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12 juin 2013 3 12 /06 /juin /2013 10:53

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    Septembre 1887 - Janvier 1961

 

Avec sa tête de baroudeur, sa cigarette vissée aux lèvres, Frédéric-Louis Sauser, devenu Blaise Cendrars en poésie, allait magnifier son existence de façon telle qu'elle deviendra une symphonie étonnante où le vécu et l'imaginé seront indissociables l'un de l'autre. Cendrars inventera tout : sa famille, ses voyages, son enfance, si bien qu'il faut prendre cet affabulateur, créateur de mythe, tel qu'il s'est rêvé, car là se trouve sa part la meilleure. Tout jeune, il préférait les frasques et les dissipations à l'école. Bientôt, l'aventure vagabonde et les livres vont ouvrir à son imagination des perspectives enthousiasmantes. Il est vrai qu'il aime s'étonner et étonner, vivant en constante rupture avec la vie ordinaire. Impensable de le voir entre quatre murs noircir du papier. Ce poète-là a également ... des semelles de vent. De ceux de sa génération, il sera le plus libre et le plus libre dans sa façon d'écrire. Avec lui, la poésie prend le large, de préférence par train. Ce sont, en effet, les trains qui le séduisent, des trains comme le Transsibérien qui traversent  les pays perdus. Il ira en Arménie, en Chine, en Perse, se perdra dans la toundra sibérienne alors qu'il n'est encore qu'un jeune homme et semble avoir déjà vécu plusieurs vies.

A New-York, en 1912, il est un vagabond exténué et s'apprête à  vivre un éblouissement mystique qu'il relatera dans l'un de ses plus beaux poèmes " Pâques à New-York ". En 1914, il s'engage dans ce qui sera la future Légion étrangère et part sur le front. Blessé, il sera amputé d'un bras et rédigera "La main coupée", ce qui ne l'empêchera nullement de pratiquer le sport et de piloter des voitures rapides. Avec Cendrars, la vie ne s'envisage jamais qu'avec excès.


De 1917 à 1923, il travaille à la fameuse Anthologie de la poésie nègre et avec Abel Gance au film "La roue", car il se passionne pour le 7e Art, les éclairages, les ralentis et accélérés de la pellicule, l'accompagnement musical et le jeu des acteurs et, comme d'habitude, gagne de l'argent et s'empresse à le perdre, pris de court par les univers requin.


Après une longue vie, où il aura tout vu, tout envisagé et tout écrit, il se retire à Villefranche-sur-Mer, collaborant à des revues en véritable franc-tireur des lettres françaises. Affamé du monde, homme d'action, poète orpailleur, il reste l'image parfaite de l'homme libre, précurseur et découvreur, délimitant avec sa plume un nouveau continent aussi étrange que fascinant, peuplé d'une humanité humiliée dont il se sentait proche et qui était prête à le suivre ailleurs.


Son entrée dans la Pléiade n'étonnera pas ses nombreux admirateurs. Poète des immigrants et des malchanceux, des prostituées et des vagabonds, usant pour cela d'un langage inemployé avant lui, construit à partir de matériaux bruts, sans nonchalance, ni attendrissement, cet aventurier nous convie à son odyssée à la fois baroque, tragique et mystique, en errant émerveillé qui pressent de prochaines  apocalypses et se range toujours aux côtés des gueux, des larrons et des va-nu-pieds.


En ce temps-là j'étais en mon adolescence
J'avais à peine seize ans et je ne me souvenais déjà plus de mon enfance
J'étais à 16.000 lieues du lieu de ma naissance
J'étais à Moscou, dans la ville des mille et trois clochers et des sept gares
Et je n'avais pas assez de sept gares et des mille et trois tours
Car mon adolescence était si ardente et si folle
Que mon coeur, tour à tour, brûlait comme le temple d'Ephèse ou comme la Place Rouge de Moscou
Quand le soleil se couche.

(...)

Le Kremlin était comme un immense gâteau tartare
Croustillé d'or,
Avec les grandes amandes des cathédrales toutes blanches
Et l'or mielleux des cloches ...

(...)

Puis tout à coup, les pigeons du Saint Esprit s'envolaient sur la place
Et mes mains s'envolaient aussi, avec des bruissements d'albatros.

(...)

Je pressentais la venue du grand Christ rouge de la révolution russe.
Et le soleil était une mauvaise plaie
Qui s'ouvrait comme un brasier.

( Prose du transsibérien et de la petite Jehanne de France )

 

Blaise Cendrars - La Pléiade - Gallimard   2 volumes - Prix de lancement : coffret 105 euros


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                               Blaise Cendrars peint par Modigliani

 

 


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Published by Armelle BARGUILLET - dans LITTERATURE
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commentaires

Jack Mandon 14/06/2013 09:23

Bonjour Armelle,

Il est un chemin dérobé, loin des villes, des bruits et des modes.

Chemin qui vous est familier pour évoquer un homme singulier.

Tu m'as dit si tu m'écris

Ne tape pas tout à la machine

Ajoute une ligne de ta main

Un mot un rien oh pas grand chose

Oui oui oui oui oui oui oui oui

Ma Remington est belle pourtant

Je l'aime beaucoup et travaille bien

Mon écriture est nette est claire

On voit très bien que c'est moi

qui l'ai tapée

Il y a des blancs que je suis seul à savoir faire

Vois donc l'oeil qu'à ma page

Pourtant, pour te faire plaisir j'ajoute à l'encre

Deux trois mots

Et une grosse tache d'encre

Pour que tu ne puisses pas les lire.

Extrait « Du Monde entier, Au Coeur du Monde »

Poésie/Gallimard

Peu d'affinité quant à la forme avec le baroudeur boulimique et sa clope.

Passé le stade de l'antinomie de surface, on peut être attendri par cet homme

de maman écossaise et de père helvétique voué aux grands voyages.

Poète atypique, troquant l'introversion du refuge isolé pour l'envol.

Cependant, pour l'avoir pratiqué à mon niveau, les expéditions ferroviaires

et transatlantiques représentent de longues semaines qui lui permettaient

sans doute de consigner sur la feuille ce qu'il avait expérimenté.

L'expérimentation du sol, de la terre, de la nature...il avait cultivé le cresson,

entrepris l'apiculture avec passion, en somme, un coeur paysan.

C'est manifestement un poète écrivain extraverti qui se nourrit du monde

et des gens. Comme les abeilles qu'il connaissait bien, il parcourait

les espaces, elles pour un aller simple, lui pour aller mais écrire,

elles donnaient à la ruche, lui s'alimentait de la vie des hommes.

Au fond, Blaise Cendras cumulait en lui la personnalité de l'abeille ouvrière

mais également de la reine de la ruche...sa machine à écrire était sa ruche.

Merci de m'avoir permis de sortir de mon aquarium un moment.

Contrairement à notre héros Blaise ma planète est minuscule.

Pâques 13/06/2013 14:03

Je ris
je ris
Tu ris
Nous rions
Plus rien ne compte
Sauf ce rire que nous aimons
Il faut savoir être bête et content
Blaise Cendrars

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