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27 janvier 2014 1 27 /01 /janvier /2014 09:11

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Quel plaisir de vous présenter ce livre qui fait un peu partie de ma vie, il évoque ma région, mon histoire, la culture et des traditions qui subsistent encore aujourd’hui dans la mémoire populaire locale. J’espère que je vous donnerai envie de le lire et d’aimer mon coin de France qui n’était pas encore en France à l’époque des faits.

 

                                  Du domaine des Murmures

                                  Carole Martinez (1966 - ….)

 

O bonheur ! Ce livre avait tout pour me plaire, l’intrigue se déroule à quelques kilomètres de ma maison natale et les personnages qu’il met en scène pourraient sortir directement des manuscrits que j’ai dépouillés pour rédiger mon mémoire de maîtrise. Sur les bords de la haute Loue, en 1187, la fille du maître du domaine des Murmures, Esclarmonde, doit épouser le fils cadet d’un seigneur des environs mais, au moment de donner son consentement devant l’archevêque, elle refuse ce mariage en se tranchant une oreille. Elle déclare qu’elle veut consacrer sa vie au Christ et demande d’être emmurée dans une cellule jouxtant la chapelle dédiée à Sainte Agnès, elle aussi réfractaire au mariage pour la même raison. Son père est aussi désolé que le prétendant à la main de la belle et renie sa fille devenue une icône vivante pour tous les habitants de la région et les nombreux pèlerins qui transitent à cette époque sur les routes vers Saint Jacques de Compostelle  ou d’autres lieux de recueillement ou plus trivialement de commerce. L’affaire prend une dimension plus extraordinaire encore quand la recluse accouche d’un bébé que certains prennent pour un ange et d’autres pour la preuve d’une faute commise avant la claustration.

C’est donc avec grand plaisir que je suis entré dans ce texte où j’ai retrouvé des lieux connus, des personnages que j’ai étudiés, des événements que j’ai relatés dans mon mémoire, des légendes que j’ai entendues ou que j’ai lues, un vocabulaire que je n’ai pas pu oublier, et beaucoup de détails et de petites choses qui m’ont laissé penser que l’auteure connaissait bien l’histoire médiévale en général et plus particulièrement l’histoire et la tradition locales. Ils ne sont pas nombreux ceux qui peuvent mettre en scène Berthe de Joux, la célèbre prisonnière du château pontissalien, la Vouivre qui n’est jamais nommée mais qu’on reconnait aisément, la tradition des « brandons » encore vivante à Mouthier-Hautepierre, Thierry II de Montfaucon, l’archevêque bisontin mort à la croisade et d’autres encore.

Avec cette intrigue, Carole Martinez m’a ramené quarante ans en arrière quand j’étais encore un étudiant insouciant et fêtard qui se passionnait cependant pour l’histoire médiévale et surtout pour ce merveilleux treizième siècle, celui de « l’Europe des cathédrales » selon la formule chère à Georges Duby, à l’aube duquel elle situe son histoire. J’apprécie le cheminement de son intrigue qui nous montre combien, à cette époque, la vie d’après était plus importante que la vie d’ici bas, comment le « merveilleux » puisait ses racines dans un obscurantisme religieux fervent mélangé à des reliquats de croyances païennes fortement ancrés dans la mémoire collective, comment ces populations qu’on croyait isolées étaient en contact avec le monde entier pour échanger des biens et des idées, une emmurée pouvait ainsi communiquer avec tout l’Occident chrétien sans téléphone, ni réseau social.

J’avais retrouvé un univers qui m’est cher mais hélas l’auteure a jugé bon d’envoyer certains des protagonistes de son histoire à la croisade avec Barberousse pour expier, comme il était d’usage à cette époque, les fautes qu’ils avaient commises. Carole ne triche pas avec l’histoire, cette croisade a bien eu lieu, c’est la troisième, elle fut une véritable déroute pour la partie qui concerne Frédéric Barberousse qui y laissa sa vie comme Thierry II l’archevêque de Besançon, mais elle nous embarque dans un récit grandiloquent et pathétique alors qu’il aurait dû être épique et mythologique. Quel dommage, cet épisode est vraiment une ombre sur ce récit qui évoque si bien cette période où un syncrétisme entre religion chrétienne et croyances païennes dominait encore le monde sans se soucier des puissances économiques qui se mettaient déjà en place.

On peut aussi remarquer, dans ce texte, qu’à cette époque, les femmes avaient pris le pouvoir abandonné par les hommes partis expier leurs péchés en délivrant le trône du Christ et que l’auteure en profite, au moment d’un vaste débat sur la maternité et la paternité, pour valoriser les relations biologiques entre la mère et l’enfant qui était souvent retiré à ses géniteurs pour être confié à une nourrice, puis à un seigneur voisin.

« Que cherchai-je donc en entrant entre ces murs ? L’extase mystique, la proximité de Dieu, la splendeur du sacrifice ou la liberté qu’on me refusait en m’offrant en mariage ? » Elle ne savait pas ce qu’elle cherchait mais elle a trouvé cette belle page de sagesse qu’elle nous laisse en héritage : « Le monde en mon temps était poreux, pénétrable au merveilleux. Vous avez coupé les voies, réduit les fables à rien, niant ce qui vous échappait, oubliant la force des vieux récits. Vous avez étouffé la magie, le spirituel et la contemplation dans le vacarme de vos villes, et rares sont ceux qui, prenant le temps de tendre l’oreille, peuvent encore entendre le murmure des temps anciens ou le bruit du vent dans les branches. Mais n’imaginez pas que ce massacre des contes a chassé la peur ! Non, vous tremblez toujours et même sans savoir pourquoi ».


Denis BILLAMBOZ

 

Pour consulter les listes de mes précédents articles, cliquer sur les liens ci-dessous :

 

Liste des articles "Les coups de coeur de Denis "

 

 
Liste des articles : LES VOYAGES LITTERAIRES DE DENIS  

 

 


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Published by Armelle BARGUILLET - dans LES COUPS de COEUR de DENIS
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commentaires

denis billamboz 04/02/2014 13:00

Salut Pascal,

J'ai surtout aimé ce livre parce que l'intrigue se déroule autour de chez moi dans une période, le moyen-âge, que j'ai étudiée à la l'université et où figurent des personnages que j'ai rencontrés
dans les manuscrits que j'ai dépouillés. Donc mon avis est très subjectif, littérairement je crois que ce livre n'est pas mauvais mais ce n'est pas de la grande littérature. J'aimerais avoir le
point de vue d'Agnès, elle est certainement plus objective que moi.

Belle journée à vous deux !

Pascal 04/02/2014 12:53

Salut Denis,
Je crois qu'Agnès a lu ce livre. Par contre je ne sais si elle a aimé. Je vois que tu tiens toujours la grande forme livresque. Formidable. De toute façon je parle de ce roman à Agnès, lui disant
que tu as plutôt aimé malgré une certaine grandiloquence.

denis billamboz 29/01/2014 19:02

En lisant ton commentaire, je pense aussi à Hermann Hesse et à son "Narcisse et Golmund" qui, si je me souviens bien,se déroule lui aussi au Moyen-Age.

Pour moi le XIII° siècle est certainement l'un des plus beaux siècles que l'humanité a connu depuis très longtemps.

armelle 28/01/2014 10:53

Il y a un sacré précédent à ce livre : "La chambre des dames" de Jeanne Bourin qui nous faisait découvrir que l'époque médiévale n'était pas si obscure que cela, que les femmes y avaient même un
statut privilégié. Un beau roman qui avait enthousiasmé les lecteurs de l'époque et ouvert une voie, celle du roman historique où se sont engouffrés maints auteurs depuis lors.D'ailleurs comment
cette époque médiévale qui a fait fleurir sur l'Europe les plus belles cathédrales qui se puissent imaginer aurait-elle été une époque obscure et funeste comme veulent bien l'écrire certains ? Lire
à ce propos "L'oeuvre au noir " de Marguerite Yourcenar.

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