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18 décembre 2014 4 18 /12 /décembre /2014 10:51

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Il est à craindre aujourd'hui que le développement du numérique fasse perdre à l’art épistolaire l’importance qu’il avait jusque alors et que tout un pan de notre mémoire familiale et collective se voit réduit à quelques cartes postales rédigées à la hâte dans un style aussi télégraphique que les sms, aussi l'initiative de Shaun Usher de rassembler en une anthologie drôle, tragique ou incisive 125 lettres où se reflètent les joies, les drames et le quotidien de l'inconnu comme des grands noms de ce monde, est à saluer avec enthousiasme. En effet, que serait la littérature sans les lettres de Madame de Sévigné, de George Sand, de Flaubert, de Proust ; n'est-ce pas un pan entier de notre histoire qui aurait disparu, sans compter les lettres retrouvées de nos poilus qui ont été le témoignage le plus authentique de la guerre de 14, nous donnant à toucher du doigt et du cœur ce que furent ces années d’héroïsme dans les tranchées ?

 

 

L’idée de Shaun Usher mérite sans nul doute attention et  intérêt, tant ce beau libre est une mine de découvertes surprenantes, sorte de livre-musée de la correspondance, illustrant son charme à l’ancienne au moment même où l’art épistolaire s’évanouit sous nos yeux. Oui, celui-ci est bien un art à part entière qui reflète la vie, la nôtre et celle des autres, au jour le jour, selon l’émotion du moment, l’amour, l’attente, les larmes, les ruptures, les retrouvailles. Tout nous est conté des choses sensibles, c’est-à-dire de ces faits quotidiens et intimes qui nous concernent. Au-travers des lettres choisies avec éclectisme, nous découvrons des documents concernant aussi bien Andy Warhol que les Rolling Stones, la reine Elisabeth II donnant une recette de cuisine à Eisenhower, mais oui ! celle des drop scones ; la réplique d’un esclave noir affranchi à son maître ; la lettre de Virginia Woolf, peu avant son suicide, faisant ses adieux à son époux ; un soldat de la guerre de Sécession – peut-être la lettre la plus émouvante – s’excusant auprès de sa femme et de ses fils de devoir mourir au combat ; une lettre de motivation inattendue de la part de Léonard de Vinci ; des conseils de Clémentine Churchill à son illustre époux ; une missive datant de 1666 écrite durant l’incendie de Londres par le maître de Poste James Hicks ; enfin, un courrier du scientifique Francis Crick à son fils pour lui annoncer la découverte de l’ADN. Et, chose passionnante pour une graphologue, la plupart d’entre elles sont manuscrites, proposant à notre lecture  non seulement un texte, mais les composantes du caractère du rédacteur en herbe ou en maturité ( n'y a-t-il pas un courrier de Fidel Castro, alors âgé de 14 ans, au président Franklin D. Roosevelt ! ), sa façon de se positionner sur le parchemin comme il le fait dans la société. Tracé épais qui dit l’attachement au monde dans ce qu’il a de plus concret ; tracé peu encré, aérien, qui suppose l’abstraction, l’importance de la fonction pensée.

 

 

Oui, ce recueil est un hommage au graphisme dans son élégance, sa spontanéité, ses élans, ses pudeurs, ses retenues, ses politesses ; également l’assurance d’émotions en direct depuis une tablette d’argile datant du XIVe siècle avant Jésus Christ jusqu’à aujourd’hui, suite de lignes tracées sur la pierre, le parchemin ou le simple papier, façon la plus probante de traverser le temps et d’être en prise avec les morts et les vivants de cette vieille histoire humaine qui est la nôtre.

 

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

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Il est à craindre aujourd'hui que le développement du numérique fasse perdre à l’art épistolaire l’importance qu’il avait jusque alors et que tout un pan de notre mémoire familiale et collective se voit réduit à quelques cartes postales rédigées à la hâte dans un style aussi télégraphique que les sms, aussi l'initiative de Shaun Usher de rassembler en une anthologie drôle, tragique ou incisive 125 lettres où se reflètent les joies, les drames et le quotidien de l'inconnu comme des grands noms de ce monde, est à saluer avec enthousiasme. En effet, que serait la littérature sans les lettres de Madame de Sévigné, de George Sand, de Flaubert, de Proust ; n'est-ce pas un pan entier de notre histoire qui aurait disparu, sans compter les lettres retrouvées de nos poilus qui ont été le témoignage le plus authentique de la guerre de 14, nous donnant à toucher du doigt et du cœur ce que furent ces années d’héroïsme dans les tranchées ?

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Published by Armelle BARGUILLET - dans CULTURE
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commentaires

Sandrine L. 18/12/2014 15:58

C'est une excellente idée de mettre en exergue l'art épistolaire. C'est quelque chose qui manque cruellement aujourd'hui et que les jeunes générations, malheureusement, ignorent. Même les lettres
par e-mail s'effacent d'un "clic", même les photos disparaissent dans les ordinateurs. On ne conserve bien que tout ce qui est sur papier, et encore! Voilà un livre qui tombe à pic.

Pascal 18/12/2014 13:26

Voilà un livre qui plaira beaucoup à ma belle-mère chez qui nous allons cette année encore passer Noël en famille. Je vais courir l'acheter dès ce soir. Toujours aussi attrayant votre blog, chère
Armelle. Joyeux Noël pour vous et votre famille.

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