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16 août 2014 6 16 /08 /août /2014 07:45

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Elles nous ont fait ce que nous sommes, au long de nos enfances, ces petites choses de la vie. Souvenez-vous, c'était hier, l'école et son pupitre, l'encrier qui tachait les doigts, les cahiers ramassés à la hâte, le cartable un peu lourd, le chemin qui vagabondait entre les champs, le clair de lune qui nous faisait rêver et la marguerite que l'on effeuillait en secret ; oui, c'était hier et ce sont toujours ces joies si modestes qui font le temps léger et l'humeur joyeuse ou mélancolique, ces riens qui ont tissé nos heures et reprisé nos peines. Aussi rendons-leur ce qu'elles nous ont donné par l'insistance du regard ou la magie des mots.

 

C'était un temps délicieusement lent,
on se tenait serré comme une meute d'enfants.
Nous avions des refuges, des territoires
pour braconner les songes,
des goélettes ancrées en des ports défunts.

Lorsque la souffrance se défroissait
les bambins, un à un, venaient se coucher dans ses plis.
Ils avaient oublié leurs visages dans les feuilles
et ne savaient quel voyage poursuivre ;
dans quel château hanté s'ébattent les licornes,
vers quel contre-jour on navigue.

Ce chemin, à l'orée, est celui
où, sans fin, je reviens.
Il y aurait mille possibilités de se perdre.
Passez votre route, dit le sage.
Ne vous inquiétez pas de savoir où elle conduit.
Ailleurs n'est jamais autre part qu'en soi.

 

 

Naguère j'aimais à te voir venir parmi les haies de lauriers et de symphorines. Tu ressemblais à un pèlerin. Les senteurs printanières se ramassaient sous les branches, on s'enivrait d'un chant de tourterelle, d'un baiser.
La vie avait les mêmes couleurs que l'enfance. Lentement elle nous envahissait. Nous passions des heures à deviner ce que le monde oubliait de nous montrer, des heures à surprendre l'irréalité.
Le soir s'allongeait contre la hanche d'une colline. Des murmures nous laissaient croire qu'autour de nous dansaient quelques anges candides. Paix à ceux qui entendent. Nos paroles se mêlaient au soliloque des blés.

 

 

Ne dis rien. Préservons ensemble
le temps qui dort,
tenons à l'abri la songeuse espérance.
Au dehors, laissons le bruit battre à la vitre,
l'horloge égrener son chant funèbre,
écoutons le râle de la mer et les vents, venus d'ailleurs,
nous bercer de la complainte des lointaines terres.

D'autres eaux plus vivantes nous emporteront.
Nous baisserons les yeux
Et la rive laissera gémir ses ronces.
Nous y poserons le pied,
sachant que nous n'arrêterons plus de marcher.
Avec le temps, nous composerons un tissage,
Dont la trame guerroiera avec les éclairs
Dans le vent.

 

Nous avançons et nos rêves
Sont comme des faucons sur nos poings.
Ils savent mieux que nous où nous allons.
En nos terres de chasse, ils nous précèdent.
Ils ont inventorié nos appeaux,
Ils ont l'oeil que nous n'avons pas,
La force que nous n'osons libérer.
Nous pourrions les suivre
Mais, au-delà du seuil, est l'inconnaissable
Que nous n'osons nommer ...

 

Les pluies ne nous apaiseront pas.
Nous nous laisserons mener par elles
Vers des pays de lacs et de brumes.
On y vendange un vin noir que nous boirons,
On y moissonne des chagrins d'hiver
Et nous y vieillirons parmi des arbres
Aux anxieuses ramures.


Nous saurons un matin nous éveiller ensemble,
sans rien attendre de l'empire des songes,
nous tisserons notre destin
qui nous fera aigle ou colombe.

Lorsque nous aurons cessé d'aimer,
Une félicité curieuse nous gagnera.
Nous aurons lavé jusqu'au revers de nos mémoires,
Et l'enfant, sans bruit, au jardin,
Ira ensevelir nos ombres.


 

             Extraits de mon recueil de poèmes "  Profil de la nuit, un itinéraire en poésie "

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

autres extraits de "Profil de la Nuit" :

 

Le coeur révélé

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans CULTURE
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commentaires

niki 19/05/2013 17:36

merci armelle pour ce beau partage

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