisme, ils ne purent qu'être déçus lorsque celui-ci dénonça l'affaiblissement moral, l'hédonisme matérialiste, la sous-culture marchande qui rongeaient déjà implacablement notre société occidentale. D'autant plus que l'écrivain, fervent chrétien ( ce qui là encore ne plaisait pas à tout le monde ), conscient que le temps de la vérité est un temps qui prend du temps, appelait à la compassion, à la modestie, à la fraternité, à la patience, à l'endurance et à l'aptitude au repentir. Tout ce qu'il fallait de nos jours pour en agacer plus d'un ...

C'est précisément cette illusion qu'il serait possible de régénérer et modifier l'homme qu'il a combattue. La soudaine disparition de cet homme-là dans l'homme russe, mais tout aussi bien dans l'homme universel, est le sujet central de La roue rouge. Dira-t-on alors qu'en voulant réhabiliter l'homme dans sa pleine dimension humaine, il a cédé à une sorte d'anti-intellectualisme ou, qu'au contraire, il a lucidement repéré une faiblesse de l'intelligentsia ? Je crois que la réponse est positive et que les générations à venir puiseront dans son oeuvre immense de quoi alimenter leur réflexion et éclairer leur route, tout en confirmant leur avenir.

 

Né le 11 décembre 1918 à Kislovodsk (Russie), Alexandre Issaïevitch Soljenitsyne passa son enfance à Rostov-sur-le-Don, au sud de la Russie, où il fit des études de sciences et de lettres, avant d'être mobilisé pendant la seconde guerre mondiale et de servir comme capitaine d'artillerie. Puis il sera instituteur avant d'être arrêté et condamné aux camps de travail pour complot anti-soviétique, à la suite d'une lettre destinée à l'un de ses amis, où il osait plusieurs remarques irrespectueuses à l'intention de Staline, surnommé "l'homme à la moustache". Soljenitsyne y laissait entendre également que le gouvernement de l'URSS et Staline lui-même portaient une plus grande responsabilité que Hitler dans les ravages causés par la guerre au peuple soviétique. C'est ainsi qu'il passera sept ans dans les steppes interdites du Kazakhstan, puis trois ans en exil intérieur en Asie centrale. Il relatera son expérience du goulag dans un court roman, Une journée d'lvan Denissovitch, dont Khrouchtchev lui-même autorisera la parution en 1962, dans le but évident de prendre ses distances avec les abus de la période stalinienne. Cet ouvrage lui confèrera rapidement la notoriété.

 

Toutefois, après l'éviction de Khrouchtchev en 1964, Soljenitsyne est victime d'une campagne de harcèlement de la part du KGB et de dénigrement de la part de ses pairs qui l'expulsent de l'Union des écrivains soviétiques. Mais il continue à écrire tout en gagnant sa vie comme professeur de mathématiques dans la ville provinciale de Riazan. Il obtient le prix Nobel de littérature en 1970, alors que sa carrière littéraire débute à peine. Il ne sera pas autorisé à se rendre à Stockholm pour y recevoir son prix. Finalement déchu de sa nationalité, il s'exile d'abord en Suisse puis aux Etats-Unis.

 

Rescapé du goulag et du cancer ( il écrivit à ce propos Le pavillon des cancéreux ), l'écrivain a forgé son destin dans l'épreuve et la souffrance. Inspiré de Tocqueville, il croyait en la démocratie locale et au pouvoir associatif. Alors que certains le prenaient pour un nationaliste, il se voyait simplement comme un patriote conscient qu'il fallait un pouvoir central fort pour assurer la bonne marche d'un état. Auteur de près d'une quarantaine de livres, il est le continuateur d'un Tolstoï, dont il a la puissance et l'ampleur dans la vision historique. On a parlé de l'écrivain comme d'une grande conscience politique. Je préfère le considérer comme l'une des grandes consciences morales du XXe siècle, comme le fut Jean-Paul II, qui contribua avec lui à l'effondrement du totalitarisme marxiste, car la politique n'a ni conscience, ni morale. S'il avait apporté son soutien au Président Poutine, il n'avait pas hésité à dénoncer la guerre en Tchétchénie et s'inquiétait toujours du sort de ses compatriotes. Il n'était que trop conscient que la Russie était brisée moralement et socialement et que c'est toujours les humbles, les besogneux, qui tiennent à bout de force le monde sur leurs épaules.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

autres articles consacrés à des écrivains russes :

 

Fedor Dostoïevski ou la fraternité universelle

 

Léon Tolstoï : relire Guerre et paix

 

Boris Pasternak ou l'intensité tragique

 

Alexandre Pouchkine ou l'empire des mots

 

Et pour consulter la liste des articles de la rubrique LITTERATURE, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

Liste des articles de la rubrique LITTERATURE

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET - dans LITTERATURE
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog interligne d' Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • Le blog interligne d' Armelle BARGUILLET  HAUTELOIRE
  • : Grâce au pouvoir des mots, une invitation à voyager sur les lignes et interlignes.
  • Contact

TEXTE LIBRE

 4016234704 (Small)

Un blog qui privilégie l'évasion par les mots, d'abord, par l'imaginaire...toujours.

LES MOTS, nous les aimons pour eux-mêmes, leur sonorité, leur beauté, leur velouté, leur fraîcheur, leur hardiesse, leur insolence, leur curiosité, leur dureté, leur volupté, leur rigueur.
Différemment des notes et des couleurs qui touchent d'abord notre sensibilité, ils ont vocation à transmettre, informer, émouvoir, expliquer, séduire, irriter, formuler les idées, forger les concepts, instaurer le dialogue.
Ainsi nous conduisent-ils vers l'autre, l'absent, l'étranger, l'inconnu, l'exilé.

Parce qu'ils disent qui il est, comment est le monde, pourquoi est la vie, qu'ils gomment les distances, comblent les vides, dévoilent les énigmes, suggèrent le mystère, ils sont nos courroies de transmission, nos outils journaliers.

 

La vie doit être vécue en regardant vers l'avenir, mais elle ne peut être comprise qu'en se tournant vers le passé.

 Soëren Kierkegaard

 

Je réponds ordinairement à ceux qui me demandent raison de mes voyages : que je sais bien ce que je fuis, et non pas ce que je cherche.

   Montaigne

 

Veux-tu vivre heureux ? Voyage avec deux sacs, l'un pour donner, l'autre pours recevoir.
   Goethe

 

 MES DERNIERS OUVRAGES PUBLIES ( cliquer sur l'icône pour accéder à leur présentation )


1184097919 profil de la nuit  2851620614

les signes pourpres  3190-NEL i 978-3-8417-7335-7-full

 

SI VOUS PREFEREZ LES IMAGES et le 7e Art, RENDEZ-VOUS SUR MON BLOG : 

 

Bannière pour Armelle 1 

 

ET SI VOUS AIMEZ LES ANIMAUX, RENDEZ-VOUS SUR " MEMOIRE D'EAU" :

 

P1080160.JPG

Recherche